LIVRE CINQUIÈME
« bien de me punir d'un effort sans doute teu mëraire : destin inflexible , à quoi me rë** « serves^tu? »
« A ces mots son front se couvre d'une pâ-*
leur mortelle, et ses yeux laissent échapper
des larmes abondantes. Orphée ne tarde pas
à comprendre la cause d'un tel malheur.
» (I Ne te trouble point, Ërigone, s'écrie-t-il à
a l'instant même ; la faute en est à moi, j'ai
u manqué de prudence. J'aurais dû ôter au-
u paravant ces deux cordes, qui n'étaient
u point faites pour être interrogées par toi. U
u m'était imposé, nymphe charmante, de sa-
u voir ce qu'il t'était permis d'ignorer; il m'é-
u tait imposé de savoir que tu es privée de la
K capacité du bien et du mal, faculté puis-
«santé, barrière, hélas! insurmontable, qui
u nous tient séparés l'un de l'autre. Tant
u qif e /tes doigts n'ont touché, qu'aux cordes
u mélodieuses de la prière , la lyre n'avait rien
u à te refuser; mais sitôt qu'ils ont voulu
u ébranler les consonnances sociales, l'instru-
u ment fatidique a poussé un cri qui nous a
(c avertis tous les deux de notre imprudence.
u Érigone, continue avec confiance tes essais
it sur les cordes qui restent, et qui doivent te
« suffire. »
3i4 ORPHÉE.
« La tnéaade confuse et .profondémeot affligée , écoutait à peine ces paroles compatissantes. Elle se sentait comme repoussée à jamais de la haute sphère où elle aurait voulu s'élever avec le poète divin. Elle vient de recevoir une alteinie mortelle. Cependant elle put reprendre quelque calme; et^ se soumettant à sa triste destinée, elle consentît à vaincre sa trop juste douleur. Alors Orphée se mit à lui enseigner les sons religieux qui portent l'ame à la mélancolie, tristesse intime maisraon désolée, et qui la font s'élancer dans un autre avenitr. «Oui, disait-elle, voici les « sons qui sans doute réjouissent les ombres tt heureuses; Orphée, lorsque ta ne seras plus M parmi nous, lorsqiie je serai exilée de ta ^ présence comme déjà je le suis deies foculdtés émîpéntesy je ne serai qu^une cmibre, «mais je serai une ombre heureuse.» Érigone, docile aux leçons de son maître, et qui avait formé le généreux dessein d'apprendre au moins ce qu'il lui était donné d'appreadre, parvint bientôt à connaître les notes harmooieuses et solenne)les de la piété envers ks dieux. Orphée crut la ménade guérie, ellemême le croyait; dans lefor sublime inno-