TOME I. l
il repassait dans sa mémoire les paroles qu'il avait ouïes sortir de la bouche d'Antigone, lorsqu'il traversait, avec la suppliante, la forêt de Némée. «Déjà, lui disait-il, tu avais entendu la voix qui « sort des tombeaux; déjà, trop cruellement blessée « par la douleur, tu te penchais , arbuste charmant, « vers la terre, dernier asile des hommes. Ah! si du « moins l'aquilon eût retenu , à l'instant même , son « souffle destructeur ! »
« A ces mots , Hémon , se retournant du côté des femmes et des jeunes filles, leur parle ainsi d'une voix pleine de douceur : « Mères vénérables , et vous , « vierges modestes , vous toutes qui entouriez la ca- « verne , dites-moi , Antigone , du fond de sa de- « meure funèbre, a-t-elle conversé avec vous? Avez- « vous recueilli quelques sons harmonieux du cygne « mourant? »
« Oui, répond une femme, Antigone a conversé
« avec nous; et sa voix mélodieuse avait le pouvoir
« de suspendre un peu l'amertume de nos peines.
« Elle nous parlait de la vie future ; et ses nobles
« pensées élevaient notre ame. »
« Pour nous, dit une jeune fille en pleurant, elle
« nous entretenait des jeux de notre enfance. Hélas!
« désormais nous ne cueillerons plus les fleurs des
« prairies, si ce n'est pour parer son tombeau. » «Elle a été pour la mort, reprend une femme,