‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 168 sur 217 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tourments. Une providence vengeresse ne ma point épargné de si cruelles alternatives. J'ai su tout ce qu'il a pesé de calamités horribles sur la famille du monarque infortuné. Jai su que la compagne de ses grandeurs et de ses adversités , la noble fille des Césars, avait fini par périr aussi sur léchafaud. Jai su que les modestes vertus de madame Elisabeth, cette princesse admirable, si dévouée, qui fut un ange avant d'habiter parmi les anges, n'avaient pu désarmer les bourreaux. J'ai su que l'enfant auguste, héritier du trône sanglant de son père, après avoir végété douloureusement sur la paille humide des cachots , avait succombé sous le poids des plus indignes traitements. J'ai su que la fille de Louis XVI, survivant seule à tant d'illustres funérailles , entourée d'un silence impénétrable comme dans les prisons muettes de Venise, n'avait enfin recouvré la liberté que pour quitter ce sol français abreuvé du sang de tous les siens. Destinée à errer d'exil en exil sur les terres étrangères , que seront pour elle les jours de l'adolescence et de la jeunesse! Elle fut le prix d'un échange ; elle ne fut pas même jugée digne d'une rançon. En abandonnant la France , il ne lui était pas permis d'être rassurée sur les cendres sacrées qu'elle laissait parmi nous. Elle partait au sein de l'abolition et de la profanation de tous ses souvenirs.

«Mais que dis-je! j'ai su! Ah! j'ai long-temps ignoré la plus lamentable et la plus cruelle partie de ces royales infortunes. Peut-être même le jour de toutes les révélations n est pas encore arrivé. J'ai donc long-temps ignoré tous les supplices qui ont précédé le dernier supplice, devenu enfin une délivrance. Oui, je savais cette affreuse solitude des prisons ; mais pouvais-je soupçonner tout ce que le délire du crime inventa pour rendre cette solitude et ce délaissement plus affreux encore? Pouvais-je imaginer ces hideux haillons qui couvraient une grande reine ? C'est la première fois sans doute que la majesté royale et la beauté ont reçu de tels outrages. La mort seule jusqua présent avait eu le privilège de flétrir ainsi les deux plus merveilleuses idoles du cœur de l'homme. Enfin j'ai su , et je n'ose en renouveler l'odieuse mémoire, oui, j'ai su l'accusation étrange qui fut portée contre Marie-Antoinette, et l'innocent complice que les infâmes voulurent donner à une si monstrueuse accusation. Ah! tous les visages des anges du ciel durent se couvrir de rougeur. Elle, la fille des Césars, la veuve du juste, comprenant à peine l'inculpation inouïe qui lui était faite, ne put qu'invoquer le témoignage des mères. Elle en avait bien acquis le droit, cette haute créature qui fut une mère si tendre, si vigilante, si dévouée ; elle qui de toutes

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