POCR LE JOUR DE NOËL
ses anéauiissomenls , qu'il console par sa bassesse; ce sont les pauvres enfin qu'il prend pour les premiers confidents de notre rédemption , comme ils doivent être un jour ses premiers coopérateurs et ses premiers ministres dans la conversion de l'univers .
Cependant, Chrétiens, les abjections de Jésus naissant ne sont pas toutes renfermées dans ce spectacle qui vous est présenté. Pour le voir dans sa crèche, pauvre, pleurant et transi de froid, ne croyez pas connaître toute la profondeur de son humilité. Non, ce n'est pas là que se borne tout ce mystère.
Jésus naissant a d'autres humiliations secrètes, auxquelles il se soumet, et qui ne peuvent frapper vos regards ; car il n'en est pas de lui comme des enfants d'Adam , pour qui une providence compatissante ne développe qu'à mesure qu'ils avancent dans la vie , le triste secret du destin qui leur est réservé. Pour Jésus, dès sa naissance il uiesure d'un seul regard toute la carrière qu'il doit parcourir. C'est dans le dernier ditail qu'il voit, ou plutôt qu'il endure déjà les rebuts, les aftVonts , les injustices qui l'attendent, et dès ce premier moment sou iiumiliié porte le poids des outrages sans
«38 SEUMON
nombre qu'il doit subir (luranL toute sa vie. Il connoît , ou plutôt il endure déjà les injurieux soupçons de ses envieux, les insultes de ses ennemis, les trahisons et les délaissements de ses amis eux-mêmes. Ilcounoîl, ou plutôt il endure déjà les dédains pour sa doctrine, les blasphèmes contre ses miracles, les calomnies contre ses vertus.
Adorable enfant! ah! tandis que j'entends vos plus chers favoris, les Anges^ faire Retentir les airs des cantiques de leur allégresse, et féliciter votie Père céleste de la gloire qui dans ce jour lui revient de votre naissance, la foi m'en découvre d'autres, autour lie votre crèche, chargés par la jusdce divine de rassembler sous vos yeux toutes vos humiliations à la fois, et qui vous montrent en pleurant les divers instruments de vos ignominies. L'un présente à Jésus naissant les liens qui doivent un jour l'enchaîner, l'autre la main de fer qui outragera sou visage, celui-ci le manteau de pourpre qu'on doit jeter sur ses épaules, celui-là le sceptre et la couronne que prépare à sa royauté une barbaie dérision.
D'autres enfin soulèvent et dressent devant lui le bois cruel sur lequel il doit un jour endurer tant de douleurs et tant de houle.