‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 131 sur 217 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

«ni conjurer le malheur ni braver la rigueur du « destin. Mais celle qui trouve en elle-même et la «force pour accomplir ses devoirs, et le courage « pour résister à l'infortune et à la douleur, celle «dont lame est au-dessus des plus grands revers, « qu'a-t-clle besoin d'un époux? Le héros que le « danger réjouit au sein de la bataille pâlirait de- « vant les calamités qui n'ont point intimidé Anti- « gone. Refuse le joug de l'hymen, fille du malheur; « refuse le joug de l'hymen , ô la meilleure et la plus « belle! Est-ce à toi, en effet, de connaître l'amour, « l'amour que l'on peint entouré des jeux et des ris? « Toutes ces illusions de plaisir d'un instant et de « félicité éphémère ne sont pas faites pour toi. D'ail- « leurs l'amour s'écoule avec l'âge aimable de la jeu. «nesse; le flambeau qu'il tient à la main pâlit de «jour en jour, les fleurs cessent peu à peu de naître « sous ses pas; et le cœur d'Antigone ne doit s'ou- «vrir qu'aux choses durables, aux choses qui ne « passent point en même temps que les heures for- « tu nées de la jeunesse. »

« Pourquoi , disaient à leur tour les jeunes hom- « mes, pourquoi voulez- vous qu'Antigone demeure « dans la solitude? L'époux que nous lui présentons « est digne d'elle; c'est un prince noble et généreux, « tous les sentiments qui honorent l'homme sont dans « son cœur. Il apprit à l'école de l'adversité à pra-

«tiquer la vertu. Jamais il n'a vu le sourire de sa «mère; il s'est nourri, au sein des forêts, de la « moelle du lion , du miel que Ion trouve dans le «creux des vieux chênes. Ah! nous le savons, le « bonheur sera une chose sérieuse pour l'époux « que nous offrons à Antigone. Ne vous effrayez «donc point du temps qui s'écoule comme l'onde, «de la jeunesse qui s'enfuit, et qui entraîne avec « elle les jeux et les ris. Jeunes filles, apprenez les « véritables secrets de l'amour : pour ceux qui s'ai- « ment réellement , pour ceux qui n'ont qu'une « ame et qu'un cœur, pour ceux dont toutes les pen- « sées résonnent à l'unisson , comme les cordes d'une « lyre, pour ceux enfin qui sont animés du même « souffle de vie, le temps ne passe point, la jeunesse « dure toujours. Aimer, c'est commencer de vivre «au-delà de cette vie passagère, c'est se soustraire « au temps qui s'enfuit, c'est anticiper sur l'immor- « talité. Jeunes filles, prenez pitié de l'homme fort; « voyez sa souffrance ; voyez ses yeux s'éteindre , ses «joues pâlir, sa couronne de fleurs d'hyacinthe se « flétrir sur sa tête. Laissez sortir du milieu de vous « la royale épouse d'un prince magnanime. »

« Eh bien, répondaient les jeunes filles, nous ne « te retiendrons plus parmi nous , ô la meilleure et « la plus belle! Tu peux aller embellir la demeure de « celui qui s'est nourri de la moelle du lion, du miel

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