‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 127 sur 217 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« ce quelle fut pour le malheur, douce et magna- « aime. »

« Isméne et Daphné, durant de si tristes discours, se tenaient embrassées, et ne faisaient que

gémir.

« Hémon était debout et immobile, comme, dans un temps calme, un superbe peuplier sur le bord d'un torrent; il écoutait avec tranquillité les réponses des femmes et des jeunes filles. Alors méditant, à son tour, les pensées de la mort, dans son cœur, il dit adieu à cette vie pleine de troubles et de misères. Il ne forme qu'un vœu , celui de franchir la seule barrière qui le sépare à présent d'Antigone. Il veut rendre les honneurs de la sépulture à la vierge sublime, puis mourir.

« Le fils de Créon recueille le peu de forces qui lui restent; il se baisse avec peine, et, appuyant un de ses genoux contre la terre , il saisit la fille d'OEdipe dans ses bras , pour la sortir de la grotte qui devait être sa tombe ignorée. Le héros se relève, et fait quelques pas en se reculant , chargé de ce douloureux fardeau, qu'il dépose mollement sur un tapis de verdure embaumée , tout près de l'entrée de la caverne. Il veut rester encore debout à contempler, pour la dernière fois, l'épouse que lui donne la mort. Mais il est trop faible : ses forces sont entièrement épuisées. Il ne peut plus se soute-

nir; ses blessures lui causent d'inexprimables angoisses; une sueur froide inonde son visage décoloré. Il s'assied alors à côté d'Antigone, et s'incline légèrement sur la noble figure de la vierge, qu'il ose à peine regarder de si près, tant il respecte, jusqu'à la fin, les lois austères de la pudeur. «Ce « que j'éprouve en cet instant, dit le guerrier, sans «doute, victime innocente, tu l'as éprouvé aussi; « car nul être ne peut mourir sans douleur. »

« Les femmes et les jeunes filles demeurent immobiles dans le silence et dans les larmes.

«Gréon, apprenant que son fds avait dirigé ses pas du coté de la caverne, accourt avec une inquiète sollicitude. Ce n'est plus un sentiment d'aversion contre le sang d'OEdipe, ce n'est plus une aveugle sévérité contre la suppliante du Cytbéron , qui le conduit : bêlas ! il ne veut que sauver du désespoir le seul fils qui lui reste ; et il est décidé à le sauver, même au prix d'une alliance avec la fille d'OEdipe, avec la fille de l'opprobre et du malbeur. Il arrive; il voit Antigone sans vie, et auprès d'elle le généreux jeune homme plongé dans une sorte de calme que son père prend pour le calme stupide de la douleur. Il essaie de le ramener par des paroles flatteuses. Hémon refuse un instant de répondre; puis , craignant que son silence ne soit un outrage à l'auteur de ses jours, sans quitter son attitude,

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