TOMB V
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mots dont je me sers sont pesés avec une scrupuleuse exactitude ; s'il en est plusieurs d'inusités dans la lang^ue latine qui nous est* familière, je ne les ai point tirés des éléibent^ mêmes de la langue pour le plaisir de produire des sons archaïques et inconnus. Les Preuves entassées dans les deux derniers volumes achèveront ma justification, et seront le plus souvent comme de véritables scolies. La situation où je me suis trouvé explique, à mon avis, celle où furent placés quelques uns des poètes alexandrins.
Je n'ai point cherché à compléter l'exposition du mythe latin ; une telle entreprise eût été trop difficile pour moi , et trop fastidieuse pour le lecteur. Ce mythe se déroulera par la suite, à mesure qu'il viendra s'offrir à moi , car je n'ai point le projet d'aller au-devant de lui.
. Je crois cependant utile de prouver l'altération que lui a fait subir Virgile , et d'établir dans quel système d'idées, ou plutôt sous l'influence de quels préjugés cette altération a eu lieu. Un seul exemple suffira. Mézence parait avoir été, poui" l'âge mythologique, ce que fut Servius TuUius pour l'âge héroïque; selon
AUX PROLÉGCMÉQ^ES. 15
toate a|>parence , Tancien larthe étrusque voulait unir des races que la croyance séparait fatalement, ou, pour mieux me faire comprendre, il voulut non pas confondre les classes, mais les rendre moins hétérogènes Tune à l'égard de l'antre. Voyez ce qu'en a fait Virgile; je ne l'accuse point*, parceque sans doute l$i tradition^vait été pervertie avant lui. ISes poètes grecs n'opt pas eu plus de respect ^ ppur Sisyphe e% poar Tantale. Et, sans doute aussi, ce n'est pas Virgile qui a inventé le fhâtimetit de Thésée éternellement assis.
Au reste, la jnémoire des émancipateyrs on des civilisateurs a souvent été exposée k de tels outrages, dans les tefrips fabuleux aussi bien' que dans les temps historiques. Ceux qui oot fstVorisé l'avancement des plébéiens n'ont point été «épargnés par cette renommée aris- , tocratique qui fit du sixième roi de Rome, de l'instituteur du cens, le fils d'une femme esdavé. ' «
« ^ Homère a consacré tous les degrés de civilisation antique, et formant une sorte d'échelle progressive. Ainsi il représente .les Cy-
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dopes, par faoulles isolées, sans cnihie public; fes Lestrigoos ayant des assemblées senbUiiles à odles des sauvages de l'Amérique; les Ciconiens, qui avaient dompté les ohevauz et d^ couvert l'emploi des métaux, et qui avaient iitoe gftterce régulière. Je ne'pousserai pas plus . loin cette énumération, qu'il suffît quajat à présent d'indiquer. ArîstoA et Homère; fun investigateur, l'autre peintre de sociétés cohtemporaîiBes, sont analoguas en un se^s-^ L'Odyssée et les Politiques s'appliquent à divers âges sociaux afvec la difi^érend^ dans iSs form^ que moti!Ke celle éas âges. Virgile imite Homère , à la «pantanéit^^xès^ iDn tal travail synchroniqlie , j'aurais pu sans doute l'essaya, à mon tour, quoique avec quelque peine , dans l'Orphée ;^ mais n'aurait-dè pc^int été un travail plus curieux qu^'in^tnicfîf?
D'ailleurs je ne crois pas qu'il ^e fàt permb d'excéder, au-delà de ce que ye l'ai fait, l'efDploi du langage mythique. J'ai déjà ^{ufaoé les raisons qui m^ont porté à négliger la peinture des civilisations de la Grèce antique. 11 en est de même de celles du Latium, dont P^ dyssée a péri, et qu'il aurait fallu reconstruire. 11 m'importait seulement, pour atteindre à
mon but, de signaler rinitiation successive du plébéien général, et, dès le commencement des épreuves auxquelles ce plébéien général était soumis par la Providence, faire entrevoir Fépoptisme de l'humanité, c'est^-dire le christianisme. Toutefois j'ai voulu que l'Egypte fût une 'image de toutes les civilisations synchroniques de cette époque du monde, et même qu'elle conservât une image des civilisations antérieures. Il s'agissait pour moi de montrer l'enfantement merveilleux de l'Occident par l'Orient , et l'Occident conservant les titres de sa filiation.
