‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 76 sur 86 · LIVRE aNQUÏÉME · texte numérisé non relu

LIVRE aNQUÏÉME

jeunes hommes? Ah! vierge malfaeureusç, il te fallait un autre culte et un autre amour.

Ton cœur enfante de plus grandes pensées et de plus nobles sentiments. Cérémonies extérieures de Bromius^ vous ne pouviez lui voiler entièrement la lumière mystérieuse de Phanès!

a Cependant les prodiges opérés autour d'elle par Orphée éveillent les facultés endormies de son ame : «Voilà peut-être, dit -elle alors, u voilà celui qui doit mettre de l'harmonie en u moi. Il apaisera mes troubles comme il a sa u apaiser les passions discordantes de la barce barie. Il lui sera plus facile sans doute de tt dompter les sens tumultueux d'une faible u femme, d'une bacchante obscure, que d'apu pri voiser les tigres et les ours. Mais non , je u le sens bien, il lui faudra toute sa puissance « pour calmer mes esprits, car les tourments <i qui me dévorent sont plus amers et plus ima périeux que les passions des hommes, que u les éléments, que les influences mêmes des it astres. »

« Enfin elle vit Orphée. Alors d'autres troubles vinrent augmenter ceux qui déjà habitaient son sein. Ce ne fut plus le dégoût de son

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culte, ce ne Rit plus le désir cPnn autre amonr, qoi vinrent assaillir son ame. Ses facultés non- ▼elles tendirent vers le héros avec une violence irrésistible. Elle dédai^ait naguère les aoda mations des jeunes hommes, elle les mé* prise à présent. (7était une conquête d'un ordre bien différent qu'elle voulait tenter. Une sorte de vanité s'mnpare de ses es{Hns, en même temps que l'admiration. Sa cfaeveliire ne flotte plus en désordre. Sa nébride, d^ouUle éclatante d'un jeune fson , fut retenne sur ses Uanches épaules par une agrafe d'or. Une molle langueur tempérait le feu de ses re* gards. a Si les yeux du poëte divin pouvaient «se reposer sur moi! disait-elle; lui qai se tt croit au-dessus de l'amour, si je pouvais l'as> «sv^tir à l'amour! Ma mère, qui fut la plus « belledes mimallones, compagnes deBaechus, u ne m'a-t-eHe pas appris que la beauté est une u fleur éclatante mais passagère? Parmi les ra- « pides jours de la jeunesse, peul-«tre en est-il tt un seul, et, dans ce jour encore, peut-être ccun seul instant, où le fragile thef-d'oeuvre , (( parvenu à toute sa perfection, ne peut plus tt que perdre de son fugitif éclat. Ce jour si rett marquable entre les jours, cet instant si ra-

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te pide, brillent -ili sur mon visUge? Est-ce à «f cette faeiafre même que la puissance du ehar- « me est invincible? n

tt Ainsi pariait la ménade; et Finfortûnée ne s'apercevait pas qu'elle entreprenait une lutte au-dessus de ses forces. Vierge trop ambitieuse, tu ignores sans doute que cet Orphée n'est point un homme vulgaire; nulle autre que la ^le de la vision ne peut posséder son cœur, et les grandes destinées qu'il lui est donné d'accomplir sont incompatibles avec l'humaine faiblesse. Non, elle ne l'ignore point, mais elle a depuis long-temps été avertie qu'il y avait une sphère lumineuse où l'amour finissait par faire pénétrer l'ame la plus obscure; et elle croit qu'elle pourra s'élever ainsi au nivean d'Orphée. Elle essaiera du moins ce <;harme enivrant de fascination qui réside en elle;- ])erdue dans la confusion de ses penr îBées, elle ne craindra pas d'employer, s'il le faut, le secret des ménades pour enflammer rimagination des hommes. Vains projets!

vains calculs d'un esprit égaré! Bientôt elle comprit que l'ascendant d'Orphée était trop pur, et qu'il ne pouvait subsister avec la seule klée, l'idée la plus vague de la science acquise

