TOME I
37o L'HOMME SANS NOM.
dévorer sans relâche! Il faut que je porte aussi la peine du second régicide, long et silencieux attentat auquel je n'ai cependant point participé. Je voudrais en vain secouer le fardeau de toutes ces épouvantables responsabilités. Il pèse sur moi comme une montagne.
« Qu'ajouterais -je, monsieur, à tout ce que je viens de vous dire? Vous entretiendrais -je encore de tout ce qui fut fait pour confirmer dune façon si atrocement solennelle la religion du régicide? Vous parlerais-je de la violation des tombes royales de Saint-Denis , de la fête sacrilège du 2 1 janvier où Ion exigeait le serment de la haine, fête instituée pour rendre le peuple entier complice du grand attentat que Louis XVI avait voulu ne faire porter que sur ses auteurs? Vous peindrais-je ce peuple français traité par la vengeance du ciel, comme dans les anciens jours, ces hommes à qui Ton refusait le feu et l'eau ; sorte d excommunication immense dont il n'a pu être purifié que par d'immenses malheurs? Vous peindrais-je ce même peuple en quelque sorte exilé sur le sol dévorant où il souffre mille maux , n'ayant pas besoin d'être porté sur les bords des fleuves de l'étranger pour regretter la patrie absente, et n'ayant d'autre refuge contre tant de fléaux de tous les genres que les camps ou les échafauds? Vous le montrerais-je