TOME V
a sur la terre féconde, marchera dans sa dî- « gnité et son indépendance. Cest en vain <{Qe a des Titans jaloux ont voulu arracher le eorar u de la forte poitrine de Bacchus ; et le cœur u est le siège de Famé civile. Je n'ai recueilli, u il est vrai, aucun fruit de mes premières tenu tatives; mais h quoi servirait le courage, si u l'on n'avait à agir que dans la voie facile du M succès? Je veux aller dans la savante Egypte: tt là j'apprendrai toutes les hautes merveilles o de la morale et de la poésie; là j'apprendrai « la nature différente des âmes, si toutefois il « y a une nature différente des âmes; et je me u ferai initier aux mystères dlsis , saints myso tères où la pensée humaine cherche à s'unir «avec la pensée divine. Cest là, dans cette a terre heureuse, qu'habite le génie religieux « de la civilisation, n
«Tu es bien jeune encore, dit le vieillard, u pour de si hardis desseins. Néanmoins je ne K puis te blâmer; je le sais, les dieux mettent « en nous la connaissance anticipée des dioses « que nous devons accomplir, ou qu'ils veulent M accomplir par nous. Mais la saison est peu « favorable, les tristes hyades régnent dans le « ciel; attends que la lune ait renouvdé deux
UVRE DS0X1ÈME. Ift9
« foU son croissant. » «Non, répond le poète, K je partirai demain. » a Je t^ai compris, rea prend Talaon : cette portion de Famé nniuyerselle, qu'on nomme Famour, à tes yeux , u fait briller Eurydice d'un doux éclat , et tu tt veux fuir pour ne pas jeter le trouble dans le a cœur de la. vierge innocente. Mais, si je ne ume trompe, déjà elle aime autant qu'elle « peut aimer. Ainsi demeure avec nous jusqu'à (i ce que la saison des orages soit passée. Poui>> a quoi voudrais -tu bannir l'amour de ton ucœaT?n c( Hélas i dit Orphée, je n'ai rien à u offrir à Eurydice, sinon toutes les peines de ft l'exil , et peut-être les vains pressentiments udeje ne sais quelle gloire, dont je crains » qu'^dle-méme ne soit séduite^ Et, après la u saison des orages , comme à présent, je n'auii rai rien à offrir à Eurydice. » « Ne t'inquiète «point, répond le vieillard; va, ce n'est pas «Talaon qui te conseillera une vie oisive, u quand les dieux ont mis en toi de généreux «desseins. Eurydice, si tu le veux, sera ton «épouse, et te suivra par-tout où tu porteras « tes pas errants. Elle habitera avec toi la soft litude; elle marchera avec toi sous le soleil; u le ciel sera v€|tre pavillon à tous les deux.
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« Mah attends que là saison des orlf^ aoît « passée. u Dieux! s'écrie Orphée qui peut « o^ire à peine ce qu'il entend, dieux! et votre tt Eurydice où reposera^t^elle sa tète? n «Sur ton « sein, » dit le magnanime vieillard.
a Orphée mit son front dans ses mains, et des larmes abondantes coulaient le long de ses joues : il sentit en même temps une joie inexprimable et une anxiété terrible. Pour la première fois il connut la faiblesse; et, caressant avec respect le mentott et la barbe deTaAaon , il Ini demandait grâce pour sa fille bicn^aimée; il le conjurait de prendre pitié de son unique enfant, de ne pas livrer auraquildis une fleur si tendre et si beUe. Le vieillard attendri presse avec bonté contre sa poitrine le fils de la lyre, et lui dit: «Tu ne connais donc M pas la puissance de Famovr sur un ceear inu nooent et pur? Lorsque, envdoppée de sa u chaste ignorance, la vierge a conçu la grande u pensée d'aimer, elle ne peut plus se séparer «de cette pensée^ devenue la seule, ^levénue « celle qui absorbe toutes les autres. Désor- « mais la vie d'Eurydice est ta propre vie; t» « projets seront ses projets , les vertus serûiit s^ « vertus , tes dangers , noble héros , serovit ses