‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 77 sur 86 · TOME V. a · texte numérisé non relu

TOME V. a

ulyre, et je ravirai ton ame par mes chants, « après avoir fait le charme de tes yeux par ma «présence. Si tu es égal aux dieux, faU*moi u ton égale. Que ta gloire se repose sur moi, ce et qu'ensuite je meure ! Nul être n'est seul sur u la terre. Les animaux des forêts ont eux-inê- « mes chacun une compagne. Et toi, Orphée, fc serais-tu hors de la loi commune? Ah! lety* tt ran , que tu veux que j'évite , déjà me possède ce tout entière. Poëte divin, daigne du moins M me redire les chants qui te furent inspirés H pour fléchir Tinexorahle roi des morts. * u Jeune et belle ménade, dit Orphée, ton mal M me cause une pitié profonde; mais les chants tt qui peuvent fléchir le roi des morts peuvent- « ils de même fléchir le tyran qui est en toi? « Érigone , élève ton ame vers les régiona étoi- « lées où réside l'éclatant Phanès, où habite la « majesté des dieux. Élève ton ame vers les u hautes régions de la beauté qui ne passe appoint. Tu me disais tout-à-l'heure : u N^est-ce u pas l'amour qui a tout créé dans le monde?** « Ah! ménade infortunée, il faut bien que je M te l'apprenne , chaque homme a reçu des u dieux immortels des devoirs à accomplir; e< M ces devoirs, une fois connus, font entendit

UVBE ClNQtJlÈME. 915

u lears voix impérieuses dans le fond des cœurs, (c Elles me disent à moi qu'il ne m'a pas été (i donné de créer par l'amour, mais par la puisce sance de la parole; elles me disent de civiu liser les hommes , et non de régner sur le u cœur des fem'mes. N'as-tu jamais goûté le u miel qui se trouve dans le creux des vieux « chênes? On dît que c'est un présent des dieux, «et qu'il nous a été apporté du ciel avec la u rosée du matin. Non, il n'est point un pré» u sent immédiat des dieux , il ne nous vient pas (c du ciel comme la rosée du matin. Une mouce che brillante et légère, douée d'un instinct u parfait, le compose avec l'essence des fleurs. Ci Symbole des cités futures, mais symbole u ignoré, le peuple des abeilles est de deux u sortes; les unes produisent une postérité, les u autres, restées vierges, enrichissent et auga mentent le trésor commun. La virginité est ce aussi quelquefois imposée aux bommc^. »

uÉrigone, rougissant d'une douce pudeur, laisse échapper quelques larmes; puis elle dit d'une voix émue et tremblante : «Oserai-je, c< poète divin, te rappeler un souvenir? disc( moi , la renommée a-t-elle menti lorsqu'elle <( nous a parlé d'une femme heureuse entre

316 oàraÉE.

« toutes les femmes? ^'une -femmes». » «Ah!

<« reprit Orphée , ne t'accuse point de réveiller M lia souvenir dier et sacré; ce souvenir n^est 4( jefnais absent de mon cœur. Mais apprends «ceci, Érigone, nymphe dont le sort devrait « tant exciter ^'envie, si le bonheur et la gloire u se mes4u*ai«it sur la beauté , apprends ceci : u fiiâ^ydice ne me fut point donnée comme « une épouse est donnée à son époux. EUefiit M ma sœur et ma compagne mystique. Sitôt « que notre pensée se fut permis d'envisager aies plus augustes mystères de l'initiatioa «nuptiale, alors elle "me fut enlevée. Junou « fwonuba rçfusa de sourire dans le cui, Ju»

ttpiterombriès n'avait dans ses trésors aucune a ame à purifier par notre ministère. La der* « nière initiation que nous uvions osé désirer, « Tiaidation douce et redoutable qui connut « ^la^fois les promesses de la vie et les pro- « messes de la mort , cette initiation ne put « s'accomplir que dans la moitié funeste de * ses promesses. » a Eh bien ! s'écrie Erigone, Mqne cette moitié funeste s'accomplisse aussi uen moi! Une telle gloire me suffit; qu'elle terne soit accordée, et que'Ja mort vienne enu suite me frapper! Pourrais-je d'ailleurs son-

Page 1