On sentira bien ici ce que je disais dans le volume des Prolégomènes, qu'arrivé à une antiquité où l'on espère pouvoir signaler le fait primitif plus ou moins évident, on trouve toujours les traces d'une antiquité antérieure, incontestable. Les mots indigènes et autocthonés, comme les expressions poétiques nés du chêne ou du rocher , ne nous empêchent point de creuser plus avant, de chercher sur le sol les pas effacés de proto-anciens par-delà les anciens. Nous savons que tout est sous une forme indéfinie avant d'être sous une forme circonscrite; nous savons que le mythe est
1« PfiËMlÈRE ADDITION
une histoire condensée, et que oous sommtt aj^lës à Ure cette histoire.
11 est fort à remarquer que plus Ton re*.
moate haut, plus l'on trouye illimitée la sup putation des teçoips. Une année solaire se fond^ et se perd, pour ainsi dire, dans des cycles immenses formés par le concours des astres : c'est ce qui a donné lieu aux grandes années. Les. semaines d'années et les ann^ juhUaires des Héhreux sont déjà une restriction à ce qu'il y avait d'illimité dans le lan^^ge de l'Orient; et cette restriction émanait de leur cosmogonie elle-même , si admirable dans son imposante simplicité. Les olympiades, qui sont une restriction plus grande encore, qui joe sortent^pas non plus de la contemplation de la marche du soleil relativement à notre terre, mais qui appartiennent à une cosmogonie iocale, au lieu de porter la forte empreinte d'une cosmogonie générale, les olympiades marquent le commencement des temps histo-^ riques, et leur institution est presque synchronique avec l'ère adaptée à la fondation de Home. Par-tout le temps se dégage de l'éter*
ÂtIX PJVOLÉGOMÈt^. 19
nite; 1^ £ni de l^iafini; rOccident de rOrient; le coÛQtt de rioconnu ; rhistoive du mythe.
Les périodes astronomiques, les cycles de dififér^nts. genres , où «'est épuisée tantôt Pimagination, tantôt la science, pour trouver «des phases cettaines , des alternatives de décours eiide recours, dans cette immense et merveilieMe horlogfe de l'univers, "qui sonne incessamment les heures palingénésiques de tant de «globes roulants au sein de l'espace infini, ces périodes et ces cycles ont été des temps de purificatioD, d'épreuves, de félicité perdue ou promise,. de malheur passé ou futur, de menace ou d'espérance, d'épouvante ou de retour à la confiance ; ils ont été des âges pour .les intelligences pures avant d'être des âges pour le genre humain , pour les diverses sociétés humaines. De là les différentes acceptions du mot siècle, et même du mot éternité : la langue latine primitive, où l'on trouve encore quelques anneaux usés de cette chaîne antique par laquelle. nous fiimes attachés au roc immobile du vieil Orient, la langue latine aura à nous raconter tontes ces significations oubliées, si riches en enseignements, d'une doctrine si profonde.
20 PEEMIÉRE ADDITION
Telle est la cause qui a produit la confusion de l'astronomie avec la religion : le teiAp^ a dû être l'image de l'éternité.
Nous touchons également à i'écueil contre lequel se sont brisés Boulanger , Court de Gébelin , et sur-tout Dupuis.
Ainsi donc les phénomènes sociaux se succèdent dans une chronologie idéale, et non dans une chronologie qui se compte «par la succession des années et des siècles : on a voulu faire de cette chronologie idéale une chronologie positive , et alors tout a été embrouillé' Newton ne put coordonner cette chronologie, qui est une chronologie cyclique de civilisation, et non une chronologie astronomique.
Vico ne s y était pas trompé. Il avait bien compris que la philologie était le meilleur instrument pour sonder les profondeurs de l'antiquité. Bacon l'avait également compris.
