‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 201 sur 217 · DEUXIÈME PARTIE. /pi · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. /pi

ne constitue point le dogme de la souveraineté du peuple.

Il ne tardera pas d'être reconnu comme une vérité triviale, que l'homme n'étant jamais né hors de la société, n'a pu jamais stipuler dans un contrat primitif. Il n'a pu que consentir.

Il ne s'agit pas de prendre les suffrages un à un, mais de voir ce que le peuple fait, pour savoir ce qu'il pense , et , par conséquent , ce qu'il veut.

De quel droit, sans la justice, une majorité imposerait-elle des devoirs à une minorité ?

Il faut faire attention que, dans l'origine, tous les pouvoirs durent être ou des pouvoirs paternels ou des pouvoirs dictatoriaux.

Le législateur dit ce qui est. Il y a une conscience publique qui se compose, non de l'opinion de tel ou tel , mais de l'opinion et du sentiment de tous.

Cette conscience est ce qu'il y a de moral dans la société. C'est là que réside l'unanimité.

Le dogme de la souveraineté du peuple a été inventé comme une fiction pour expliquer certaines choses delà société. Maintenant il est bien reconnu qu'il n'explique rien.

Le droit divin n'est que ce qui n'est pas le dogme de la souveraineté du peuple. Faire dériver le droit divin d'une révélation immédiate, du moins dans

les sociétés modernes, c'est le discréditer en pure perte.

Le peuple consent, ou il se retire sur le Mont- Sacré (i).

Je voudrais avoir le talent qui agit sur les hommes , et je croirais expier mon crime , si je parvenais à prouver que les temps sont venus où la

(i) L'état actuel de la société est un état tout-à-fait nouveau dans l'histoire des sociétés humaines : il ne peut être expliqué que par la connaissance intime de ce qui est.

On ne fait pas la société ce qu'elle est ; la raison d'un état quelconque de la société n'est qu'en lui-même.

Il ne faut pas prendre pour obstacle ce qui est la force des choses, car alors on aurait des obstacles invincibles. S'opposer aux choses est folie.

Toute la sagesse, toute la prudence, consistent maintenant à voir ce qui est ; il ne s'agit plus de prévoir , il s'agit de constater : fonder n'est plus qu'affermir.

Les institutions ne sont jamais que la réalisation de ce qui est déjà : le législateur ne fait qu'opérer cette réalisation.

Dans des notes précédentes il a été dit en quoi l'état actuel de la société est un état tout-à-fait nouveau. Jusqu'à présent on n'avait pas compris la possibilité d'une société sans une aristocratie. Mais il faut bien s'y faire. En d'autres temps on n'aurait pas pu concevoir non plus l'existence de la sociélé sans l'esclavage ou sans la servitude. Les modifications relatives à la pensée religieuse sont aussi un changement radical, puisque, par le christianisme, le sentiment religieux est entré dans le sentiment social lui-même.

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