LIVRE V
Étolien animait le carnage par ses paroles et par son exemple. Le gendre d'Adraste, plein d'une présomptueuse audace, s'avance au-devant du fils de Crcon : «Je devrais avoir pitié de toi, lui dit-il m avec un sourire amer; tout-à-1'heure n'as-tu pas . voulu épargner Parthénopée ? Ah ! puisque la k beauté et la jeunesse ont de tels droits à ta com- « misération, que ne ménages-tu ta propre vie, beau « jeune homme? Quant à moi, je suis insensible; «et, dussé-je m'attirer la colère de Vénus, je te « foulerai sans peine sous mes pieds ; sans peine je « traînerai dans la poussière ta chevelure char- « mante , que ne pourra protéger ton casque bril- « lant. »
«Cruel Tydée, répond Hémon, tu m'outrages, « pareeque j'ai voulu épargner un chef argien, trop « faible pour mon bras!. Je ne me plais point, ainsi « que toi , à immoler ceux qui ne peuvent m op- « poser une résistance égale. Je méprise la gloire « sans péril. Au reste, tes paroles ne sauraient me « blesser; je suis éprouvé comme le fer par le feu; « et mon courage est au-dessus des dangers et des « insultes. »
« Ces paroles sont à peine prononcées , que les deux héros s élancent l'un sur l'autre, et en viennent aux mains. Le carnage paraît un instant suspendu : on dirait que le sort de la guerre tienne à
l'issue du combat des deux chefs. Hémon , voulant du moins essayer de soustraire la ville aux hasards de la guerre, pare avec adresse les premiers coups de son redoutable ennemi, lui échappe, tourne rapidement autour de lui, et se précipite en avant. Tydée étonné, aussi prompt que l'éclair, obéit à tous les mouvements d'Hémon, qu'il poursuit sans relâche, et qu'il ne peut parvenir à serrer d'assez près. De distance en distance, le fils de Créon se retourne, et s'arrête dans une attitude menaçante: il croise un instant le fer, puis échappe encore , et recule de nouveau. Il n'a d'autre but que d'attirer hors des murs le prince de Galydon , parcequ'il ne sait pas s'il sera assez fort pour le priver de la vie. Antigone, du sommet d'une tour, voyait avec joie et anxiété ce nouveau genre de combat : elle pénétre sans peine le secret dessein du généreux Hémon. Elle était comme une femme en proie aux tourments que font endurer les cruelles Ilithyes, à ces tourments mêlés de tant de bonheur. Enfin le fils de Créon parvient jusque sur le seuil de la porte Proétide, qu'il franchit d'un pied léger. « Compagnons, « s'écrie-t-il lorsque Tydée, en le poursuivant, eut « également franchi le seuil, compagnons, mainte- « nant que votre plus barbare ennemi est sorti de « vos murs, barricadez la porte, et disposez-vous à « l'empêcher de rentrer, s'il parvient à me ravir la