‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 20 sur 86 · LIVRE OBUllÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE OBUllÈME. l

mérité* Cette loi €it celle des races ^ des castes, des classes.

a Dès que Vola eut connu Tentretien de Talaon et d'Orphée , elle versa des larmes amè» res. Elle s'ëtonoa de ce que son époux , qui fut un austère Titan ^ avait si vite oublié ce que Ton doit au génie des races ^ de ce qu'il livrait sa fille à nn mortel qui ne pouvait nommer son père, ni parmi les dieux ni parmi les bonmies. Elle interrogea pour la dernière fois les orades>des religions terribles, mais ces oracles se turent. Dèfr-lors elle résolut de n'apporter aucun obstacle à la volonté de son époux* Elle ne considérait plus sa fille qu'avec donleur, et Eurydice elle-même ne jouissait qu'avec trouble des embrassements de sa màre^ de ces embrassements devemis de douloureuses étreintes, parcequ'ils semblaient toujoisrs devoir être les derniers*

u Le coonge élevé do vieillard ne le mettait pas à l'abvi de toute inquiétude* Son' front calme déguisait des soucis cuisants. Sans doute une raison, qui est restée mystérieuse, dirigeait sa conduite* Lorsqu'il était seul avec Orphée, il cherchait à pénétrer dans les profondeurs de cette a me formée pour de si

\U OBPHÉE.

grandes choses; il cherchait à y pénétrer par les analogies àe ses propres pensées, par IV dentité de ses propres sentiments, u Orphée, tt lui disait*il un jour, je ne sais quel secret tt est dans ton nom ; c'est comme un secret de tt mort. Tu as appris à me connaître, poète intf spire, et tu dois savoir que je ne suis point a de ces moitels pusillanimes qui reculent de^ M vant le malheur; mais je suis père, et j'ai u besoin de m'éclairer sur Tavenir de ma fille, tt Dis-moi tout ce que tu'sais de ton origine; «peut-être parviendrons-nous à expliquer ce « qu'il y a d'obscur dans tes destinées. J'ai cm « lire sur ton front le sacré caractère dont les adieux marquent ceux qui sont nés pour tt commander aux hommes , pour leur donner tt des lois, pour fond^ parmi eux des institntt Uons durables. La lyre est la propriété anx tt confins célestes; les cordes de la lyre sont tt les lois religieuses et civiles ; le serment par la tt corde de la lyre lie les hommes entre eux , et Il les lie à la divinité. Les traits de ton visage tt portent tous l'empreinte d'une race divine, n tt G mon père, dit Orphée , car je n'ai point tt d'autre père que vous, je vous Fai déjà bât tt connaître, j'ignore entièrement ce qne vous

UVRB DEUXIÈME. M^

«km demandez; je ne sels pas tnéme le lieu « de ma naîssailce ; et ce n'est pas sans une' vive <i douleur que j'en 'fais l'aven : l'homme aime à o se iflorifier de ses ancêtres. JTai renonce vo*- 4(lontaîrement, vous le savez ^ à consulter la « voix de Leucade; je n'ai pas voulu me sé^ a parer de la grande famille qui est encore «sans aïeux, et à qui je viens promettre une «postérité. Prométhée souffrit d'immenses ((douleurs pour avoir donné aux mortels la ti capacité du bien et du mal. Quoique je ne « sois pas un Titan , j'ose braver ce dang^er. Le « sang qui coule dans mes veines est-il la catise «inconnue de ce courage, ou bien est-ce le u génie tout seul de la poésie qui trouble tous u mes sens? Enfin j'ai remarqué comme vous, « illustre vieillard , ce mystère d'abandon et de o délaissement qui repose dans mon nom, dans «ce nom qœ j'ai entendu résonner autour de t moi tttôt que j'at pu entendre , et qui ne m'a k été imposé ni par un père cbéri ni par une «mère adorée. Cette sigrtificittion privative H n^est peut*étre due qu'au dénuement de mon ««nfance; mais peut-être aussi es^elle une « triate prophétie du peu qu'il me sera donné « d'accomplir. Je crains souvent, je Favoue,

196 QBPBÉE.

u que ma destinée tont entière ne pnîsM 9edé> « vdopper, et que ce ne soit là le triste mystère «que nous cherchons mal-4-propos à péaé- M trer. Mais , s'il faut vous dire ma pensée, ô « mon père, le nom d'Eurydice doit nous rastt surer tous les deux. Eurydice sera sans doote u pour Orphée la vision merveilleuse qui dësa ormais éclairera toute ma vie. Sens elle, ce u qui doit me distinguer des autres hoHimes « n^eût jamais pu être réalisé, n

u Le vieillard sourit à un tel présage, qui aurait été bien loin de satisfaire à sa prudence, si d'ailleurs il n'eût pas eu d'autres in^irations ; puis il parla en ces mots au poète divin :

M Les dieux ne nous doivent aucun oompie «des présages qu'ils nous envoient, ou qa'ik u font naître en nous. Qu'Eurydice soit donc « pour le délaissé la tille de la vision , le songe «vivant de Jupiter. Sans elle, je le veux, tu «ne serais qu'un flambeau éteint; eh bien!

