‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 153 sur 217 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

semblée, je vous peindrais cette orageuse stupeur de rassemblée elle-même; je vous dirais les cris affreux d'une vile populace, qui, couverte de sang, ne demandait qu'à en répandre encore, et qui surtout voulait le sang du juste; je vous dirais ce délire solennel et muet qui vint s'emparer des prétendus juges, qui vint transformer tant dames, jusqu'alors des âmes humaines, en véritables instruments de crime et de mort.

« Enfin le moment de voter arriva. Mes oreilles entendirent des accents inouïs qui troublaient l'affreuse monotonie d'un murmure d'effroi ; elles entendirent des discours sans suite, expressions sacrilèges qui planaient avec terreur sur tous, blasphèmes confus qui me glaçaient d'épouvante. J'étais résolu , oui, j'étais résolu de m'absoudre moi-même en prononçant l'absolution de l'innocent. Je cherchais d'avance à compter les voix, à les deviner, à interroger jusqu'au trouble des consciences. Ce sentiment sympathique et contagieux qui vient se saisir dune multitude assemblée, qui se réfléchit de tous sur chacun, restait impénétrable pour moi, et je ne pouvais rien prévoir. J'espérais cependant que , soit justice de la part des uns, soit pitié de la part des autres, le grand parricide ne s'achèverait pas.

« Déjà plusieurs votes avaient été émis , et ces votes divers me faisaient passer par toutes les in-

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