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qu'il m'est doux d'cniendre le plus éloquent des Saints s'ccrier en leur nom : « Yoyez >î quelle est la puissance, et quelles sont >3 les merveilles de notre nouvelle et céleste 55 philosophie. >5 Videte cjuanta sit philosophiœ vis. Elle n'est point superbe, et ne borne pas ses enseignements aux esprits cultivés , ou à quelques oisifs nourris dans l'opulence : tous sont appelés à l'entendre ; elle est populaire , les petits et les humbles se plaisent à ses leçons 3 elle n'est point subtile, et ne se consume pas en des spéculations vaines; elle veut, non que l'on disserte , mais que l'on devienne meilleur ; non que l'on vante la vertu , mais qu'on la suive 'f et elle préfère aux plus pompeux éloges de la bienfaisance un verre d'eau donné au pauvre ; et un acte d'amour de Dieu^ au traité le plus éloquent sur sa na • lure et sur ses attributs; elle n'est point dureetstoîque ; elle est faite pour l'homme, elle soutient sa foiblesse , encourage ses efforts, accueille son repentir, pleure sur ses malheurs. Videte quanta sit philosophice vis.
Que voit donc une raison éclairée dans ces Saints innombrables qui , animés du même esprit , furent placés dans des cou-
ditions diverses ? elle y voit autanl de sages> tous également dignes de sa vénération : sur le trône , des sages qui ne connurent pour eux-mêmes d'habileté que dans la justice , et, pour leurs peuples, de prospérité que dans la vertu j sur les tribunaux, des sages dont la crainte ou l'intérêt ne firent jamais pencher la balance j sous les armes , des sages qui entendirent la voix de l'humanité au milieu du tumulte et des violences de la guerre, et respectèrent, parmi la licence des camps, les supplications du foibie , et les alarmes de la pudeur j dans l'obscurité d'une vie commune et ignorée , des sages qui, inconnus aux hommes , rendirent le plus glorieux hommage à la vertu , en l'aimant pour elle-même, et trouvant dans ses charmes un assez doux salaire de leurs sacrifices et de leurs efforts. Enfin, dans les jeunes Saints eux-mêmes , la raison voit autant de sages qui , s'armant d'un« noble haine contre la volupté , fermèrent l'oreille à ses enchanlements, le cœur à ses amorces, ne vécurent qu'un printemps , mais l'embellirent de leur innocence. Piieris his dédit JDeus scieiitiam in omni sapientiâ .
Mais à cette profonde sagesse, les Saints joignirent encore les sentiments les plus
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sublimes. Non, ils ne pouvoient se conienler des grossières satisfaclions qui servent d'aliment à l'enfant du siècle , ils le laissoient se courber vers la terre , y attacher son cœur, y borner son amour; mais pour eux, ce n'éioit pas à si bas prix qu'on pouvoit remplir leur noble ambition, ni assouvir ce besoin de bonheur dont ils étoient tourmentés. Que pouvoit leur offrir la terre qui put répondre à l'immensité de leurs désirs? Quoi! ces trésors, c'est-à-dire ce vil métal que les sens , il est vrai, peuvent atteindre, que la main de l'avare touche , que son œil contemple , mais auquel l'âme ne peut s'unir : cette méprisable boue qu'il faut amasser avec des travaux si pénibles , conserver avec de si constantes sollicitudes , perdre tôt ou tard , avec de si cuisantes douleurs ? Quoi ! ces plaisirs, dont les mondains eux-mêmes déplorent la rapidité , accusent l'impuissance et taisent les remords r Quoi ! ces honneurs si souvent prodigués au vice, que l'univers retentit d'acclamations pour une fois qu'il en verra revêtir la vertu ? Non , ce monde est sujet aux vicissitudes, et il falloit aux Saints l'immutabilité ; il est périssable, et il falloit aux Saints l'éternité; il est borné, les Saints
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s'y voyoient circonscrits dans des limites trop resserrées : comme ce vainqueur fameux de l'Asie, ils s'y trouvoientà l'étroit, et s'élançoient par leurs vœux vers un autre monde, infini comme leurs désirs, et dont par leurs vertus il leur falloit faire la conquête. En un mot, c'étoit à Dieu qu'ils osoient prétendre j c'étoit Dieu qu'ils redemandoient à, toutes les créatures j c'étoit Dieu qui seul pou voit remplir leur iulelligence, et rassasier leur amour : et de là, dans les Saints, ces soupirs brûlants d'une âme que Dieu peut seul désaltérer. Sit'wit anima niea ad Deum fortem vwum. De là , dans les Saints, cette généreuse impatience des fers qui le's captivent et les arrêtent dans l'ei^il. Cupio dissohi. De là , cette parole d'une incroyable hardiesse , qui révèle enfin au cœur de l'homme le secret de ses anxiétés, et du remède qui seul peut y mettre fin. «Vous nous avez faits pour vous, 33 Seigneur, et notre cœur n'a point de re- 33 pos jusqu'à ce qu'il puisse se reposer en 33 vous. 33 Fecisti nos ad te ^ et irrequietum est cor nostrum donec reqiiiescat in te.