Depuis , une science nouvelle est survenue, la géologie.
Nous savons à présent deux choses, l'une, que l'homme est nouveau sur la terre, l'autre, que l'idée a précédé le fait.
"lies ipoieâOBs, ^fetns ]e& abymes^ides mcit, soïsi la proîé le» um des cm très; les espê^ n'y sont liniiitces \{ue par d'insatiables destructfiurs, Jjes entassements d'animaux fossiles dans d|;s cavernes que l'on idécouvre en divers liens anupncenlfqu'ià une époque où l'homme n'exittait pas &core les animaux étaient cevBÊBi% sdtU les poissons de la mer. * .
Dès le lDOjpa||nt où l'homme a paru, le$ éÊ&^ maux ont eu un donûnateur intelligent; il fallait bien qu'il fût complet dans sa itature d'être intelligent, car sans cela il n'aurait pu subsister, ^Ën ^utre , si les merveilles ^e l'institution dii langage et ceUes de IHnstitution sociale ^^ei^t été sucdessiv«s, nuUe chronologie iimgnque ne seraâtstiffîfantepour rendre, compte del§i $érie graduelle des faits.
Ceci nous ii^dique une autre foncHondu n>ydie , œlle d'^pUquer symboliquement tantôt là SijpaiHalnëité, Jtantôt la succession.
Âiûsï a été confirn^ée l'antique» révâation.
Si nous nqiis reportions, par la pensée^ à une époque gétfésiaque ,* où le monde physique touit efttier <était comme en ébullition; où lei éléoflents*^ pour ainsi dire, n'avaient pas leur^Umites assignées , ^nfin où touf était
33 HtEMIÊRE AbDITION
dans la coflftision, nous trouverions les inoftdatîoips daDâ la péhinsule grecque ^ les embrasements dans la péninsule ftalftjue , le brisement des rocbers dans l'isthme immense qui sépare la Baltique du Pont-Euxin. VA vallée du Nil et rÉtrurie sont d^ Aarais.X'bomme épouvanté fait de tout des signes et de^puissahces , soit dans les animaux , sdlt 4ans les **aff>ces des forêts, soit dans lesjp|^té6res d'une atmosphère bouleversée. La science fulgurale, ParuSpîcine, les pronostics des fontaines, les rîtes des augures , toutes ces choses furent un ^uveoir, une tradition d'un^tat cosmogoniqne où la natuiie entière avait un langage pour les facultés insunctives de rhomme.
M. de Sainte-€rohr a vu dans les Ifitàtis les défenseurs d'un ancien culte , vaincus par les sectateurs d'un culte nouveau* Il fallait y voir }a peinture dUin âge cosmogonique , oii l'homme avait à lutter contre les forces de la nature,, à «s'approprie^ la terre, pour* ainsi dire en la faisant. De -plus, ^est une très courte vue de croiVe que Pdh fonde i^n établissement religieux et politique comme l'on bâtit une maison ; que l'on fait une religion comme une hyp9thèse philosophiq&o. Soyez
certain qae vous* ne rencontrerez jamais une orig^iAf avec cehe courte vue. Dieu et* la forme essentielle de Fesprit humain donnée par Bieu , voilà le type et le germe de toutes les manifestations successives de l'homme.
Le^ régne de Fhumanité, c'est Thomme se détachant du tout panthéistique. Les stsftues à gaines sont remplacées par les statues avec l'attiti^de 4e la faculté locomotrice. Le progrès de Vart de Dédale est Temhlème du progrès du libre arbitre. Certaines affections pathologiques, certaines impressionabilités , certaine modes accidentels de nos perceptions, ne nous donnent-ils pas une idée de cette confusion de Tétre dans -le tout , de ce magisme de la nature, qui sont une des explications du paganisme? Dans une sphère, les influences de l'air et du sol ; dans une autre sphère , les sentiments généraux se personnifiant, ne conduisent-ils pas à la même idée ?
Le christianisme pouvait donc seul nons sauver des superstitions naturelles comme des superstitions théurgiques.
