LIVRE II
premiers rayons de l'aurore, Œdipe se réveilla ; et, « s'appuyant sur Antigone , il sortit avec elle du tombeau d' Ampli ion et de Zétus.
«Mon père, dit la vierge, nous ne sommes^ pas « éloignés des bords de TEuripe. Croyez-moi, allons «dans l'Aulide; et si quelque étranger veut nous « recevoir dans son vaisseau , nous traverserons le «détroit, nous aborderons à Ghalcis. De là nous « pourrons ou parcourir l'Eubée , ou mettre en- « core la vaste mer entre la Grèce et nous. » Elle voulait, par ces paroles, détourner dans l'esprit de son père la pensée du Gythéron : cependant elle songeait elle-même à sa patrie , à sa sœur Isméne , à ses deux coupables frères , à ses aimables compagnes , et sans doute aussi au noble fils de Créon ; et des larmes coulaient doucement le long de ses joues.
« Ma fille , répond Œdipe avec un sourire plein « de tendresse pour Antigone et de dédain pour lui- «mème, ma fille, j'ai compris ta pieuse ruse. Eh « bien ! j'y consens ; allons attendre , sur les rochers « déserts de l'Aulide, quelque vaisseau à qui je con- « fierai le reste de mes tristes destinées. Peut-être « en effet, pourrai-je trouver un peu de repos au- « delà des mers, pourvu toutefois que le récit de « mes cruelles aventures n'ait pas déjà rempli le « monde. La renommée, ma fille, publie en un in-