‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 1 sur 86 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

PRËMIÎIRË ADDITION

APX PîROL]ÉG.OMÉNE$.

Kou3 sçwan^ à jM^e époque qUil tovOfi^ le$ i4ées dpivient .être .prcMiui^s, >où /toup \e^ fr^hlè^es qui importent è rhomme d<M«veivt ^Ire eKpo6é$ en'mémés iem^$, l^ «entiosteni 4'une telle simuhanéké ,eU Ja cause ifi l^appareofte incoharence gue Vosx ft cru remarquer dans les prolégovOièo/e^ ; mais il ne {aut point s'en trop inqu;^&ter, une pensée doinipa^q^ Unira par se |iake Jour, /et par se d^ager 4es nuages dont elle est encore ento.urée. G'ieat pour tiàter le jmQ^en^ où jce ))ut pourira él;re altaint que je me suis décidé h demander .un nouyel £ffltrel;îea avkec mes lecteurs, avant de leur présenter :rOi;pbée.

A mesure que j'avance, je pf)Océde à jaa propre iniittatÎQii : ce .qui était sepiié en mai se défpHe suçoessiveme^t , et comme à mon insu. Ii!ixapulsion de la peoâée première,

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l'enchaînement de celles qui en découlent , me conduisent à un terme que souvent je n^ai point su prévoir. D'ailleurs les notes que j'ai rassemblées sont en si grand nombre, ont tellement besoin d'être éclairées les unes par les autres, que ce serait un travail audessus de mes forces , si je voulais les consulter et les discuter toutes à-la-fois ^ pour les employer d'une manière définitive, pour être certain de la place que chaque chose doit occuper dans les compositions successives; et ce fut là aussi la raison de l'édition provisoire que je donnai l'année dernière.

Voici donc cet Orphée, que j'ai déclaré ne pas être établi sur des bases scientifiques, et qui cependant, j'ose presque l'affirmer , n'est, sous certains rapports , qu'une véritable évocation de l'antiquité.

Ija mythologie est une histoire condensée, et pour ainsi dire algébrique.

La tradition groupe les événements primitifs , pour faire d'un ensemble de faits un seul fait symbolique; par-là elle est dispensée du soin de marquer de longues éphémérides.

Quelquefois ces faits groupés sont rendus plus saillants, par une faculté merveilleuse de per-

AUX ffiOLÉGOMÈMBS. S

«OQQificatîoo ,<quî ^^ UQ des attributs de â'esprkAtumain.Les traces de révolution cyclique «'eCfacent, et la mëmoke du seul fait symbolisé jbciUe. dans la miit ^es égos. Ainsi était le clou du siècle, eufoncé par le floaiteau d!un poatifejsurie frontispice des temples.

Chaque peuple ancien a sa cosmogonie sociale , laquelle est une imagcT, un éobo , une transformation d'une cosmogonie générale, universelle.

Ce n'est point par 'des emprunts faits avec discernement, coordonnés avec élégance, que Ton peut parvenir à établir un système d'idées exa^ «t complet ; c'est par une vue qui plane sur le tout, par une impression collective reçue à un centre commun, par l'assimilation de la pensée divine ou humaine avec sa propre pensée. Si l'on voulait comparer et 'faire sympatliiser entre ^U9^ les témoignages, on arriverait -à faire un poème arrangé comme ceux des* Alexandrins , au lieu de faire un poème spontané comme ceux d'Homère , comme le>Ramayana ou les Eddas.

Il existe, dans le cours des âges, un mo-

ment où les traditions ^deviennent de This* toire, le même sans doute que celui où la poésie devient de la prose; une bande obscure couvre toujours ce moment, et le couvre sur toute l'étendue de l'borizon.

On ferait fausse route si l'on voulait chercher, en étudiant les Mystères des Gentils, une antiquité historique , au lieu d'une antiquité relig;ieuse.

Je ne pouvais considérer le mythe grec que d'une manière tout-à-fait générale, mais il' m'était permis de chercher à pénétrer dans les profondeurs du mythe latin. Toutefois celuilà même, je n'ai pas voulu le peindre, mais le faire sentir. Il devait être pour moi la cosmogonie romaine ; de plus , il deviendra le type de toutes les cosmogoni^s sociales, dans l'application que je compte en faire; comme les développements de la chose romaine, son cours et ses vicissitudes , seront pour nous le type et le symbole de toute histoire considérée dans ses éléments génésiaques.

