‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 73 sur 217 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

« Alors Antigone, s'inclinant sur le fils de Gréon, et l'entourant de ses bras innocents , comme s'il eût été son frère : « Prince, lui dit-elle, quels que soient « les sentiments qui reposent dans le cœur dune « vierge > elle doit garder le silence. La parole a je « ne sais quelle force inconnue qui nous entraîne « au-delà de nous-mêmes , elle est comme un lien « mystérieux qui nous engage plus que nous ne «le voudrions. Ah! ne mettons aucun obstacle à « l'accomplissement de nos devoirs. Mais qu'ai-je « besoin de le dire? Pourrais-je ne pas aimer celui « qui a jeté les yeux sur moi, dans l'abyme de maux «où jetais plongée avec ma famille infortunée; « celui pour qui les terribles calamités de mes pa- « rents n'ont pas été un objet d'éloignement et «d'horreur? Lorsque tous nous abreuvaient d'ou- « trages, toi, Hémon, tu nous prodiguais dans ton « cœur ta noble compassion , tu avais pitié de nos « souffrances, tu desirais unir ton sort à celui de la « fille du malheur. Oui , je t'aime, et que ne m'est- « il permis de te le prouver! Hémon, vous me don- « niez autrefois le doux nom de sœur ; ah ! donnez- « le-moi encore, soyez toujours mon frère. OEdipe, « à ses derniers moments, a connu l'amour de son « Antigone pour le fils de Gréon. »

« Hémon , en écoutant ces paroles , versait des larmes abondantes. «Ne t'afflige pas, reprend An-

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