‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 58 sur 217 · LIVRE III. i · texte numérisé non relu

LIVRE III. i

chose de féroce dans son courage: il lui faut de la chair et du sang. Le noble animal qui se désal-

* terait dans l'eau des fontaines, et qui paissait les m gras pâturages de l'Inachus, n'est pas moins fier,

• n'a pas moins de courage; mais un sentiment gé- « néreux ranime : c'est la gloire toute seule qui « l'entraîne au péril , et non point le désir féroce du a carnage. Telle est la différence de deux guer- « riers. »

«Je vous comprends, dit Tydée, je vous com- « prends, roi d'Argos. Ainsi vous payez mes services avec des outrages! Oui, je suis le coursier «nourri dans les étables de Dioméde. Oui, il me « faut de la chair et du sang. Mais c'est la soif de , « la vengeance qui me rend féroce. Je le sens , les « larmes de Thébes peuvent seules apaiser les touru nients de mon cœur; les cris des épouses et des « mères désolées peuvent seuls réjouir mes oreilles. « Je veux les plaintes de mille mourants ; je veux les u gémissements de tout un peuple. »

« Malheur à moi , s'écrie alors Polynice , malheur « à moi ! Je porte le fer et le feu dans la ville qui me « vit naître! Je porte le fer et le feu dans la ville qui u me donna l'hospitalité ! Je suis pour tous un sujet «de trouble et de terreur! Barbare destin, tu l'as « voulu ainsi ! »

« Cependant il se faisait un grand tumulte à la

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porte du palais. C'était l'impie Ca panée. Il avait vu revenir le prince de Galydon, et le cri de la guerre avait retenti dans tout Argos. Erinnys secoue ses torches invisibles. On entend comme un sourd gémissement dans l'air. Les mères pressent leurs enfants sur leur sein. Les cavales, dans les étables, témoignent une sorte de souffrance par des hennissements douloureux. Les chiens hurlent dans les maisons comme lorsque, en gardant les troupeaux, ils voient des loups affamés rôder sur les hauteurs. Des nuées de corbeaux s'abattent sur les toits, et demandent la proie qui leur est promise. »

Tirésias, en racontant ces choses, avait lame oppressée. Il s'arrête; et, adressant la parole à Daphné : «Ma fille, redis-nous l'hymne de Castor et «Pollux, cet hymne qu'un jour les nations de la "Grèce chanteront en marchant au combat; car « les hommes semblent se plaire encore à répéter les « chants de la concorde, au sein même delà guerre, « comme pour en adoucir les horreurs. Ainsi les « Arcadiens , au milieu du tumulte des armes , « aiment à jouer sur la flûte de Pan les airs cham- « pêtres dont ils font retentir leurs montagnes pen- « dant les loisirs de la paix. Ma fdle, la peinture de « l'amitié de deux frères soulagera nos cœurs du

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