LIVRE QUATRIÈME. S
« mais l'homme futur était en nous. Nous le- « vons les yeux vers la colline escarpée d'où « partait le concert, vers la colline où la paix «des cieux s'était abaissée. Nous apercevons > a un dieu revêtu d'une longue robe de lin,. il u tenait une lyre d'or dans ses mains inspi- « rées. Une couronne de laurier entourait le « front de l'immortel.
« A ce moment, une femme sort du milieu de « ]a foule , et fait entendre quelquej syllabes « d'une harmonie étrange. On avait cru d'au bord la voir surgir de la terre , comme une il de ces émanations insaisissables qui quelque-* u fois le soir se traînent sur les rivages des âeu* u ves , puis se condenser et prendre la forme « humaine. C'est une femme d'une haute stauture, une femme inconnue à tous. Ses cheu veux flottent en désordre sur sa tête singuu lièrement belle, la dépouille d'une panthère u couvre ses épaules admirables, ses yeux brilu lent d'un éclat extraordinaire. Toutefois elle «conserve quelque diose de fantastique, et u ses traits ne paraissent pas avoir été complètt tement réalisés. Ses discours peu à peu défi viennent compréhensibles. L'ouïe chez nous s'éveille en même temps que se développent
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« en elle la forme et la parole, a Ecoutez, s^éu cria-t-elle, écoutez une femme à qui la muet sique a donné toute une existence , la vie a même. Écoutez la Voluspa des contrées du ((Nord, la sibylle du siècle nouveau! Je sais « toutes choses. Les sibylles du siècle qui vient u de finira je les ai connues. Elles disaient : (( Comment les hommes pourraient-ils espérw (( de durer, lorsque les Titans ont passé? » Elles (( ont dit en vain! Il ne s^agit plus de combats « contre les éléments, contre les forces cosmo- « goniques, contre le chaos. Voilà que la latte (( est entre les hommes. Celui qui vous appâte rait là haut, semblable à un dieu, c'est celui (( que les destins ont promis. Il a- un nom dans « les sphères célestes, et un autre nom sur la ((^erre. Il est Orphée pour nous. Il nous ap- « porte la guérison, c'est-à-dire qu'il vient re- ((lever les natures infimes^ les rendre éf^es (( aux natures fortes. Que l'homme succède au (( Titan! son 4our est venu. Celui-là , Orphée, (( l'envoyé des dieux, nous dira les paroles sa- (( crées qui font la famille. » A ces ipots , elle (( s'élance pour gravir la colline; mais à me- « sure qu'elle s'élève , il semble qu'en elle la «forme humaine .va s'évanouissant, cl elle
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«.finit par se perdre dans 'les flots de lumière ((dont le sommet de la colline est couronné.
a On igfnorait d^où elle était venue; on n'a u point appris depuis où elle était allée; elle «ne fut pas même aperçue du plus gfrand «nombre. Il ne resta donc plus qu'Orphée.
uNous nous approchons tous, confondus les u uns avec les auti^es , sans songer à nous at- « taquer, ni à nous défendre. Je ne sais quel « lien de confraternité nous tenait enchaînés «au pied de la colline des merveilles. Les "hommes étaient stupides d'étonnement; les '( femmes et les enfants manifestaient les siugnes 4e Tenthousiasme et de l'exaltation, « par l'enivrement de leurs regards et l'adorau tion de leurs attitudes, u Un dieu ! un dieu ! » « criait cette multitude confuse. Des facultés ((nouvelles étaient créées dans tous. Orphée « avait suspendu ses concerts , et nous écouu tions encore. Nous attendions , et le silence (( le plu» profond régnait : ce silence n'était u interrompu que par le bruissement de la (( forêt que les flammes continuaient de dé- « vorer, et par les terribles rugissements des u bêles féroces, chassées de leurs tanières« Une uJueiir aff rieuse éclairait nos visages toixt*à-
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uYheure si menaçants, et projetait en haut, M sur le poète divin, une lumière éclatante, M mais adoucie; arrivée à lui, elle ne paraistt sait être que la lumière même de sa gloire. «Bientôt il recommença ses chants, et nous a continuâmes de Féconter avec ravissement, «jusqu'au moment où le soleil parut sur lliott rizon. Tout le calme qui avait pénétré nos aamcs ne peut s'exprimer; nous restions imu mobiles dé surprise et d'admiration. Telle M fut, pour nous, l'aurore dç l'humanité.
a Moi, plus hardi que tous, ou pent-ètre «plus doué des désirs féconds de i'intelliu gence, je voulus monter sur la colline, pour a m'approcher de la divinité qui avait eu la « puissance de suspendre nos fioreurs, et qui fc avait empêché deux multitudes destinées à ce devenir deux peuples de s'exterminer bmtt talement. Je restai la plus grande partie du «jour avec Or[diée. Il m'enseigna les hautes a doctrines sociales, les fondements des lois sar Mlesqoelles reposent les institutions knmaiu nés. Il m'apprit que le premier moyen de u civiliser les hommes était de placer leur vie M dans l'avenir, de leur faire goûter les cfaaru mes de l'espérance. « Ils sont misérables, me