LIVRE V
« Étéoclc et Polynice se portent dans tous les lieux où leur présence est nécessaire, soit pour l'attaque, soit pour la défense. Ils semblent se multiplier; ils sont toujours au milieu des combats les plus acharnés. Souvent ils se rencontrent sur les différents champs de bataille; d'abord ils s'éloignent, mais en frémissant de rage , car ils sont altérés du sang l'un de l'autre. Une fureur secrète et irrésistible les pousse à se chercher; et, lorsqu'ils se retrouvent parmi ces scènes de désolation et d'horreur, un sentiment de la nature , qui survit à toutes les inimitiés , et qu'il n'est jamais possible d'éteindre tout-à-fait, les force à s'éviter. Alors ils trompent en quelque sorte leur haine impie, en immolant autour d'eux une foule éperdue. Malheur aux guerriers qui s'offrent à ces deux maudits ! qu'ils n'espèrent aucune pitié ! Ainsi le chien fidèle à qui le berger confiait naguère la garde de ses troupeaux: attaqué d'un mal affreux qui lui fait méconnaître tout-à-coup les douces habitudes de la maison où il est né, il fuit, l'œil hagard , la tête baissée : néanmoins , rappelé par ses anciens souvenirs , il revient sur ses pas , et fait tristement le tour de la bergerie; s'il rencontre son maître, il s'élance sur lui, puis il se retient, et fuit de nouveau. Pressé par le cruel besoin de dévorer une proie, et contenu en même temps par un reste il affection et de reconnaissance, il se détourne pour