LIVRE III. i
« des Dieux. » Puis ^adressant à Antigone : « Ma « fille, lui dit-il, et pardonnez à mon âge si je vous «nomme ainsi; ma fille, je ne vous interrogerai « point sur votre nom ni sur votre naissance; le ra- « meau de suppliante que vous tenez à la main doit « m inspirer le respect, et me défendre toute cu- « riosité. »
« Mon intention n'est point de vous celer mon « nom, répond la vierge modeste; je suis Antigone, « je suis la sœur de Polynice. »
«Noble princesse, répond Adraste, je connais «tous vos malheurs. Il est vrai, la guerre qui se « prépare est une guerre sacrilège pour Argos aussi « bien que pour Thèbes. Les Dieux m'en sont té- « moins, je ne l'entreprends qu'à regret! Je n'ignore « pas non plus les maux dont je suis encore me- « nacé. De tous les chefs vaillants qui entourent « mon trône, nul ne me survivra. Je resterai seul. « Douleur sans égale que mont prédite de funestes «oracles! Antigone, je n'ai jamais été faible dans «les combats, et cependant mon cœur, pour la « première fois, connaît la crainte. Hélas! on ignore
< ce qui se passe dans lame d'un roi : elle ne peut « souffrir un soupçon injurieux. Si je refusais de « faire rendre à l'époux de ma fille un trône qui
< lui appartient, je serais appelé lâche parmi les « hommes. Tels sont les vieillards, dirait-on, ils ne
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« savent pas faire respecter leurs droits ; ils préfèrent « la honte aux hasards de la guerre. »
« Lorsque le roi eut cessé de parler, il s'approcha delà vierge du Cythéron; et, la pressant contre sa poitrine, il arrosait de larmes sa belle chevelure. La pieuse fille d'OEdipe gémissait profondément : elle se rappelait le souvenir douloureux de son père sur les rivages de TAulide. Pourtant Adraste voulait engager Antigone à rester au sein de sa cour. « Non , « seigneur, répondait-elle; puisque je n'ai pu vous « persuader, mon devoir est de rentrer à Thébes. « Thébes est ma patrie ; c'est là que reposent les « restes de ma mère; c'est là que je dois accomplir « les dernières volontés d'OEdipe; là sont mes Dieux "domestiques, enfin c'est à Thébes qu'habite ma « sœur, accablée de chagrin. »
«Souffrez, du moins, dit le roi, que pendant « neuf jours nous célébrions la fête de l'hospitalité. « Vous assisterez aux sacrifices que nous offrirons «aux Dieux: ma fille, croyez-moi, vous pourrez «y assister; car je n'ai qu'une chose à demander « aux Immortels, c'est de nous épargner une guerre « impie. Princesse magnanime , vous êtes venue « ici avec des paroles de paix ; ne vous retirez pas « si promptement, on pourrait croire que j ai rejeté. « les prières de la suppliante. »
« Le roi, en parlant ainsi, songeait à profiter de