‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 36 sur 57 · POUR UE JOUR DK NOËL · texte numérisé non relu

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devant Dieu sur l'abus qu'ils firent tant de fois des présents de sa bonté , trouvent dans les épreuves et dans les contre-temps dfs occasions de montrer à Dieu tout à la fois leur repentir et leur reconnaissance? Hélas! loin d'en retirer ces avantages, les cbagiins, les aigreui's, les emportements peut-être en sont l'unique fruit, et nous qui nous promettons tant de résolution et de fermeté, si Dieu exigeoit de nous de grands sacrifices, nous murmurons quand il nous soumet aux plu* légères tribulations; car pour exciter nos plaintes, il n'est pas besoin de ces grandes disgrâces capables d'ébranler l'àme la plus solidement établie dans la résignation; de ces revers qui renversent tout à coup l'édifice d'une liante fortune, de ces pertes imprévues qui plongent tout à coup une famille dans le deuil ; pour déconcerter notre constance, il ne faut qu'une douleur légère, une saison plus rigoureuse, un ordie mal exécuté, une humeur qui ne sait pas se plier à tous nos caprices. Yous le savez , et j'aurois honte de parcourir des détails qui cependant remplissent chaque jour tant de conversations aussi vaines dans leur objet, que fastidieuses par leur uniformité; vous le savez, voilà comment Jé^us trouve

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parmi nous des disciples, quand il s'agit dans ses leçons d'assujëiissemeuts et d'obéissance.

Mais voici , Chrétiens , où notre raison doit plus que jamais se confondre j voici, dans les mysières sans nombre que nous offre la soumission de Jésus naissant , voici le plus impénétrable de tous. Car, qu'il obéisse à son Père, et que lui, éiant égal en tout, il en exécute les lois, ses droits sont constatés par sa condescendance même, et sa gloire est encore en sûreté j qu'il obéisse à Marie, c'est lui qui l'a choisie pour mère, c'est donc lui qui s'impose , à l'égard de cette Yierge sainte, toutes les obligations d'un fils j enfin, pour que les misères de notre mortalité ne lui soient pas étrangères , il a voulu prendre un corps passible comme nous , il veut donc en connoître comme nous les infirmités ; mais il obéit à un homme, à un homme plongé dans les ténèbres et la corruption de l'idolâtrie, à un homme que son ambition, ses Cl imes et ses cruautés ont porté sur le trône de l'univers j oui. Chrétiens, l'empereur Auguste compte le fils de Dieu au rang de ses sujets , et commande sans le savoir à l'arbitre souverain de toute la nature. Au-

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gusie a parlé, exlit edictum a Cœsare jiugusto , et pour lui obéir, Jésus encore caché dans le sein maternel, abandonne l'humble toit de Nazareth, le berceau que lui destinoilsa Mère, et tous les modestes apprèis, ménagés depuis long-temps par une prévoyante sollicitude , pour affronter et partager avec Marie les faligues de la route , rimiempérie de la saison, et les rigueurs de la pauvreté plus cruelles encore. Auguste a parlé, exiit edictum a Cœsare ^ugusto , et pour lui obéir, Jésus consent que Marie et Joseph aillent à Bethléem, confondre dans les archives publiques leurs noms avec les noms les plus obscurs, ensevelir la mémoire de leur royale origine, et déclarer comme un enfant vulgaire, l'enfant qui doit un jour, sur les ruines de la sujx;rbc Rome, élever un empire dont la durée égalera la durée même de l'univers. Enfin, Auguste a parlé, exiit edictum a Cœsare Auguste , et pour lui obéir, Jésus porté dans une terre étrangère, pauvre, sans asile, et rebuté de tous, prend naissance dans un réduit où le plus délaissé des hommes rougiroit d'avoir reçu le jour.

Yoilà le prédicateur auquei je renvoie tous ces hommes que la Providence à placés

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dans un état d'assujéiisseraent, et qui, courbés sous le joug de l'obéissance, ne le portent qu'en mvirmurant, et aggravant la pesanteur de leurs chaînes par leurs soulèvements et leurs révoltes. Il est dur, ditesvous, d'obéir! Je ne tous dis point que l'obéissance est une nécessité qui pèse sur tous les enfants d'Adam 5 que vous en particulier, si vous êtes de bonne foi, vous trouverez peut-être, ou dans la mollesse de votre caractère, ou dans les incertitudes de votre volonté, ou dans la violence de vos passions, de trop justes motifs pour aimer l'obéissance; mais je vous dis, ou plutôt Jésus naissant vous dit mieux que moi, que sans l'obéissance il n'est plus d'Evangile , plus de Christianisme, plus de salut; c'est par l'obéissance que l'Evangile commence ses leçons ; c'est à l'obéissance que le Sauveur appelle ses Disciples ; c'est par l'obéissance qu'il appaise son Père, et obtient grâce pour vous.

Il est dur d'obéir ! je ne vous dis pas que cette obligation, qui si souvent excite vos réclamations et vos plaintes, vous la faites subir aux autres à leur tour, et qu'ils trouvent peut-élre en vous une domination plus exigeante et plus hautaine que celle dont

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chaque jour vous accusez les rigueurs ou les injustices j mais je vous dis , ou plutôt Jésus uaissant vous dit mieux que moi , que par le péché vous vous êtes révolté contre Dieu , et qu'il doit en trouver la réparation dans votre obéissance 5 que par le péché vous vous êtes soumis au démon , et que près d'un tel maître , il n'en est point dont l'empire ne doive sembler doux. Enfin , il est dur d'obéir! De toutes parts je l'entends retentir, ce langage audacieux ; l'enfance le murmure déjà sortant à peine du berceau , la jeunesse le fait insolemment éclater contre l'autorité des maîtres et la prudence des vieillards j je le retrouve dans le serviteur, tout revêtu qu'il est des humbles souvenirs de sa dépendance, et peutêtre dans des sujets tout couverts des bienfaits de leur auguste maître, ou qui ne doivent même qu'à l'excès de sa démence l'oubli de leurs déloyaiués et de leurs perfidies. Je ne vous dis point quelles suites doitentraîner cette fureur aveugle pour une liberté sans frein; qu'est-il besoin de rappeler ces vérités après tant de catasirophes, de meurtres et de ruines ? Mais je vous dis, ou plutôt Jésus naissant vous dit mieux que moi , quels sentiments attend de ses

Disciples, cet enfant divin qui va croîlre pour obéir à Marie et à Joseph , qui s'appellera le fils de l'Homme, qui se dira fait pour servir et nou pour eue servi , mais qui surtout aujourd'hui, en se soumettant à un prince dont la puissance fut fondée sur les proscriptions et le carnage , condamne si hautement les pervers qui refusent l'amour, ou du moins le respect au trône le plus vénérable , le plus bienfaisant et le plus légitime de l'univers.

0 Jésus! que d'admirables leçons nous présente votre naissance ! nous commençons à comprendre enfin le double mystère de votre humilité et de votre obéissance. Du sein de votre obscurité profonde , du milieu de cette étable qui vous sert d'asile, de cette crèche où vous reposez , de ces langes qui vous enveloppent, s'échappent de toutes parts des rayons de lumière qui nous découvrent en vous notre législateur et notre modèle. Mais c'est peu de nous avoir montré vos litres et vos droits, achevez votre ouvrage 5 si vous j>ouvez seul éclairer les esprits , vous seul aussi pouvez loucher et changer les cœurs.

Arrachez cet amour de l'iudépendance , qui nous rend si souvent indociles à votre

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