‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 130 sur 217 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

u moment désaccoutumes du glaive menaçant. Néan- *< moins la force habite sa mâle poitrine : il saura te « protéger et te défendre ; son bouclier t'environ- « nera dans ta faiblesse. Vierge modeste , approche « de ton époux. »

« La voilà, disaient les jeunes filles, la voilà celle « qui excite tant d'amour. Voyez comme elle est « belle! Elle est meilleure encore quelle n'est belle. « Une couronne de roses couvre son front ingénu. « Les Grâces elles-mêmes ont tissu le voile léger qui « descend sur son visage ; ses yeux laissent échapper " une douce flamme; l'expression de mille senti- « ments tendres et élevés semble errer sur ses lèvres " charmantes. Nous la connaissons, c'est notre comte pagne, c'est notre amie; nous avons passé avec « elle les premières années de notre enfance parmi h les prairies fertiles qu'arrose le Dircé. Plus d une a fois nous nous sommes baignées avec elle dans les « eaux de la fontaine Acidalie; plus d'une fois nous « l'avons aidée à tresser des guirlandes pour parer u les autels des Muses. Ah! ce sera le souvenir le « plus beau de notre vie, ce sera le sujet éternel de « nos entretiens d'avoir ainsi été les compagnes , les m amies d'Antigone. Pourquoi veux-tu nous quitter, « ô la meilleure et la plus belle? T'avons -nous fait u quelque déplaisir? Es -tu dégoûtée de nos jeux « innocents? Et ton époux t aimera-t-il mieux que

« ne t'aiment tes compagnes? Qu'as-tu besoin de .< protection et d appui , ô la meilleure et la plus « belle? Ta vertu, tes grâces parfaites, ne font-elles « pas ta sûreté? Les Dieux le défendraient, au dé- « faut des hommes. Une vierge ressemble à ces « fleurs solitaires qui exhalent leurs plus suaves « parfums dans le vallon écarté, ou dans le creux « d'un rocher inaccessible. Elles ne sont visitées que « par les rayons de l'aurore; elles vivent de la rosée « du ciel. Ainsi une vierge passe ignorée au mi- « lieu des hommes. Les Dieux seuls connaissent les « secrets de son cœur et le charme de ses pensées « intimes. »

««Non, reprenait le chœur des jeunes hommes, « non , la meilleure et la plus belle ne se plaint point »de ses aimables compagnes; mais vous ignorez, *< ô jeunes filles sans expérience! vous ignorez ce « qu'est la vie. Il ne suffit pas d'aimer et d'être aimé; « le malheur tourne sans cesse autour de la vertu. « Vierge timide , mets - toi sous la protection de « l'homme fort. Le courage est nécessaire pour « marcher au travers des périls dont notre carte rière est semée ; il est nécessaire pour s'avancer « vers ce terme inconnu et mystérieux qui est la « mort. »

« Qu'elle cherche un époux , disaient les jeunes « filles , qu'elle cherche un époux , celle qui ne sait

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