Venons à quelques observations de détail ,
24 PHEMIÈRK ADDITION
9an6 trop chercher à y iifetire de Fordre.
Géphalœen avait fatt\ine Uigtoire .universelle^ depoîs Nimi6 et Sémiramis jusqu'au ré^e d'Alexandre, en n^ul Hvres, avec les noms des neuf muses.
L'histoire d'Hérodote a encore *Viini|^ de l'épopée.
Un poëte , du nom de Linus , est dit avoir écrit les aventures d'Orphée en ear^ictères pélasgiques. •
Une peinture de Polygnote établit le synehronisme de Than^yris et d'Orphée. Dans cette peinture Thamyris est rêpréseAé avec la lyre cassée.
Orphée, d'après les traditions, Thrace, c'està-dire Scythe, homme du Septentrion. La Thrace, lieb sacré, primitif; Flnde est trans- « portée dans la Thrace; tous les mytbog[raphes, tous les poètes, sont unanimes.
Une contrée très limitée s'agrandit et devient le monde même : camme il y a une GbK>nologie idéale, il y a aussi une géographie idéale.
Leibnitz avait bien compris que l'histoire de l'homme est liée 'à l'histoire de la terre. Charles Bonnet a une fort bellepage sur cette
iéftric; Herder l'a beaucoup développée.
Les climats , les génies des peuples , donnés, le problème historique pourrait se résoudre à priori: ceci nous pvésenterak une image de la prescience de Dieu.
Les Grecs ont rapproché toutes les distances, dans le temps comme dans l'espace : les Latins ont été plus rigoureusement vrais.
Dans Orphée, deux hommes, le fondateur, ou, pour parler plus exactement ^ celui qui représente l'idée de la religion , puis le fondateur ou le représentant d'une superstition. Paasanias en fait un sorcier. Voyez avec quel mépris Aristophane traite les Orphiques; et toutefois Euripide et son scoliaste, de même que IPausanias et Aristophane , attribuent à Orphée l'institution des Mystères. Toute tradition se bifurque ; j'ai montré la Hfurcatio», dès Torigine , par le rhombe retentissant , analogue au tambour lapon , et qui a été sitôt uq objet employé aux tristes rites des conjurations et de la magie.
Une théogonie a été attribuée à Orphée; on en trouve quelques fragments épars.
TOWB y. 3
Eumolpus, qui appartient aa temps d'Erechtée, était de Thrace ; on connaît les £umolpides d^Éleusis.
Toujours la même hypothèse que, dans la géo^aphie idéale, la Thrace est, pour la Grèce, le becceau sacré de toute croyance :
c'est rinde, c'est la Scythie; c'est ce que noos nommerions l'Orient.
Tout peuple a une tradition dont le commencement mystérieux se rapporte à un lieu symbolique.
De plus, le lieu qui devient le berceau d'une institution est le hiéroglyphe de cette institution.
Chaque colline ajoutée à la Rome primi* tive est le relief d'une institution introduite dans le droit civil romain. De là une tradition consignée dans Servius, à savoir que sept tertres existaient à l'origine sur le Palatin, et portaient déjà le nom des sept collines, dont plus tard devait être successivement formée la ville de Rome.
Il n'y a point de lieu sans le génie de ce lieu, d'après le même Servius; c'est ainsi qu'en Egypte chaque nome était sous la protection d'un génie : il fallait bien que l'on retrouvât
ici ce qu'une telle chorographie a de yivant et de merveilleux.
Cette remarque sur les lieux portant en quelque sorte Finstitution comme le sol produit la plante , est confirmée par Plutarque. irdit que Thémistocle, en joigfnant le Pirée à la ville d'Athènes , fit une révolution , et qu'il affaiblit ainsi l'ascendant des nobles.
J'ai voulu que Talaon fût l'anneau de la tradition d'une révélation primitive, qui plus tard devait être déposée dans les Mystères.
L'établissement des Mystères ne remonterait-il point à l'époque du premier affaiblissement des patriciats ?
Peut-être eût-il été dans les convenances de ma fable qu'^açrius eût été fait roi et prêtre par Orphée.