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par les «éductions de la beauté. Elle -même sentait son front se coavrir d'un nuage de pudeur, et ses yeux versaient des larmes de honte. Elle fut éclairée trop tard ; la blessure qu'elle avait reçue était mortelle. Les danses de ses compag[nes folâtres n^avaient jamais eu le pouvoir de la satisfaire; néanmoins elle s'y livrait avec plus d'ardeur qu'auparavant. Elle croyait échapper ainsi à son sort. Puis tout-àcoup elle cherche la solitude, pour se dérober également aux recherches ardentes des jeunes hommes, et aux empressements des jeunes filles. Elle veut fuir tous les lieux où Or> phée pointe ses pas, mais elle est toujours entraînée à se précipiter involontahrement avec la foule des peuples, pour entendre les chants du poète; elle se dit toujours que c'est pour la «dernière fois, et toujours elle y est ramenée par une force qu'elle ne peut vaincre.

« Un jour elle ose s'approcher de cet homme merveilleux. Elle n'avait point de coôronne sur la tête, et sa main était désarmée du thyrse. Un voile, parure inaccoutumée de la vierge malheureuse, descendait ^ur son visage charmant. Ce tissu trop léger pour cacher ses traits , pour tempérer la flamme de ses r^ards

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enivrés^ était à*la-fois un asile pont sa timide

padeur, un attrait de plus pour son incompa'^

rable beauté. «Poète divin, lui dit<^elle avec

il égarement, je ne sais quelle ardeur allume

« tout mon sang, je ne sais quel vertige af^

afaissema tête. Mille illusions metourmen-'

H tent; la raison m'abandonne. Mon sommeil

« est troublé par des songes funestes, et ma

« veWe elle-même est comme un songe dou-

ii loureux. Sans doute c'est une maladie sacrée

a que les dieux m'ont envoyée. Tous me disent

(( que la musique pourrait me guérir, et voilà

« pouinquoi je me mêle à la foule des peuples

u pour entendre tes chants inspirés; mais ce ne

Il sont point de tels chants qui peuvent me ren«

c( dre à la santé et à la vie ; ils sont faits pour

a adoucir les hommes nés du chêne ou du ro-

u cher; moi, je n'ai point le caractère inflexi*-

tthle des hommes, je suis une jeune fiUe

u qu'une femme sans force a nourrie de son

tt lait. Les fantômes de la nuit m'épouvantent,

<t les lassitudes du midi m'accablent, le crépus-*

ic cnle du matin m'attriste, et celui du soir me

^i plonge dans d'inexprimables angoisses. Au»

a en ne heure do jour ne me convient , aucune

i(. heure de la nuit ne me donne le repos. Je ne

u trouve un peu de calme ni dans le fond des «forets, ni sur les sommets des montages, « ni sur les bords des fontaines. Les feux du u soleil me brûlent, le souffle du zéphyr ne u me rafraîchit point. Attendris pour moi les usons de ta lyre, allons ensemble dans un tt lieu écarté. Je te raconterai les courses des u mënades , leurs danses symboliques sur le a Gythéron, leurs combats contre de vaiMhnts «guerriers, les fureurs de quelques unes, la «gloire de quelques autres, les lieux où plu* «sieurs ont acquis cette renommée réservée «aux hommes, et ont obtenu des tombeaux « après leur mort. Poëte divin , tu chanteras « 1^ paroles qui peuvent guérir une vierge in- « fortunée. On dit que le dieu de la poésie est « aussi le dieu de la médecine. Prends pîdc , M je f en conjure, prends pitié de la vieige qui u va mourir, si lu ne viens à son secours, n

«Orphée^ ému d'une douce compassion, suivit Érigone; il la suivit dans un lieu écarté * de la foule. Elle , exaltée par Famour, prodiguait aux arbres et aux fontaines des paroles de joie et de tendresse, qui attestaient son égarement, et elle marchait toujours, et elle sV vançait toujours dans la solitude. «Que je suis