Cependant, Chrétiens, tandis que la raison admire elle-même dans les Saints, la noblesse de leurs sentiments, la Religion nous
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reprochera-t-elle, toujours sans fruit, notre avilissement et notre honte? Nous sommes les enfants des Saints , appelés comme eux à la plus haute dignité , Filii Sanctorum sumus^ souffrirons-nous toujours que d'indignes passions nous dégradent? Nous faudrat-il toujours plier la tête sous leur joug, étouffer notre conscience, éteindre notre raison, rougir de prononcer le nom de la vertu, et craindre de rencontrer ses regards? Nous sommes les enfants des Saints, Filii Sanctorum sumus ; comme eux nous ne trouverons jamais qu'un seul bien qui puisse remplir notre âme, et comme eux, pour l'obtenir, nous n'avons qu'à le désirer. Jusques à quand languirons-.nous dans le plus honteux dénûment? Que sommes-nous en effet, quand les passions nous tourmentent, que des malheureux souffrant les angoisses de l'indigence? Qu'est-ce qu'un avare ^ un impudique, un ambitieux? autant de pauvres qui se sentent dévorés sans relâche par une faim qu'ils ne peuvent rassasier, par une soif qvi'ils ne peuvent éteiudre, que leur misère trouble durant leur sommeil par de sinistres images, qui se réveillent pressés par le cri du besoin et consacrent leurs journées à mendier auprès des créa-
lures une pâture grossière , qui trompe, mais ne peut satisfaire leur avidité. CircuihiLiit cwitatem et famem patientur ut canes. Ah ! plutôt nous sommes les enfants des Saints, jpf/j'i Sanctoruni jm/wu^j méritons uii nom si glorieux, justifions ce titre, en joignant comme les Saints, à la noblesse des senLimenls, l'innocence et le désiniéressement des affections.
Aimer : noble apanage du cœur de l'homme, sentiment ineffable qui, nous arrachant à nous-mêmes pour nous faire vivre dans autrui, étend ainsi et multiplie notre existence , participation céleste de celte charité infinie qui embrasse tout l'univers. Mais aussi, aimer : quand la corruption l'empoisonne , plgiie honteuse des enfants d'Adam, source fatale d'où découlent la plupart des maux qui les inondent, lamentable principe de leur insolence et de leur bassesse, de leurs noires jalousies et de leurs aveugles préférences , de leurs joies insensées et de leurs brutales fureurs. Ce besoin si violent de notre âme, les Saints le connurent, ils surent eux-mêmes quel pouvoir exercent sur le cœur la voix de la nature, les liens du sang, l'intérêt de la commisération , l'attrait de la sympathie ;
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ils aimèrent aussi , mais ils surent captiver et soumettre le plus impétueux, comme le plus redoutable de nos penchants j ils aimèrent aussi, mais leurs attaches vertueuses ne donnèrent point d'alarmes à leur innocence , et ne firent pas rougir leur front 5 ils aimèrent aussi, mais l'amour de Dieu, aifection première et domiuauie de leur âme , vint purifier et ennoblir ce second amour; ils aimèrent dans leurs parents le Dieu qu'il leur éloit si doux d'appeler leur père; dans leurs enfants, le Dieu à qui ils formoient de vrais adorateurs et des suj^^ets fidèles ; dans leurs amis , et les objets les plus chers à leur cœur, le Dieu qui voulant consoler l'homme dans la terre de son exil, lui donna l'amitié pour adoucir son pèlerinage et calmer ses douleurs.