Le mythe latin me parait avoir, mieux que le mythe grec , conservé son caractère cosmogonique. Il est une transition plus sévère et phis majestueuse de l'Orient à l'Occident. Vir-

gile fut trop berce par la brillante fantaisie de la Grèce; et moi-même, me trouvant si souvent en présence d'un mythe affaibli , mais vivement coloré, fai dû quelquefois m'en laisser éblouir.

Ëratosthènes pensait que la poésie n'est pas la philosophie par excellence , ou la philoso* phie primitive, mais un moteur des esprits; Varron prétendait que la poésie fut devancée par une philosophie; il s'occupait des mythes dont d'anciennes villes voilaient leurs origines et même leurs lois. Cette philosophie qui , diaprés Ëratosthènes et Varron , précéda la poésie , ne reporte-t-elle pas notre pensée vers cette doctrine et cette langue des Barbares qui excitaient l'admiration et le respect de Platon ? Et, à notre tour, ne pouvons-nous pas supposer que ce mot barbares est iine expression vague, indéterminée, pour désigner la source ignorée des doctrines , le point de départ inconnu des traditions? Plus tard nous trouverons encore à méditer sur ce sujet.

Il ne faudra donc pas s'étonner lorsqu'il ni*ar rivera de traverser l'hellénisme sans m'y arrêter.

Quoi qu'il en soit, Strabon exigeait pour la

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poésie trois éléments , l'histoire , le mythe et rarrangement. Tel fut, en effet, le génie poétique de Virgile , et telle fut sans doute aussi la raison qui le fit nommer par Fantiquité le compilateur. Ce génie néanmoins s'étant al* luoié dans la sphère patricienne, Virgile fut inhabile à pénétrer le mystère profond de révolution plébéienne; de plus encore, étant homme nouveau , il ne put connaître qu'imparfaitement le mystère patricien, déjà si obscurci de son temps. Qui sait même si Tempire, heureux légataire du tribunat, n'aimait pas à confondre toujours l^s choses patriciennes et les choses plébéiennes? Il est curieux, au reste, dfi remarquer combien les hommes nouveaux sont singulièrement portés à se dépouiller de leurs sympathies naturelles. Un exemple remarquable est celui de Cicéron Qétrissaat l'institution *du tribunat, enfantée par Tindomptable loi du progrès, et sans laquelle le peuple romain n'aurait pu accomplir son immense destinée. Cette institution, si faible à sa naissance, toujours si contestée,, mais qui devait dévorer toutes les autres , tant était inéluctable le destin dont elle recelait le germ/c, si elle n'eût pas été prodiùte par la nécessité,

nWrait pu résister aux efforts constants qui furent faits pour l'abolir. Au contraire , il est ' permis de croire qu'une, autre aurait inévitablement surgfi, en l'absence de celle-là , dans le cas où elle eût été étouffée , ainsi que l'eût voulu Cicéron , comme ces monstres civils designés dans 'la l^i des xii Tables; une autre aurait surgi, car il fallait bien que la «conquête du droit commuif finît par s^accoraplir. Or la dictature, devenue permanente, ne fui que la faculté plébéienne se faisant puissance sous le nom d'empereur ; et , dans l'hypotbèse inadmissible delà victoire du patriciat, c'est lui qui aurait produit sa personnification. Mais le patriciat depuis long-temps était frap'pé d'immobilité; et Sylla avait abdiqué pour tout le corps aristocratique. *' *

Le principe patrici^i ne devait pas tarder, en effet, de se cristalliser, comme faifrtout^ langue non parlée, toute langue arrivée à l'état de momie, de langue morte.

L'Orpbée , et je l'ai déjà donné à entendre , doit servir d'introduction à ce que, dans la

Fdrmule générale, j'aurai à dire sar Phitloîre * fomaîne; il en résulte que» plusieurs expositions de doctrines paraîtront sans dctate étranges, cx)iAme, par exompfle , ceUe de la natvre différente des âmes. Cest bien là une trace de lX>rient, ou jdulèt c'est lX>rîent lui-même marqi|aut de sa forte et în^él^fle em|H«i9€e les antiques croyances du Ladum.CSestroyan* ces-, il iaut maintenant les chercher dans les vieux débris de la langue qui scpariait anr les collines d'Évandre, et que Virgile ignora.

