DEUXIÈME PARTIE. 4ig
peuple de Sparte lut sur le point de délivrer son roi. On fut obligé de hâter la mort de cet excellent prince. En France, l'appel au peuple fut rejeté, et toutes les précautions qui furent prises pour assurer le supplice, prouvent que non seulement la tyrannie ne croyait pas à l'assentiment du peuple, mais que même elle craignait que la victime ne lui fût arrachée.
En Angleterre, la dynastie devait finir par succomber , pareeque , dans ce pays , l'aristocratie était nationale. Elle avait toujours fait cause commune avec le peuple. En France, la révolution ne pouvait tendre qu'au renversement de l'aristocratie, pareeque la couronne avait toujours fait cause commune avec le peuple (i). Charles 1er refusa de reconnaître la compétence de ses juges; Louis XVI s'y soumit , et sa résignation religieuse le porta même jusqu'à ne plus se considérer comme roi. Il y aurait bien des remarques à faire sur la différence de position des deux monarques (2).
(1) M. de Boulainvilliers , en parlant de l'admission des communes dans l'assemblée delà nation, sous Philippe-le- Bel , dit que dès-lors tout fui perdu. H y a encore des personnes qui disent que tout est perdu, si la dynastie ne rompt pas son antique alliance avec la masse de la nation , alliance contractée, pour la première fois, sous Louis-le-Gros.
(2) La raison qui veut que, pour être bien et équitable-
Le retour de Charles II a servi à la punition et à la réconciliation. Toute justice a fini par s'accomplir (i).
La royauté fut abolie par les Romains, parceque le pouvoir avait excédé son mandat, et que la royauté avait été souillée dans la personne et dans la famille du dernier Tarquin. Si cette histoire n'est pas vraie, du moins c'est un très bel apologue.
L'hypothèse de la souveraineté du peuple est à présent sans objet. Il était admis que, dans les états constitués , les rois gouvernaient par les lois , et les lois, d'après l'expression unanime de l'antiquité, étaient filles du ciel. Maintenant il est admis que les lois sont l'expression de la volonté générale. Ceci
ment jugé , chacun soit jugé par ses pairs , vient de ce que d'autres ne peuvent pas se mettre à la place de l'accusé pour apprécier sa conduite, et se rendre compte de ses pensées. Cela seul suffirait quand d'ailleurs il n'y aurait pas quelque chose de sacré dans la royauté, cela seul, disons-nous, suffirait pour établir le principe de l'inviolabilité.
(i) Peut-être ne tarderons-nous pas d'arriver à un moment où il sera loisible d'examiner philosophiquement et historiquement le dogme de la solidarité. Peut-être alors trouvera t-on que ce terrible fardeau de la solidarité s'allège à mesure que la société se perfectionne.