‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 2 sur 57 · SUR L\ GIIANDEUR DES SAINTS · texte numérisé non relu

SUR L\ GIIANDEUR DES SAINTS

Ne souffrons pas que l'on fasse descendre les Saints à cet injuste abaissement, et défendons contre d'injurieuses accusations leur incomparable grandeur.

Les Saints sont véritablement grands : la raison elle-même ne sauroit méconnoître leur grandeur, i^r Point*

Les Saints sont véritablement grands : la Religion se fait gloire de publier et d'honorer leur grandeur. 2^ Point.

Implorons, etc.

PREMIER POINT

Laissons, Chrétiens, les préjugés et les passions s'obstiner à poursuivre, au milieu de l'appareil des dignités ou du faste de l'opulence, un vain fantôme de grandeur. Il faut à la raison un plus digne objet de ses hommages : il lui faut une grandeur qui soit per^ sonnelle à l'homme , qui brille de son propre éclat, qui se soutienne par sa propre énergie, que l'opinion ne puisse flétrir, que l'injustice ne puisse abattre , que la fortune ne puisse renverser : en un mot , la grandeur de l'âme est la seule que la raison consente à reconnoître j mais aussi, qu'elle rencontre des âmes éclairées, des âmes nobles, des âmes pures et détachées d'elles-

mêmes! En dépit de leur obscurité, de leur déiîûment, de leur oppression même, elles obtiendront ses suffrages et son admiration. La raison ne peut donc refuser aux Saints le nom de grands, puisqu'ils lui présentent des titres qui établissent à ses yeux la véritable grandeur , je veux dire, la profondeur de leur sagesse, l'élévation de leurs sentiments, l'innocence et le désintéressement de leurs affections.

C'étoit le sage qui, au jugement des pliilosoplies du paganisme , méritoit seul le nom de grand : à les entendre , le sage est supérieur aux rois , puisqu'il se commande à lui-même j aux conquérants, puisqu'il triomphe de ses passions j à l'adversité, dont il dédaigne les outrages 5 à la douleur, dont il surmonte les atteintes^ à la mort, dont il défie et brave les coups. Mais, ce sage imaginaire , l'Evangile seul pouvoit le réaliser, et il n'appartenoit qu'aux Saints d'en présenter d'innoni])rables modèles.

Quel spectacle , en effet, offrirent à la terre, durant les jours de leur vie mortelle, ces Saints dont la Religion nous découvre aujourd'hui le triomphe !

Au lieu de cette sagesse incertaine et chancelante que suivoient en tâtonnant

SUn LA GRANDEUR DES SAINTS. 5

tous ces habiles dont s'enorgueillit la philosophie païenne, quelle lumière vive brille aux regards des Saints , et éclaire leurs pas ! quelle connoissauce précise du but qu'ils doivent atteindre! quelle constance pour V parvenir! quelle prudence pour parcourir une roule bordée de tant de précipices ! Au lievi de cette sagesse intéressée qui levoit fièrement la tète, si les hommes la soutenoient par leurs applaudissements, et qui tomboit découragée, quandelle se voyoit en butte à leurs outrages ; dans les Saints, quelle indifférence pour les opinions du vulgaire ! quelle modestie , s'ils sont condamnés aux éloges! quelle sérénité, s'il leur faut affronter les mépris ! Au lieu de cette sagesse hypocrite et corrompue qui transigeoit avec les passions , et sourioit à la volupté: dans les Saints, quel respect pour la vertu ! quelles précautions pour renlourer et la défendre ! quels ménagements et quelle sollicitude pour cette fleur si délicate , que le plus léger souffle peut flétrir !

Aussi , que la raison mette en oubli les titres les plus augustes des Saints j qu'elle ne se souvienne plus qu'ils furent les enfants de la Foi , les disciples de l'Evangile , les

imitateurs de J.-C. : du moins lui faudrat-il reconnoître que les Saints furent de vrais sages , inaccessibles aux préjugés qui aveuglent les hommes , à l'ambition qui les divise , à l'amour du plaisir qui les amollit , à toutes ces passions , enfin, qui lour-à-tour les courbent sous leur tyrannie : ou plutôt, de vrais sages qui, substituant Dieu à la place de l'intérêt, de l'orgueil, de la cupidité (honteux et fragiles fondements de la sagesse humaine), trouvèrent, dans ce nom adorable seul, le principe des plus sublimes, comme des plus solides vertus. S'ils commandent, c'est Dieu dont ils tiennent la place; s'ils obéissent, c'est Dieu dont ils exécutent les lois 5 s'ils sont dans l'opulence, ils rendront compte à Dieu de leurs trésors j s'ils sont pauvres. Dieu est leur père : il aura pitié de ses enfants. Dans les entreprises. Dieu est leur force j dans les incertitudes , leur conseil ; dans les afQiclions, leur consolateur^ dans les persécutions, leur asile.

Que j'aime. Chrétiens, les transports et la reconnoissance de saint Chrysostôme pour cette divine sagesse ! Et dans une terre que les sophistes avoient fait retentir si long-temps de leurs frivoles déclamations ,

Page 1