Homère partage les hommes en deux classes, selon les langues qu'ils parlent : les hommes qui parlent une langue barbare et inarticulée, et les hommes qui parlent une langue articulée.
Les cris d'Évohé prononcés par les ménades appartenaient à cette langue barbare qui fut appelée langue sacrée.
Les Grecs disaient que les dieux aiment à
2g PR^OIÉBE ADDITION
être priés av^c des arttoiilati€«s badbares. Les antres de Samothrace et les somoiels du Ciytliéron étaient oélébres et vénérables sons ce rapport.
J'aurais pu peindre une danse orgique sur le Cythéron.
«Tai dit les mystères des fiarbares, prelfonds et primitifs. Je dois ajouter que ces mystères sont ÎjQutuittfs; car, pour la .gentilité , ^ils sont Texpression de toute antiquité neligieuse, insondable, de toute origine dont il était impossible de Tendre compte.
Talaon est donc le barbare, dans le sens où d'anciens philosophes ont pris ce nom.
Nous savons à j^résent pourquoi Platon parlait avec respect des Barbares, d'oti^ ainsi que Pythagore , il avait tiré la plupart de ses dogmes et de ses doctrines; car, pour eux , remonter aux Barbares n'était autre chose que chercher au-delà du mythe.
M. Pictet , dans son ouvrage sur le cuke des Gabires, chez les anciens Irlandais, prétend que le mot Pythagoras signifie littéralement en gallois explication de l'univers, coBmogouie. Porphyre et lamblique assurent que Pythagore fut initié aux mystères des druides.
AUX PROLEGOMENES. 29
j£agrius, ce roi des Odrysiens, petite peuplade de la Thrace, est le barbare, dans le sens où on entend plus généralement ce mot.
Ne trouverait-on pas les deux caractères confondus dans le moyen âge?
C'est Pomponius Sabinus qui m'a appris que Talaon fut le père d'Eurydice.
Servius dit qu'Eurydice était une dryade.
Nul poète, nul écrivain ne m'a enseigné le nom de la mère d'Eurydice. Le nom de Vola , que j'ai cru pouvoir lui donner, a quelque chose de sacré et de primitif. Vola désigne la paume de la main, symbole très expressif dans le langage figuré de ces temps. Le mot est resté avec cette signification en latin. Il fut, chez les Étrusques, le nom général de toute ville, considérée comme cité mystique. Une Ed4j^ pprte le nom de Voluspa, oracle de la prophétesse Vola. Voluspa est un mot composé qui, après avoir été le nom d'un€ poésie, devint le nom des prophétesses des nation» celtiques. C'est ainsi que le nom d'une faculté, d'une institution, d'un ordre de choses, fut souvent le nom même de celui qui représente cette faculté, cette institution, cet ordre de choses. J'ai* osé placer une Vo-
luspa apparaissant au milieu du comlMt des Thraces. «Tai fait plus, car j'ai introduit un Scalde dans les souterrains de l'É^pte : e^il y a anachronisme, c'est tout an plus dans le mot , car Orphée lui-même pourrait bien être un Scalde. J^es Scandinaves , avant d'habiter les bords de la Baltique , furent établis sur les rivages du Pont-Euxin. L'émigration d'Odin est contemporaine de Mithridate, mais il y en avait eu d'antérieures , dont l'histoire n'a pas recueilli les témoignages , et certainement Odin n'est pas le créateur de la mythologie qui lui est attribuée.
Je ne m'arrête pas davantage à ces sortes d'inductions, pareeque les occasions ne me manqueront pas pour compléter ma justification.
Les Orphiques croyaient que Bacchu8 succéderait à Jupiter, comme celui-<i a^ait succédé à Saturne.
Dans la donnée où Bacchus itidiqne la croyance à une dernière émancif)atioii' plus complète, il est facile de comprendre comment plusieurs ont pu y voir une transfbrnaation de Moïse.
