TOME I
» « stant les actions et les sentiments des rois. Ils ne « peuvent ensevelir dans l'ombre ni leurs fautes, ni « leurs malheurs. Les plaintes que la douleur ar- « rache à l'homme revêtu du pouvoir suprême sont « comme un long gémissement qui retentit au « loin. »
« Tels étaient les entretiens des deux exilés. Antigone conduisait son père aveugle, et demandait de temps en temps le chemin de l'Aulide. Lorsqu'ils étaient pressés par la faim, ils entraient dans la cabane d'un berger ou sous la hutîe d'un pêcheur , et ils mangeaient en silence le repas de la pauvreté. Souvent ils arrosaient de larmes les grossiers aliments qu'on leur présentait. Plusieurs fois ils voulurent s'embarquer, mais toujours on cherchait quelques vaines raisons pour les éloigner. En voyant la beauté d'Antigone, à l'air auguste et sinistre du roi, chacun était frappé d'un étonnement mêlé de terreur et de respect: d'ailleurs un bruit confus d'QEdipe errant avec sa pieuse fille s'était déjà répandu par-tout; par-tout on craignait la rencontre d'un homme visiblement poursuivi par les Dieux vengeurs, et traînant la malédiction après lui. Nul n'osait interroger les deux fugitifs: on ne remplissait envers eux que les plus stricts devoirs de l'humanité; encore n'était-ce qu'avec une sorte de répugnance, tant on craignait la funeste conta-