‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 96 sur 217 · LIVRE V. 21g · texte numérisé non relu

LIVRE V. 21g

et Hâppomédon se disputaient , avec des succès divers, la porte Ogygicmie. Créon soutenait courageusement les efforts d'Adraste, qui cherchait à s'emparer de la porte Hcbdome.

«Inspiré par l'amour de la patrie, le généreux Ménécée, celui qui donna le premier à Créon le doux nom de père, venait de concevoir un magnanime dessein. Il se précipite vers la porte Homoloïde, se la fait ouvrir, et, couvert de bandelettes noires, il cherche le lieu où Amphiaraus avait été englouti. Un ancien oracle disait que le sacrifice volontaire du n noble Thébain épargnerait de grands malheurs à la ville de Gadmus. Sur la foi de cet oracle , Ménécée dévoue sa tête au salut de sa patrie. Mais le sol qui s'était ouvert pour recevoir le fils d'Oïclée refuse une seconde victime. Ménécée erre tristement et sans armes parmi ces sillons terribles que les bataillons d'Argos craignent de fouler, même dans la fureur des combats. Nulle part la terre raffermie ne s'ouvre sous ses pas. Alors il se jette au milieu des guerriers ennemis, leur livrant sa vie sans la défendre. Les Argiens écartent leurs rangs pour laisser passer le généreux Ménécée. «C'est un illustre Thébain, se disaient- ils entre « eux, qui se dévoue pour sa patrie: refusons-lui la « mort. Epargnons la victime expiatoire de Thèhes! «que le mal demeure sur l'héritage malheureux

«d'OEdipe!» Ainsi Ménécée ne pouvait accomplir son sacrifice. Cependant la tempête allait toujours croissant. Le soleil éclairait à peine le carnage audedans de la ville et hors de ses murs. Des flèches innombrables se croisaient dans les airs, et volaient frapper au hasard. Enfin un javelot lancé du haut des murailles vient, en s'égarant, frapper le fils de Créon, qui tombe au pied du laurier d'Amphiaraus. « Puisse, dit-il en mourant, puisse mon trépas « épargner à la cité sainte les maux qui suivent une « guerre impie ! » Il expire en arrosant de son sang le laurier du prêtre d'Apollon; et l'arbre merveilleux, agitant son funèbre feuillage, fit entendre un long gémissement. Telle fut la fin du généreux Ménécée, qui périt par un des siens: nul n'a pu savoir de quelle main était parti le fatal javelot. « Au moment où le fils aîné de Créon exhalait le dernier soupir, son frère intrépide, le vaillant Hémon , qui était venu remplacer Ménalippe, immolé par Tydée, opposait au prince de Calydon une prudente et courageuse résistance. L'épouvante était répandue dans la ville: c'en était fait de Thébes. Hémon seul ose marcher contre le farouche destructeur de sa patrie. Il s'ouvre une voie sanglante au travers des bataillons argiens, qui déjà inondaient les rues et les places publiques , et arrive , couvert de sang et de poussière, jusqu'au lieu où le féroce

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