‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 173 sur 217 · PREMIÈRE PARTIE. 37i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 37i

n échappant, plus tard, à l'anarchie que pour tomber dans les bras de fer du despotisme?

«Cependant, vous le savez, de nobles protestations s'élevèrent du sein même de ce grand peuple opprimé par un destin inexorable. La guerre civile, étendue de l'intérieur à l'extérieur, le nombre sans mesure des martyrs, prouvaient l'horreur générale; et si tant de forfaits inouïs sollicitaient continuellement la colère de Dieu , le généreux dévouement de tant de victimes innocentes sollicitait continuellement aussi sa clémence. C'est du sein de mille désastres que j'ai souvent entendu retentir des chants de victoire; mais, il faut bien vous l'avouer, j'étais peu sensible à la gloire de nos armes. L'éclat de nos triomphes militaires ne pouvait m'absoudre de mes remords. Enfin le rétablissement du trône de Clovis a fait briller un rayon de joie sur ma triste vie. J'ai pensé que si je n'étais pas affranchi de mon ignominie, du moins la généreuse nation sur qui j'en avais attiré la funeste solidarité était devenue libre. Mais, moi, je suis demeuré sous le poids du courroux céleste. Oui, monsieur, jusqu'à présent j'avais cru la société perdue. Je la voyais arrachée de ses bases, et je n'apercevais aucun appui pour elle. Cette vieille Europe, ébranlée d'un bout à l'autre, devait, à mon avis, exécuter sur elle-même et sur ma mal-

heureuse patrie les irrévocables arrêts de la vengeance du ciel. J'avais perdu tout droit à cette vertu que la religion nomme l'espérance : pouvais-je donc espérer encore que le bras de mon Dieu ne voudrait pas de sitôt briser son ouvrage? pouvais-je espérer que les tribus d'Israël allaient voir finir les jours de la servitude? Ainsi la tyrannie se débattait en vain dans son agonie sanglante. Le sceptre de la domination lui échappait. La France, la reine des nations, envahie de toutes parts, sans être encore vaincue , tout-à-coup abaisse ses armes , non point devant les chefs de la croisade européenne, mais devant les fils de saint Louis. Une si heureuse révolution sans doute imprimait plus fortement sur mon front l'anathème; je n'eus pas de peine à me résigner, puisque c'était un moyen de plus d'expier mon crime.

« Maintenant, monsieur, vous savez quel homme je suis; et je vois à votre attendrissement que vous n'êtes pas sans pitié pour moi. Cette retraite âpre et sauvage où j'ai continué de vivre inconnu et so litaire, je m'y suis toujours plus attaché, parcequ'elle est tout-à-fait conforme à la situation de mon ame. Que n'ai-je pu en trouver une plus âpre et plus sauvage encore! Que n'ai-je pu voiler le soleil, et faire qu'il restât pour moi comme il était le jour du 21 janvier! Que ne puis-je défendre à la

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