Souvent son char^st traîné par un centaure
et une ménade , ce qui en fait un mythe civil. Il est suivi de ménacles, et nous avons vu que les ménades, sexe passif, ont été Temblême du plébéianisme. C^est même ce qui nous a conduits à interpréter ainsi le mot mulieres y dans la loi des xii Tables.
Les premiers chrétiens croyaient que les natiûEts païennes avaient, aussi bien que la nation juive, une tradition des promesses faites au genre humain.
Ainsi le phanès de Bacchus est l'annonce d'un dernier époptisme promis par toutes les sibylles de l'ancien monde.
Je ne saurais trop insister sur la perpétuité et ridentité d'un sentiment général répandu par-4out.
Ërechtée fut appelé diphye , c'est-à-dire de deux natures : le nombre de ces sortes de types est très grand.
J'ai fait Orphée diphye : il est très exact de dire qu'en effet les patriciens et les plébéiens étaient considérés comme appartenant à deux natures différentes. Toutefois j'ai cru que je devais faire Orphée plébéien par choix; il fallait bien moraliser ma fable par la sanction de la volonté. Le plébéien peut seul avoir les
sympathies générales de rhumanité ; ainsi que je Fai dit, le plébéien c'est l'homme même.
Une ancienne tradition , recueillie par Pausanias, dit qu'Orphée fut foudroyé parcequ'il livra l'initiation, sans les épreuves préparatoires.
C'est Servius qui m'a autorisé à Femploi que j'ai fait du saut de Leucade. Le mof ^iderium exprime une soif de connaître ; on l'a appliqué à l'amour. Vénus présida aux desideria. C'est toujours la soif de la race , l'initiation de la race. Le Jupiter dont il est question, à propos du saut de Leucade, fut incertus deus. Ulysse fut incertus héros. Remarquons, en passant, que ce langage mythique est transporté souvent d'une sphère dans une autre. Il serait peut-être assez facile de démontrer que rOlympe fut fimage d'une société civile. On y trouverait des dieux opes et des dieux inopès ou hostès; comme ailleurs nous trouverions des rois opes et des rois hostès, et même des rois serfs. 11 y eut des autels desservis par un pontife serf.
Toutes les classes étaient représentées dans le navire Argo.
Toutes les classes sont également repré-
AUX PHOLÉGOMÈNES. 38
sentées parmi -les prét^dants de P^aélop;.
Homère s'est trompé pour le second fait; les poéftes alexandrins pçur le premier.
Âristée est un mythe antérieur à Orphée, si Ton fait d'Orphée un des haros île la Toison iVOr, et a|)partient à une* cosmogonie sociale^ devenue une fahle. *
Id analoffie de Bacchus, «d'Orphée, d'Actéon ; Fuo déchiré par lei géants , Tautre par les ménades, le troisième par ses chiens : trbis àgesd'émancipattoti. Romulns se trouve dans ' la même oatégorie.
La lyre, le nutùs divin , la fondre : un fait primitif quelconque ; ce fait primitif, un mythe, un emblème, qui devient une légende.
Lorsque Gicéron demandait à Atticus , pour le poëte GMlius, des renseignements sur les initiations , c'était sans doute afin que ce poète fit ce que Virgile a fait depuis , quoique sans doute dans une tout autre direction d'idées.
Virgile, traditions populaires, arrangées dans un système philosophique sur le^ progrès de la civilisation, système* expliqué au livre V de Lucrèce, mais arrangées par une pensée d'adulation.
Virgile n'est pointun popte spontané comme
34 PREMIÈRE A^DITIOM
}}omèTç ; et Homère li'est spontané que parcequ^il est une personnification.
Pourquoi Virgile place-t-il dUns une sorte de purgatoire les enfants, ainsi que leshommes injustement condamnés à mort? On ne peut liouter que ce ne soit un dogme de rinitiation, celui-là même qui répugnait tant à Platon.
Serait-ce une trace de cette culpabilité générale dont Fespéce humaine aurait besoin d'être rachetée ?
Quoi qu'il en soit, Virgile et les poètes alexandrins ont exécuté, dans une«phère d'idées , ce que plus tard les philosophes alexandrins exécutèrent dans une autre sphère.
