LIVRE I. S
riiomme. Son ame tout entière se déployait dans ces chants religieux, et répandait sur sa figure un éclat plus doux que le sentiment même du bonheur.
«Telle était An tigone, qui bientôt sera Tunique consolation de son père, dOEdipe, jusqu'alors comblé de tous les dons de la fortune. Dans la force de l'âge, il régnait en paix sur les peuples de la Béotie; et, se confiant en ses longues prospérités, plein d'orgueil , il avait perdu le souvenir de son enfance délaissée , ainsi que des oracles qui troublèrent les premières années de sa jeunesse. Jocaste, son épouse, joignait encore quelque beauté à toute la majesté dune reine, à toute la fierté de la race de Gadmus. Étéocle, etPolynice, ïsmène, et sa sœur Antigone, étaient les fruits de cette union, que l'on nommait fortunée , au moment où Polybe , roi de Gorinthe, et qui passait pour être le père d'OEdipe, vint à mourir. Polybe avait déclaré qu'après lui l'heureux OEdipe réunirait sur sa tête, à la couronne de Thèbes, celle de Gorinthe.
« Le peuple avait confirmé, par ses suffrages, les dernières volontés du vieillard. Des députés furent envoyés à Thèbes pour annoncer au roi cette nouvelle, et lui offrir les hommages de la ville qui domine sur deux mers. Ge prince ne put retenir ses larmes en songeant à celui qu'il avait toujours re-
gardé comme Fauteur de ses jours. Il pensait aussi à l'affliction de Mérope, la vertueuse épouse de Polybe. »Oui, disait-il, je vais à Corinthe; je veux « joindre ma douleur à la douleur de ma mère, que « depuis si long- temps je n'ai point vue; ensuite je « placerai sur mon front la nouvelle couronne que « m'accordent les Dieux. »
« Mais bientôt OEdipe ne sentit plus que la joie de posséder un second royaume, et d'échapper à des oracles importuns, qui, dès ce moment, étaient convaincus de mensonge à ses yeux. Même , avant que d'aller à Corinthe, il voulut célébrer, dans une fête magnifique, le jour heureux qui assurait son repos, et augmentait sa puissance. Il s'entoura de toute sa famille ; il appela également l'ambitieux Créon, frère de Jocaste, avec ses fils, l'impétueux Ménécée, et le généreux Hémon. Les députés de Corinthe y étaient aussi. Je m'y rendis avec ma fille; nous avions l'un et l'autre le front ceint d'une couronne de laurier. Je ne vous retracerai point les détails de cette fête, si brillante en apparence, et si triste dans la réalité. Je ne vous dirai point les augures menaçants, les sentiments pénibles et contraints de toute l'assemblée. Il y avait quelque chose de sinistre dans tous les apprêts et dans toutes les pompes de cette journée : un pressentiment funeste était au fond des cœurs. OEdipe n était point étran-