Le genre humain partagé en initiables et en initiateurs est une idée dérivée d'un dogme caché dans toi|tes 1%$ co^nogonies, le dogme identique de la déchéance et de la réhabilitalion. Cette même idée de la nature différente 'des âmes , dégénération du dogme primitif, nou^ ne tarderons pas d'en avoir la preuve, «gassa^en&uitedans la gixosse, philosophie mystique qui devait embrasser à-la-fois le monde ancien et le monde nouveau de l'humanité.

N'est-il pas singulier que, dans le latin, le mot sons\ coupable, soit le mot simple, et que însonsy innocent, soit le mot composé? Or, dans l'origine , le second s'appliqua au patricien , £t le premier au plébéien.

AVt PKOUÉGOMÈNËS. .it

Gomune on le Terrar, Yièée d'initiad^les et d^inrlMiUeurs^ l'idée de là natnre dlffëren^te des awes se produisit donC, dès les premiers temfBj soas fa forme d'une croyance, à des âmes innocentes et à des âmes coupables^

Dtfn« tèiit ceer e^t le fait eosmogoniique oriental , devenu le fait cosmogonique ktin.

Ainsi l'être patricien et l'être plébéien témoigneraient du dogme identique, du dogme un de la décbëaûee et del-» réhabilitation.

Gefa^, je ne {Mmtais le présenter sonstin vétemeÉft htarCerri^aie; j'ai dû faire un myt^.

Et fOtieitt est ventr m'apprendre les secrets de kilaiïguédeb Barbares. .

Reiiistfqù^,(ftiè le^sque Platite noiïitne le latîw niie làngtié barbare, ee n'e^t point pair co^iqfisttaddon , tnsië d'ùtie manière absolue.

Au reste, il faut bic^ Fatvouer, ce qui fit l'avaiïtage du mythe est pour nous une diffictdté de plus, parceque nous ne pouvons remployer dans toute sa concision et toute sop énergie. Aussi , dès que j'ai voulu m'en servir, je me stfis setiti obligé de l'expliquer, et de farine entrer cette explication dans la contextnre méfne du poè^e; il est impossible qu'il n'en résulte pas quelque embarras. dans la.narra*

tion. Un jour peut-être, lorsque nous. serons accoutumés *à cetl;^ sorte d'histoire contenue dans le mythe, on^Pécrira aussi facilement que M. de Barante écrit nos chroniques na* tionales.

Virgfile succomba à la 'peine, et j'en ai dit la raison.

Dans rOrphée, on pourra trouver des choses qui supposent établi précisément ce qui est peint comme s'établissant. Le poëme de Nonnus et tous les poèmes cosmo^niques doivent être pleins de ces apparentes interversions , de ces synchronismes qui semblent être de véritables anachronismes , parceque là. est la zone obscure, tout autour de l'horizon; parceque là est le fini se dégfageant de l'infini ; parceque là est à-la-fois le monde se formant et le monde tout formé. Plus le poème sera une image juste et vraie des traditions, plus il sera empreint de ce défaut grossier, qui est, j'ose le dire , l'expression d'une vérité profonde. S'il m'était permis d'user ici de tous mes droits, je citerais la Bible elle-même, qui, dès le meurtre d'Abel par Caïn , marque implicite-

AUX PROLÉGOMÈN&v 13

meot la terre déjà peuplée de vengetti^ du sang innocent.

Aux objeetîoiis qui pourraient m'étre adre»sées slnr ee sujet, j'aurais à répondre quç VOrphée est l'bistoîre condensée de quinze siècles du genre humain : une telle synthèse laisse intact iWdre de travaux consacrés à l'analyse scientifique. Tous les efforts doivent tendre maintenant à reculer, le plus possible, Thomotk de Fhistoire dans la nuit des origines, à agra^ir son empire, en faisant des conquêtes successives sur la région des fables.

Mais puisque FOrphée devait être un poëme antique , il est assez juste que tout ne puisse pa9 être saisi dans le premier moment. Il me suffit donc d'affirmer que rien n'est hasardé^ qae tout repose sur une étude approfondie, sur des autorités certaines. Ainsi le lecteur est prié de ne point s'effaroucher de quelques expressions que je me suis cru obligé d'employer tefies que je les suppose fournies par le vieux Latium , et que je ne pouvais traAiire sans en dénatcfrer le sens. To»s les mots dont je me sers, et c'est sur-tout pour ie livre neuvième

que j^i besoin 4^ cette explication ^ tous les

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