LIVRE II
ambitieux des choses qu'il prise au-dessus de la « pitié et de la justice. »
« Avait-on besoin, répond Œdipe, de ces dures « paroles pour me dépouiller du vain titre de roi? « Oui , je consens à descendre d'un trône où je ne « suis monté que par un crime affreux! Eh! n'ai-je « pas dit assez que je ne veux conserver de la vie que « ce qu'elle a de plus triste et de plus fâcheux? J'irai , « oui , j'irai mendier mon pain ; et celui que le ban- « deau royal poursuivait en quelque sorte n'aura « plus de retraite assurée. Qui se croirait obligé de « remplir à son égard les saints devoirs de l'hospita- « lité , lorsqu'il est ainsi repoussé par les siens? Voilà, « dira-t-on , voilà cet OEdipe qui régna sur la race « vaillante de Gadmus; et maintenant, vil rebut des « humains, il erre comme une ombre de lui-même! « Le voilà , celui que les Dieux avaient doué de tant « d'intelligence ! Le voilà , cet heureux favori des Mu- « ses ! il n'a pas su prévoir ce que le sort lui réservait ! »
« Antigone, entourant de ses bras les épaules de son père , et arrosant d'un torrent de larmes la poitrine de ce monarque infortuné, lui disait d'une voix entrecoupée: «Non, vous n'irez pas seul; je « conduirai vos pas; je mendierai avec vous le pain « de la douleur. »
< Eh quoi ! voulez- vous donc , s'écrient Etéocle et « Polynice , que notre opprobre soit connu par tout
« l'univers? Ah ! du moins, épargnez-nous cette der- « nière honte ; craignez de nous rendre la risée de «votre peuple ?et des autres nations de la Grèce.» Les cruels aussitôt joig nent l'outrage à l'insulte.
« OEdipe est enfermé dans une tour. Ses fils le dérobent à tous les yeux : ainsi on cache aux hommes ces maladies qui ont reçu le nom de sacrées , parcequ'on les regarde comme une marque de la colère des Dieux. Ensuite ils tirent au sort la couronne de Laïus; mais ils jurent auparavant, les perfides! ils jurent de ne régner tour-à-tour que pendant une année. Étrange convention, bien digne, en effet, de cette fatale couronne qui avait ceint le front d' OEdipe! Les Furies, sans doute , reçurent un serment destiné à être violé.
« Antigone et Isméne veulent partager la captivité de leur père; spectacle plus touchant que je ne puis le dire ! OEdipe, ce roi naguère si favorisé de la fortune, est maintenant réduit à la solitude d'une prison. Tout cet éclat du trône s'est évanoui ; mais il lui reste ses deux nobles filles : elles apprêtent son frugal repas, préparent les modestes vêtements qui doivent désormais lui servir, et charment ses ennuis par d'harmonieux concerts.
« Vous le savez , illustre Priam , il n'est point de repos pour le méchant; une mauvaise action est trop souvent punie par le projet dune action plus