LIVRE IV
« Et ces paroles prophétiques de l'homme des desti- « nées, ces paroles qui ont acquis la sanction de la « mort , la solennité des tombeaux , qui les ôtera de « mon sein? »
Ici Daphné, s approchant de Tirésias: «Mon »< père, lui dit-elle, vous êtes ému, je le vois; vous « avez besoin de repos : laissez-moi répéter l'hymne m des tombeaux , que je chantais à Thébes , lorsque « Antigone, pour obéir aux ordres d'OEdipe, se « rendit avec sa sœur Isméne dans le lieu obscur et « retiré où Jocaste attendait les honneurs funèbres. «Sans doute, mes chants ne pourront pas adoucir «« l'impression de la douleur que vous avez fait naître ; .< ce sera néanmoins une sorte de soulagement, car « souvent tout ce que l'homme désire , c'est de chan- « ger de tristesse. »
A ces mots , la prêtresse d'Apollon prit sa lyre ; et, pendant qu'elle cherchait dans sa mémoire les paroles qu'elle avait dites autrefois, elle préluda par une harmonie douce et plaintive qui semblait promener lame parmi les souvenirs d'un autre âge. D'abord elle peignit la vie sous l'emblème d un exil rapide. Le voyageur, sur les rives étrangères, charme les fatigues de la route par la pensée de la patrie : tantôt sa vue s'arrête avec tristesse sur les arbres dont l'ombre ne protégea point son berceau; tantôt
elle sépare au loin sur de vastes plaines qu'il ne connut jamais, sur des montagnes qui paraissent le séparer des lieux où sa mère lui donna le jour. Ainsi rhomme reste comme étranger sur la terre; il rêve sans cesse à un bonheur qui le fuit , à une patrie inconnue d'où il se sent en quelque sorte exilé. La prêtresse d'Apollon ouvrit ensuite la porte des Champs-Elysées , mille fois plus beaux que les jardins des Hespérides, et gardés par de chastes nymphes plus belles mille fois que les Hespérides elles-mêmes. Puis, avec une voix toute pleine de grâce et de douceur, elle peignit la rencontre d'OEdipe et de Jocaste dans ces champs fortunés. « Les « voilà, disait-elle, les voilà qui errent au sein de « ces bosquets merveilleux formés d'arbustes im- « mortels. Ils se racontent les chagrins et les misères « de la vie. Leur ame en est encore tout agitée, car « ils ne jouiront du repos que lorsque tout leur sang k aura expié leur crime. Ah ! filles d'OEdipe , disait- « elle encore , comme si elle eût été en présence « d'Antigone et d'Isméne, filles d'OEdipe, les mys- « tères de la justice des Dieux sont voilés à mes « regards. »
Daphné se tut. Toute la famille de Pria m versait des larmes abondantes. La belle Gassandre, d'une voix émue , demande le détail des cérémonies de l'expiation au tombeau de Jocaste. La fille de Tiré-