‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 48 sur 86 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

«fer nous était inconnu; les rodiers et les

Il troncs des arbres étaient toutes nos armes,

u et nous n'avions d'autres vêtements que ]e<

u peaux des bétes tuées par nous. Des nuée

u de vautours étendaient leurs noires aîles^ sui

(( nos têtes nues; des troupes de loups affamés

« nous entouraient. Vous eussiez dit le combat

« des géants , ébauches grandes et informes de

«Fhomme, et nés spontanément de la terre;

u Mais voici un autre spectacle, spectacle épou-

Kvantable, dont vous ne pouvez vous faire

« aucune -idée. Un instinct féroce nous porte

u à nous servir du feu qui venait de nous être

« révélé. Était-ce pour un tel usage que le sage

u Titan l'avait donné à la race mortelle ? Mais

« aussi n'était-ce pas déjà un acte de l'intelli-

«gence humaine, encore si grossière? Des

«brandons jetés par nous au milieu de l'an-

« tique forêt allument tout-à-coup un vaste

«incendie. Les loups se retirent en hurîant,

« les vautours épouvantés s'enfuient dans leurs

« aires. Nous restons seuls^avec notre rage, et

«lorsque la nuit descendit sur la terre, nous

« continuâmes de nous écraser a la lueur des

«flammes. Nos femmes, nos enfants, les

u femmes, les enfants de ceux contre qui nous

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«combattions, chassés de leurs retraites par (( ]e feu dévorateur, cherchent un refuge au u milieu de cette scène de désolation , et se u précipitent péle-méle sous les pieds des>con> ((battants. Je sentais une terreur intime et u profonde, je craignais que cette race, âpre tt comme la contrée, et issue de cette race (( forte qui avait dompté les éléments , ne fut (( destinée k périr. L'homme n'aurait donc (( fait que paraître sur la terre, et il n'aurait uparu que pour s'exterminer! Non, disais-je u en moi-même, une si cruelle destinée ne s'ac- (( complira pas ! Dieux qui avez £ait l'homme, M sauvez-le de ses propres aveuglements !

u II est impossible de prévoir ce qu'eût été «l'issue de cette horrible bataille, si le carci nage aveugle n'eût été subitement suspendu (I par un ])rodige. Des sons d'une harmonie « irrésistible vinrent se mêler aux cris inarti- « culés de la fureur, aux hurlements du déstt espoir, et les calmèrent comme par enchan- « tement. On eût dit que les nuées ouvraient a leurs rideaux d'azur pour verser sur nous la (t paix des cieux. Notre oreille, à peine façonunée, n'avait jamais entendu de tels sons; (I nous n'étions que des animaux sans frein .

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