‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 103 sur 217 · LIVRE V. 23i · texte numérisé non relu

LIVRE V. 23i

urgiennes, rentre dans le camp d'Adraste. Le combat recommence avec un acharnement affreux. Les Thébains sont chassés à leur tour du camp du roi , comme les Argiens avaient abandonné Thébes, forcés à la retraite par le courage mesuré du noble fils de Gréon.

« La tempête ne ralentissait point la bataille. Ce long jour de carnage était près de finir : les combattants redoublent de fureur, comme pour prévenir l'oisiveté de la nuit. Les malheureux! ne dirait-on pas qu'ils ont tous promis un certain nombre de victimes au farouche Mars , et qu'ils veulent accomplir ce vœu barbare? Ainsi, sur les fertiles coteaux de Prosymne, des vignerons, après avoir, depuis le lever de l'aurore, sans relâche, arrosé de leurs sueurs les sillons d'un maître exigeant , lorsque le soleil commence à descendre derrière les montagnes, s'ils n'ont pas achevé de remplir la cuve où fermente le vin généreux, prolongent encore leurs travaux, malgré la fatigue qui les accable, pour se soustraire aux durs reproches dont ils se croient menacés. Ainsi étaient les guerriers autour des murs de Thèbes. Alors , justes Dieux ! quel spectacle vîtesvous des sommets de l'Olympe! Ah! je pense que les Furies elles-mêmes durent frémir. C'était, sur tous les points, une horrible mêlée. Les bataillons se précipitent au milieu des bataillons, et s'y fondent,

comme, dans une grande tempête, un flot immense vient se perdre dans le flot sur lequel il retombe en gémissant. Le bruit du fer heurtant le fer se fait seul entendre. Pas un cri! Dieux! pas un cri pour exprimer la rage des combattants! Le tonnerre , qui retentit par intervalles , annonce que la vengeance des Immortels n'est pas encore satisfaite. On croirait les hommes frappés tous de la foudre, au lieu d'être immolés par la main des hommes , tant cet étrange silence est affreux! Calamité horrible qui pèses sur les peuples, ne*vas-tu point cesser? Quelques cris rares et faibles retentissent de nouveau çà et là : « Grâce ! pitié ! rançon ! » A ces cris succèdent aussitôt ceux-ci : « Point de grâce ! point «de pitié! Vengeance! mort!» Puis encore le silence : calamité horrible , tu touches à ta fin !

« La nuit était descendue sur la terre , et des nuages de feu remplacent, par une lueur livide, la clarté déjà si douteuse de ce jour de ténèbres. Le moment est arrivé. Les paroles de l'opprobre et du malheur vont s'accomplir : la malédiction serre de nœuds terribles les coupables fils d' Œdipe ; ils n'échapperont point à leur funeste destinée. Ainsi jadis j'ai vu le serpent du mont Hémus : caché dans une caverne, le reptile redoutable jetait la terreur dans toute la contrée. Une magicienne vient au secours des habitants du pays. Elle arrive près de la ca-

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