« avec elle puisses-tu être un flambeau ëda- « tant pour le monde! Par toi, tu as la pro- « priété aux confins célestes ; par elle, tu amvs M un père, puisqu'elle en a un. Ton nom désor- « mais signifiera aussi lumière et guérison ; et

u le sien voudra dire justice, mais justice dans t( ua seus étendu , dans ^ sens opposé au droit «qui sVxplique seulement par la force; car tt le Jupiter qui opprima Promëthée n'est au^ Il tre chose que la force. Ainsi vous ferez pé* tt nëtrer dans le monde d'abord Fisopolitie et u ensuite Fisonomie. Orphée, souffre encore «une question de ma part. En écoutant la tt voix intime qui te porte à faire du bien aux u hommes, as-tu mûri les conseils secrets de tt ce dieu qui est en toi? »

tt Non, dit Orphée, je n'ai point mûri par tt la réflexion les conseils secrets de ce dieu qui tt repose en moi; car ces conseils ressemblent à tt des ordres , et il ne me reste qu'à agir. Écoute ttà ton tour, à mon père, écoute le récit de tt ma première inspiration. La lyre a toujours u réveillé dans mon ame mille idées confuses, tt que, dans mon enfance merveilleuse, je n'a» tt vais point la force de saisir et d'embrasser. ttN'y a-t-il pas une voix dans les choses? Ces tt nuages errants sur nos têtes , lorsqu'ils nous tt cachent la vue des astres , nous les représentttent encore par leurs vives couleurs. Nos tt langues sont-elles un reflet de la pensée hutt maine? La pensée humaine est-elle un' reflet

tfdela peoséè divine? ou phitot, la parole, «qui est l'hoinuie mime, n'est«elle pas rin«* wspiratiooL toujours subsutaate de Dieu? Les u objets de la nature, les arbres, les âcurs, les tf uus^es, les parfums, la lumière, les vents, tt sont-ils des emblèmes dont Fbomme cher- Kcbe l'explication après l'avoir perdue? Et tt cette explication ne doit-il pas la trouver udans la parole, révélation qui ne 6nit point, u chaîne éternelle dont tous les anneaux, atu tachés entre eux^ sont d'indestructibles tmu ditions? Les bruits confus de la vallée, de tt la forêt, des eaux, le bourdonnement des a insectes , les cris et les chants de tous les tt êtres vivants, ont-ils un sens unanime de tt prière et de gémissement? Y a-t-il une harumonie universelle dont Fhommç puisse sentttir tous les accords, deviner toutes les lois? ttLes instincts de ma lyre, comme les blan* tt ches ailes de la colombe , me soulevaient de tt dessus la terre, et me tenaient suspendu tt dans les hautes régions que le corps ne peut tt habiter. Mais mon ame, un instant éperdae, tt retombait bientôt dans sa prison terrestre, tt Un jour, durant mon voyage dans les liaulea aidions de Fesprit, il me sembla voir une

u grande lumière qui emveloppait la nature a inunense , et éclairait profondément toutes tt choses. Ma vue n'était point assez rapide, ni u ma pensée assez active pour être par*tout à- (( la-fois dans un instant indivisible. J'eus (( néanmoins un sentiment réel , mais obscur uet indéfinissable, de l'essence et de l'ensem* M ble de tout ce qui existe. J'entendis alors un ttson, mais un son intellectuel, et ce son me M parut être la parole de la lumière. J'interrou geais en moi , et la parole en même temps u répondait en moi. Je ne puis dire la suite et a la forme d'un tel entretien; mais tout est «resté dans le fond de mon ame, comme le M feu demeure cacbé dans les veines d'un cail** (( loa jusqu'au moment oii un choc l'en fera «jaillir. Chaque fois que j'aurai besoin de «consulter l'oracle, j'en suis certain, je le u retrouverai ; il ne refusera pas de me répon- « dre , il ne me trompera point. »

u Je ne suis point né du chêne, dit Taiaon, u je ne suis point né du rocher, mon corps fut u un airain embrasé; trois fois en un jour je (i pou'vais faire le tour entier de l'iie de Crète. ({ Je f|is ainsi autrefois. Alors je n'aufais pas eu u rintelligence de tes discours. Mais pour

Page 1