EURYDICE
(I Sar kft bords du Pont-Euxin, nomme alors la mer des tempêtes , habitait dans un asile eDchanfé un personnage appartenant à Fancien monde et au monde nouveau, et sur lequel la renonmiée a fait bien des récits divers. Quel* ((uefois les peuples reculent dans le ciel l'origine des héros dont la gloire les éblouit ; quelquefois aussi ils font descendre jusqu'à eux les vies éclatantes vers lesquelles ils ne peuvent s'éleyer. Us ont un besoin égal, ou d'expliquer les elifets et les causes, ou de les enfoncer toutà*/ait dans la profondeur divine. Nul n'éprouva plus ces incertitudes de la renommée que le personnage mystérieux dont j'ai à vous entre-
tenir, sage Évandre. Laissons les i>ruit8 profanes et vulgaires , pour nous occuper seulement de ceux qui sont consacrés par de plus hauts témoignages. On compte dans les diptiques sacrés trois âges successifs de Titans : ceux du troisième âge forent les bienfaiteurs des hommes, et leurs premiers initiateurs. Nous le savons à présent, les initiateurs doivent se retirer lorsque les initiés sont en possession de la science. La race puissante des Titans a donc dû finir. La nouvelle initiation, celle par qui commence l'humanité, cette nouvelle iaMation vient d'être confiée aux castes : nous voyons sou» nos yeux se former les hiérarchies sociales. Les initiateurs actuels sont les patriciats sévères devenus les Titans du monde civil , qui est le monde de l'humanité; et ces patriciats doivent disparaître k leur tour, car tout est enchaîné et progressif dans l'univers.
u Un Titan du troisième âge avait survécu.
Il fut long-temps à errer de contrées désertes en contrées désertes. Une femme appartenant à la même sphère de pensées et de puissance ne se rencontrant nulle part sur la terre, le mariage était interdit au Titan , et sa race devait inexorablement finir dans la solitude. Il
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ne put trouver de demeure fixe que lorsqu'il se fut opéré une transformation en lui , lorsqu'il eut consenti à reconnaître Jupiter roi du siècle qui vient d'être enfanté , lorsqu'enfin il voulut s'identifier aux. institutions humaines naissantesypour qu'elles se portassent héritières indépendantes des traditions et des enseignements primitifs. Comme Titan il savait la nature intime de tous les êtres, et il ne dédaigna point la nature humaine. Son nom cosmogonique, perdu à jamais dans la nuit des temps, s'est changé en un nom opique, pour désigner la sphère nouvelle à laquelle il devait rester désormais associé ; c'est ainsi qu'il est devenu Talaon. Alors seulement il put habiter un lieu, et choisir une femme, pour couronner de fleurs sa verte vieillesse. Toutefois ses enfants ne sont point appelés à jouir d'une destinée complète, mais une fille seule naîtra de lui ; encore ne sera-t-elle qu'une brillante apparition sur la terre.
tt Non.loin de la retraite charmante qu'avait choisie Talaon , vivait également dans la re» traite un mortel qui eut toutes les grandes pensées, tous les nobles sentiments, et qui est mort inconnu comme le lis de la vallée, ou comme
la bruyère él^ante qui abandonne aux vents de la montagne les suaves parAnns de ses fleurs modestes. Ses aventures sont i^orées, mais on croit qu'il avait autrefois vécu dans une douce familiarité avec les sages dellnde. Cet intérêt si tendre qu'il portait aux animaux souffrants, et qui ressemblait à une compassion sympathique; cette sorte de confraternité qui paraissait unir son existence k de beaux arbres; ce goût si vif pour un ciel sans nuage , pour la verdure, l'eau et les fleurs : tout aunonçait en lui les habitudes et les mœurs d'un antre climat. Son nom qu'illustrèrent sans doute ses premières années , et que sans doilte aussi avaient illustré ses aïeux , son nom même a péri.
M On raconte que dans les jours de 5a jeunesse, il avait senti les atteintes de Pamour, mais il les avait toujours repoussées. La raison d'une telle rigueur serait difficile à pénétrer. Quoi qu'il en soit, il était doué d'une ame forte et calme, et c'est dans elle qu'était tout son conseii. L'âge l'avait donc surpris seul. Alors il connut tout l'ennui de la solitude, et eut le desir de se choisir une épouse afin d'achever doucement le reste de sa vie. Cette épouse de sofl
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choix fut une pretressedes reliions farouches dePancien monde ; et son nom, qu'aucun poète n'a chanté, n'a point survécu non plus à Foubli.
^Vola fut la fille admirable de ce couple ignoré. Ce nom,.Évandre, a une signification que TOUS connaissez déjà ; c'est le nom d'une forme sociale, de la cité primitive. Vola fut initiée aux religions terribles de sa mère , mais elle refusa d'en revêtir le sacerdoce.
u Cette vierge modeste, belle, qui avait des goûts austères ^ apprenant que Talaon cherchait une épouse, fiteonnaitre qu'elle mettrait son bonheur avenir partager la retraite obscure du sage mythocrate. Un dieu sans doute lui avait inspiré ce désir. Le père vénérable de la jeune inspirée, qu'on croit avoir été un héros lycien , se rendit auprès de Talaon. u L'éclat a de :vos vertus, lui vdit-4l, a séduit le cœur de tt ma. fille Vola, et je crois qu'elle sera pour vous u la récompense d'une vie exempte de tout re- » proche , si vous voulez l'accepter pour, comu pagne de votre solitude, n Étonné d'un tel discours, Talaon voulut voir Vola. Il la trouva belle comme la fille la plus belle d'un Titan. Pour l'éprouver, il lui montra ses cheveux blanchis par Tâge. «Nymphe sans égale ^ lui