Mais non , leur amour ne pouvoit se renfermer dans de si étroites limites, ou plutôt ils auroient pris ce sentiment en défiance , s'il avoit dû sa naissance à la nature seule ou au seul penchant du cœur» Il faut que tout intérêt personnel soit banni de leurs âmes et que dans les doux épanchements de leur affection ils n'aient point à craindre de rencontrer vers eux-mêmes un dangereux retour. Il faut enfin que tous les hommes de-
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vienneût pour eux des frères , et s'il se peut qu'ils se resseuteut tous de leur amour. Aussi, pour soulager l'infortune, pour soutenir la foiblesse , pour dissiper l'erreur, point de travaux qu'ils n'endurent, point de périls qu'ils n'affrontent, point de sacrifices qui ne leur semblent doux : les uns, bnsantles plus chers liens de la nature courent s'ensevelir dans les sombres asiles de la souffrance, et consacrent leurs jours à panser ses plaies , à essuyer ses pleurs ; les autres , le cœur déchiré par le spectacle de l'infortune, se dépouillent en sa faveur de tous leurs biens , préférant , dans leur charitable et pieux désespoir, l'indigence à une lichesse trop pauvre pour soulager tous les malheurs. Ceux-ci, désabusés des illusions d,,u siècle, vont dans la solitude préparer aux cœurs tendres une demeure pour y pleurer comme eux sans contrainte sur leurs mécomptes ou leurs erreurs j ceux-là, étrangers, mais non pas insensibles aux dernières dégradations du vice, élèvent des refuges ou le crime puisse cacher sa honte , ou plutôt l'effacer sous une innocence que donne encore le repentir. D'autres entendant de loin les cris de leurs frères dans l'esclavage, traversent les mers, et pour^
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adoucir une dureié impiloyable vont offrir leur or, et, s'il le faut, leur liberté j d'autres*, enfin, poursuivant dans des plages lointaines, et sous un ciel brûlant, des hommes que la nature avoit cachés parmi les bêtes féroces et dans le fond de ses vieilles forêts, les rassemblent à la voix de l'Evangile, leur apprennent à connoître celui qui créa l'univers, et leur montrant la croix sur laquelle un Dieu mourut pour les péchés de tous, ouvrent les cœurs de ces êtres farouches au sentiment de l'amour divin, et leurs lèvre» aux doux cantiques de la charité fraternelle.
Comment la raison ne seroit-elle pas pénétrée d'admiration et de respecten contemplant dans les Saints , l'ineffable pureté de leurs affections, quand elle sait où se laissent entraîner tropsouventdescœursdontelleest le seul guide, cl qui sont réduits à n'entendre que ses leçons ? quels froids calculs dans leurs attachements ! quelles spéculations dans leurs sacrifices ! quelle exagération mensongère dans leurs protestations ! quel échange honteux de services^ arrachés d'une part à l'indifférence par le seul intérêt, et de l'autre, d'une reconnoissance qui n'est que sur les lèvres.
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Mais surtout quelle dépravation vient flétrir pour eux les affections les plus légitimes ! Quels excès trop souvent profanent les nœuds les plus sacrés ! enfin , jusque sous le voile de l'amitié que d'illusions, que de foiblesses, que de crimes peut-être!
Saint Tabernacle, où réside l'agneau sans tache, autel sacré où tant de fois il s'immole, ne craignez pas que je souille votre présence -par la peinture de ces indignes débordements; ni que devanlvous, je sonde le cœur humain dans ses hideux replis. Non, je ne veux pas remuer celle corruption profonde, ni relever à ce prix le désintéressement des affections des Saints et leur céleste innocence.
C'est assez pour leur gloire , aux yeux de la raison, d'avoir laissé sur la terre, comme pour traces de leur passage , les preuves de leur sagesse profonde; les souvenirs de la noblesse de leurs sentiments; enfin, les monuments de leurs affections pures et désintéressées. Voilà, pour la raison, les titres incontestables de leur grandeur.
Mais les Saints obtiennent un suffrage plus honorable et plus éclairé j car la Religion se fait gloire de publier et d'honorer leur grandeur.