‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 4)Chapitre 56 sur 172 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dans les collèges de druidesses, chez les nations celtiques, il y avait des prophétesses qui excitaient la confiance et Fenthousiasme des peuples : elles étaient de la même nature que les sibylles.

Notre Jeanne d'Arc , dont l'existence est également merveilleuse et également incontestable , peut nous aider à pénétrer de tels phénomènes, non pour chercher à les expliquer, mais pour les constater.

Un sentiment intime , profond , puissant , s'agite dans un pays : ce sentiment se concentre dans une personne en qui réside une grande force d'assimilation; il s'identifie avec elle, il devient son moi, comme je l'ai dit. Remarquez que c'est presque toujours dans une femme que cette sorte d'identification est produite : la physiologie pourrait en dire la raison ; c'est par une faculté éminemment passive , semblable à la touche d'un clavier, que la Providence se met en contact avec la nature humaine, lorsqu'elle a résolu d'agir directement sur nos destinées.

La France était envahie par les étrangers. Le sentiment de la délivrance faisait frémir tous les cœurs généreux. Elevé à sa plus haute puissance d'exaltation par une foi vive en la religion du pays , ce sentiment de la délivrance devint lame et la vie de la magnanime Jeanne d'Arc. Elle fut à-la-fois une sibylle et un héros. Son interrogatoire, véri-

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table monument de poésie et d'histoire, nous la montre complètement exempte de superstition, et pure comme un ang^e du ciel. Elle crut en sa mission , et elle eut raison d'y croire.

Elle savait, comme on sait les choses que l'on veut de toutes les forces de son être, comme on sait encore celles qu'une intuition extatique fait connaître, elle savait que le beau royaume de France était un royaume destiné à être indépendant, et à g^ouverner le monde. Toutes les fois, en effet, que la France manque à cette destinée, c'est, sous certains rapports, une perturbation de l'ordre général. La Providence n'a pas toujours en réserve une Jeanne d'Arc pour venir au secours d'un Charles VU.

A-t-il fallu l'occupation de 1 8 1 5 , par toutes les armées de l'Europe, pour nous faire connaître Jeanne d'Arc? Un peuple sent le besoin de l'unité territoriale, de l'unité de langue, de l'unité de traditions. Ce besoin, lorsqu'il est contrarié avec violence, se réfugie d'esprit en esprit, et finit par trouver un asile dans une organisation de sibylle. L'unité morale qui fait que tel peuple a son moi , son génie, cherche toujours à s'exprimer par l'étendue dans plusieurs , ou par l'intensité dans un seul individu.

Le sentiment des destinées humaines produisit

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