Si Vcfn. me demandait comment j'ai introduit le poème de Job dans une des séances des initiations, j'aurais à répandre que ce poème était un des vases sacrés enlevés par les Hébreux aux Égyptiens ; en d'autres te^ mes , l'histoire de Job , Arabe , fait partie des traditions générales , communes à tous les peuples de cet Orient.
Il me faudrait un volume au lieu d'une simple digression pour exposer convenablement le mythe de Prométhée , sur-tout pour réfuter lord Byron , qui , dans son terrible drame de
ATJX'PROLÉGOMÈNES. 3&
Gain'; » évidemment été égaré par Timitation d'Eschyle, parceque^la pente de son ^nîe douloureux le portait à sympathiser avec l'ancienne fatalité tragique. Cependant il lui eût été commandé d'éclairer son sujet par la lumière du christianisme, et d'entrer avec une religieuse réserve dans les secrets de la prescience divine. Alors if aurait compris réellement la destinée humaine; alors, tremblant, comme tout l'ancien monde, devant le redoutable problème de l'origine du bien etdumal,il aurait pu rencontrer, comthe Pancien monde, cette grande pensée , que la responsabilité est une promotion. Telle est , nous l'avons entrevu , et nous le verrons pleinement , telle est la condition du plébéianisme appelé à être l'humanité elle-même.
J'aurais, au sujet du phénix, une trop longue dissertation à faire, et ce n'est pas ici le lieu. D'après dés témoignages qu'il ne m'appartient pas de discuter, la dernière apparition de l'oiseau cyclique serait de l'an i38 de notre ère; la précédente remonterait au temps de Sésostris. Quant à l'énigme , on reconnaîtra cette fameuse énigme du sphinx, mais avec les développements donnés par le scoliaste de
Sophocle, avec le aens profond de8-ofacks anciens, celui de la conscience, de la responsabilité 7 acquises à l'homme individuel et à l'homme collecdf. '
Elle n'était point tont-à«-fait ainsi dans l'Antigone , dont je n'' avais voulu faire qu'une épopée domestique. On verra* plus tard que le premier Brutus et OËdipe sont deux personnages analogues.
Ce n'est pas sans raison que j'ai placé dans les spectacles de l'initiation tout un idéal de représentations scéhiques , et que j'ai attr^uë les plus éclatantes illusions de la peinture à ces tapisseries égyptiennes dont* la célébrité fut si grande, précisément sous ce rapport.
Qu'il me soit permis de citer à ce sujet une anecdote ancienne. Théon de Samos avait fait un tableau où l'on voyait un guerrier armé ; et avant de découvrir le tableau, le peintre faisait jouer une fanfare militaire par un trompette^ L'art d'ajouter les prestiges de la m,usiqi^e à ceux de la peinture, de faire concourir plusieurs ordres de sensations à une impressiop unique, fut fort connu des prêtres de l'É-
Plutarque parle de l'astrologue Tahitins qui
dressa le thème fatal de Rome, d'après la science astrologique, et indépendamment de la science chronologique. Le jour fixé ainsi pour le jour de la fondation de Rome se rencontra avec celui que Varron avait déterminé. N'étais-je pas autorisé à faire dresser ce thème au sein des sept tertres qui furent, d'après Servius , l'emblème , j'oserais dire embryonaire , de la ville aux sept collines?
Homère a gardé le silence sur l'Assyrie. Cette remarque,jôinteàbeaucoupd'autres, nous confirmera dans la pensée qu'Homère n'est point un poète, mais une poésie. Platon (Lois, IH ) dit que Troie était vassale de l'Assyrie. Ce grand empire était-il déjà sur son déclin , qu'il ne put fournir des secours suffisants à la ville de Priàm pour la garantir de la ruine? ou plutôt n'était-ce point le commencement des destinées ascendantes de l'Europe? Ne soyons point étonnés si la guerre de Troie est devenue une ère du genre humain.
Continuons nos observations de détail, toujours sans chercher à les lier entre elles. Quoique isolées, «lies se rattachent toutes à un même ensemble de choses, et elles servent