‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 154 sur 217 · TOMB I · texte numérisé non relu

TOMB I

certitudes les plus cruelles , par toutes les alternatives de l'abattement et de la douleur. Je les notais avec angoisse dans ma mémoire. Celui dont un sort cruel appela le nom immédiatement avant le mien prononça d'une voix assurée l'arrêt de mort. Des murmures d'une exécrable approbation l'accompagnèrent lorsqu'il descendit de la tribune; des murmures de menace me suivirent lorsque je me présentai pour y monter. J'y arrive en frémissant. Je sentis comme mille poignards à-la-fois tous les yeux, qui furent spontanément fixés sur les miens : cette multitude de regards inquiets et inexorables ainsi concentrés exercèrent aussitôt sur mon ame une puissance surnaturelle de trouble et de fascination que je ne puis expliquer. Autour de moi rien ne m'encourageait, et tout au contraire m'épouvantait. Aucun cœur ne semblait vouloir me répondre. Je me trouvais seul comme un homme suspendu sur le penchant d'un abyme, et privé de tout secours. Livré à l'abandon le plus absolu , je ne sais quel attrait du crime, je ne sais quel goût du remords et du désespoir vint saisir avec des bras de fer une pauvre créature délaissée. Eh Dieu ! je crois qu'en ce moment funeste une parole inconnue , une parole qui n'était pas la mienne , vint se placer sur mes lèvres iniques. Arraché de ma propre conscience, perdu dans la confusion de mes

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