PREMIÈRE PARTIE
ses grandeurs ne regrettait que de ne pouvoir être avec ses enfants, pour partager avec eux sa profonde douleur, pour manger avec eux le pain de la misère, pour raccommoder leurs grossiers vêtements comme elle était condamnée à raccommoder les siens, pour remuer enfin la paille de leur chétif grabat. Il ne faut pas s'y tromper, les sentiments les plus simples de la nature ont quelque chose de plus élevé et de plus exquis selon la hiérarchie des rangs. Marie-Antoinette souffrait donc en même temps et comme reine et comme mère.
«En vérité, monsieur, j'aurais dû me trouver moins coupable lorsque j'apprenais de pareils détails ; et toutes ces recherches dune basse perversité auraient dû peut-être atténuer en moi le sentiment de mon crime: mais il n'en était pas ainsi. Il ne s'agit plus de rappeler et les pompes de Versailles, et la vanité de toutes les magnificences humaines, pour les comparer avec de telles décadences, avec de telles adversités. Toute expression humaine devient froide, et Bossuet lui-même ne saurait où prendre des paroles pour les égaler à la douleur.
« Et sur-tout , faut-il encore réveiller en vous ce souvenir affreux? et sur-tout le second régicide, le long meurtre de l'enfant de Louis XVI, recule toutes les bornes connues de la scélératesse et de la tyrannie. On a vu quelquefois d'ombrageux usurpateurs
vouloir dérober aux regards les héritiers de droits antiques et vénérables. Des enfants sur lesquels reposaient des espérances que Ion voulait éteindre, furent condamnés à languir dans l'obscurité : tantôt ils furent expatriés, ou élevés, sous de faux noms, dans une condition privée ; tantôt ils furent exposés dans les bois , à la merci des bêtes féroces , moins cruelles souvent que le cœur des ambitieux : on jeta les uns dans des cloîtres ou des cachots ; d'autres ont été livrés à la mort par le fer ou le poison ; d'autres enfin ont été indignement mutilés, ou ont eu les yeux crevés par le feu. Tyrans et bourreaux de tous les temps qui nous ont précédés , que vous étiez peu savants dans la science des tortures ! que vous étiez peu habiles à préparer le breuvage de la douleur et de la misère! allez, vous ne connaissiez pas toutes les ironies et toutes les dérisions que l'enfer peut réserver à la nature humaine la plus élevée !
<c L'opprobre de la majesté royale n'avait pas satisfaitles horribles factieux qui gouvernaient la France. Ils voulurent flétrir par un attentat tout-à-fait nouveau cette majesté qui n'était pas tombée assez bas. L'innocence de Louis XVI avait préservé la royauté de toute atteinte contagieuse et mortelle. Le sang dune victime pure ne souille point. Ils voulurent donc faire pénétrer la profanation jusque dans le sanctuaire où réside la puissance qui gouverne, la