‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 67 sur 217 · LIVRE IV. i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. i

« utile une fois! Immolons la douce victime, pour «apaiser les ombres des morts, pour satisfaire à la « colère des Dieux , pour rendre le calme à la ville « d'Amphion ! Immolons la sœur du tyran qui nous « opprime, la sœur du tyran qui voudrait nous op- « primer!» Quelles furent vos pensées, vierge magnanime, lorsque vous entendîtes des discours si nouveaux? Hélas ! ce n'était pas la crainte de perdre la vie qui agitait son cœur, mais seulement la crainte damasser un crime de plus sur sa malheureuse patrie. Alors Antigone abaisse son voile, et laisse tomber ses mains, en se confiant aux Dieux immortels.

« Cependant Hémon a vu le danger : sa grande ame a frémi de terreur. Il s'élance, et, jetant à terre son glaive étincelant, son casque ombragé dune aigrette menaçante, il se place devant la fille d'OEdipe, et s écrie: «Malheur à moi si j'employais mes « armes contre des femmes , contre des femmes que « la douleur égare! mais, je le jure par les serments «les plus sacrés, la suppliante ne recevra aucune « atteinte tant qu'un souffle de vie animera ma poi- « trine ! »

« Les guerriers d'Athènes se disaient entre eux : « Ne sommes-nous pas venus pour accomplir les « saints devoirs de 1 hospitalité? » Les soldats thébains disaient aussi en gémissant : « Pourrions-nous

« laisser mourir la sœur de notre roi? » Les enfants et les jeunes filles, repoussés par leurs mères, se réfugiaient dans les bras des faibles vieillards; le tumulte allait croissant. Alors Pirithoiis demande un moment de silence : « Epouses et mères désolées , dit- « il, écoutez ma voix; écoutez, femmes de Thébesî « Pourquoi sacrifier la suppliante ? elle a pleuré avec « vous sur les morts, elle a répandu avec vous l'eau « des lustrations, et vous a aidées à laver les corps de « vos époux, de vos fils, de ceux qui devaient être les « époux de vos filles ! Les Dieux , n'en doutez pas , « vengeraient le meurtre de la vierge innocente. Je « le sais trop , ils punissent tôt ou tard les attentats « faits à la justice. Ixion, mon père, ses aventures « sont assez connues , Ixion , fils de Phlégias , en est «un exemple mémorable. Moi-même, Dieux ven- « geurs! n'ai-je pas plus dune fois porté la peine « réservée à de téméraires entreprises? Femmes de « Thèbes, puisque vous prêtez une oreille patiente «k mes discours, écoutez encore, écoutez le récit « dune histoire merveilleuse qui a fait quelque bruit « dans la Grèce.

« J'avais une sœur, belle entre toutes les filles de «l'Hémonie; on la nommait Phisadia. Elle entrait « à peine dans l'âge de l'adolescence. Un jour elle « s'égara en cueillant des fleurs sur les bords du « Pénée , et perdit de vue le toit paternel ; sa voix ne

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