LIVRE CINQUIÈME
« poëte m'a laissée: poète vous-même, essayent « si vous ne pourrez pas ranimer la vierge «qui va mourir; c'est la lyre des prodiges. » O roi pasteur, je ne voulus pas mériter le reproche de n'avoir pas tenté au moins un dernier remède. Mes doigts se placèrent sur la lyre civilisatrice; et, accoutumée aux sons produits par Orphée, la lyre dit plus que je
n'aurais su lui faire dire moi-même. « Dieux !
«s'écrie la ménade, est-ce donc que le poète «divin revient parmi nous? Revient-il vers «sa fille pour ne plus la quitter? Oui, oui, « tu es mon père. Ah ! cette larme que je sens «tomber sur mon front n'est-elle pas une « larme de la y)itié paternelle?»
« Cependant Érigone ne put supporter plus long-temps le poids de la vie. Elle succomba, elle succomba c; m me la fleur chargée de trop de roàée. Elle fut punie îiussi d'avoir voulu changer les destins d'un homme que les dieux s'étaient réservé. Néanmoins sa mort fut paisible. Elle recouvra tout-à-fait sa raiaen avant de mourir. Elle dit : « Je vais trou- « ve« Eur;5'^dice, et j'attendrai auprès d'elle le « poète divin dans les bocages de l'Elysée. » Son ame se détacha doucement de son enve-
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loppe mortelle , et la nymphe parut s^endormir dans les songes du bonheur. Je me trompe, Évandre; c'était une expression bien plus sublime qui s'épanouissait sur la figure incomparable de la vierge. Vous le savez , le sommeil qui produit les songes a été compare aux petits mystères, où Ton n'obtient qu'une initiation incomplète. La mort a été comparée aux grands mystères où l'on reçoit la pleine révélation de l'époptisme. Érigone, qui n'avait pu être qu'éblouie par la brillante lumière de Phanès, l'a pu supporter sans peine sitôt qu'elle a eu franchi le seuil redouté de la vie. Elle va se mêler aux chœurs de TËIvsée, et nulle corde de la lyre divine ne se brisera sous ses doigts. Ainsi dotic ceux qui sont entrés dans la route continuent d'y marcher lorsqu'ils ont déposé leur vêtement terrestre; et les destinées humaines toujours finissent de s'achever dans une autre vie.
((Les ménades menèrent un grand deuil autour du tombeau de leur belle compagne, morte à la âeur de ses ans, et frappée d'une blessure incurable, d'une blessure que tou^ les dictâmes de la terre ne pouvaient apaiser. I..es ménades chantèrent des hymnes, puis, eni-