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a heureuse ! disait-elle; quel repos est en moi ! » Orphée était coofus et affligée d'un tel délire. Incertain, il ne savait s'il ne devait point abandonner les traces de la mena de; mais, emporté toujours par la compassion, il continuait.de la suivre. Enfin elle s'arrête, et s'adressant au poëte: « Poète divin, lui dit-elle, je te remera^ cie; maintenant que nous sommes dans la sou litude, fais-moi entendre les accents que tu « m'as promis. » Orphée se met à chanter, en s'accompagnant de la lyre; il chante les louanges des dieux immortels, la gloire de ces âmes choisies que les dieux ont suscitées pour faire du bien aux hommes. Ërigone écouta quelques instants avec calme; puis son agitation recommença. <c Poëte incomparable, lui dit-eUe, u ce ne sont point là les chants que je te deu mande. Jeté l'aidit, je ne suis point un homme tt farouche, je suis une faible femme qui you* udraitse connaître. Le malheur m'opprime, ttje succombe sous quelque maléBce, et tu sais u des paroles harmonieuses dont le charme a u le pouvoir de vaincre les maléfices. N'as-tu tt donc point de chant pour apaiser les souf-* u frances de l'ame? n'en as-tu point pour afFeru mir la pudeur des vierges? Chante, chante

ÀIS ORPHÉE.

^les merveilles de Tamour! NVst-oe pas l'a*-* M rnour qui a tout crée dans le inonde? »

u Que me demaode»-tu , ménade infortunée?

u s'écriait Orphée dans un trouble inexprima- «cbie. Ah! les accents que tu exiges de moi, « depuis loDg«temps sont endormis sur ma u lyre. Je ne pourrais les réveiller sans des u peines cruelles; et d'ailleurs je ne suis pas le tt maître de choisir les modes de mes chants; « ma lyre est comme une puissance surnatu« u relie qui ne rend que des sons inspirés. Mais, u crois-moi , c'est bien assez de céder a Tamour u sans chercher à le développer dans les âmes.» « Voilà qui est parler comme parlerait Minerve tt elle-même, ou la chaste Diane, dit la méoade uavec un sourire douloureusement railleur.

tt Orphée, je vous croyais un poëte, et je ne tt vous savais pas tant de prudence. Je croyais tt aussi que vous étiez susceptible de compatir tt à toutes les misères. £h bien! c'est le besoin tt d'aimer qui tourmente mon cœur. Oui , je tt veux aimer. Ne crois pas que ces hommes du tt chêne ou du rocher, appelés par toi k des tt lumières si nouvelles, puissent me présenter tt l'époux de mon choix. Il me faut un dien, tt ou uu mortel que le génie égale aux dieux.

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tf Écoute , je ne serais pas la première fiUe de « la terre que lea dieux auraient jugée di^e « d'attirer leur attention.. Je suis belle, et nulle « n'est plus belle que moi. «le sais des danses u que les divinités elles* mêmes envieraient. Les u Heures, lorsqu'elles voltig^ent autour du char a du soleil, en répandant des roses, n'ont pas* tt plus de grâce et de légèreté* Tu ne mî'as pas u vue jouant avec les tigres dételés de Baccbus ;- (( ils frémissent sous ma main qui ne craînr M point de les caresser; leurs yeux clignotants « s'allument , mais ils replient sous leurs pied» u leurs grifFes redoutfiMes, et ils me snf vent u avec une merveilleuse clocilité* Ils obéissent u à la cadence de mes pas, au son de ma voix , uauxsigues de ma main, à la puissance de K mon regard. Je suis belle avec ma nébride a tachetée de couleurs ondoyantes, avec mes «cheveux flottants, avec mes attitudes suaves K et variées, et agitant dans les airs un thyrse i( orné de feuillage. Mais personne encore q'a I connu le fer acéré que déguisent les rameaijik i verdoyants de mon thyrse ; ma lance est resiée « innocente comme l'ongle aigu de la panthère (apprivoisée de Bacchus. Orphée, tu m'api prendras les nobles et doux mystères de la

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