DU CHOLÉRA-MORBUS
Etienne- Jean- François BORDERIES , par la Providence divine ella grâce du saint Siège Apostolique, Évèque de Versailles; au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en N. S. J.-C.
Le fléau dont les ravages désoloient depuis long-temps l'Europe, N. T. C. F,^ mais qui ne nous faisoit encore entendre que de loin ses menaces, vient tout-à-coup de franchir l'intervalle qui sembloit nous garantir de ses atteintes , et la Capitale du Royaume se voit surprise par sa funeste apparition. Ce mal est trop près de vous, N. T. C. F., pour ne pas réveiller nos alarmes, et nous inspirer, pour les intérêts de notre troupeau
les plus vives sollicitudes. Il est vrai , la sensibilité, les lumières et les prévoyances du premier Magistrat de ce Département , le zèle des nombreux Coopérateurs qui secondent ses desseins, le charitable concours de tous les gens de bien, tout sembleroit devoir calmer nos craintes j mais le cœur d'un père se rassure-t-il jamais quand il s'agit du péril de ses enfants ? C'est donc vers l'Arbitre souverain de nos destinées , vers celui qui blesse et qui guérit, qui frappe et qui ressuscite, que nous tournerons avant tout nos regards 5 c'est lui que nous conjurerons d'oublier nos iniquités, de se souvenir de sa miséricorde, et de dire comme autrefois à l'Ange , Ministre de sa colère : C'est assez j retenez votre bras. {Aityingelo percutienti populum ; sufficit , nunc confine manum tuant ! Reg. 2. 24. )
Il est vrai, N. T. C. F. , c'est quand le Seigneur est irrité contre nous, que la Religion nous exlxorte à le fléchir par nos mortifications, et qu'elle promet au jeune et aux austérités le privilège de désarmer sa vengeance. Mais puisque d'un avis uwanime, les hommes les plus habiles dans l'art de guérir et \ç^& plus dignes, par leiTrs principes, de notre confiance, s'accordent à
reconuoîtie que les aliments de la pénitence pourroient, dans les conjonctures présentes, coiupi omettre riuici et même de votre conservation, la Religion remet a des joursplus sereins rexécuiion deses Décrets, et les sacrifices du cœur sont les seuls que va vous demander son indulgence maternelle. Puisqu'il faut donc y consentir, et que nos justes craintes nous en fout un devoir , nous allons vous affranchir des obligations que, pendant la sainte Quarantaine , l'Eglise impose à tous ses Enfants. Cette Loi du jeûne et de l'abstinence, si vénérable aux veux des Disciples de la Foij cette Loi qui, transmise d'âge en âge depuis les Apôtres jusqu'à nous, a traversé dix-huit siècles sans consentir jamais à perdre la rigueur de ses droits^; cette Loi va céder pour un moment à une Loi plus puissante encore, celle de la Charité.
Mais nous devons vous avertir de la part de Dieu, N. T. C. F., qu'il est de nombreux dédommagements qu'exige de vous celte condescendance. Montrez pour le malheur une compassion plus tendre ; soutenez par des secours plus abondants la vieillesse et l'infirmité j versez dans le sein des pauvres de plus abondantes largesses j
éioufîez dans votrecœur ces passions cruelles qui font toul à la fois votre honte et votre tourment , cet amour de la voluplé qui vous avilit, cette fureur pour les richesses qui ne dit jamais c'est assez, cette soif de la vengeance qui ne soupire qu'après le sang, cette amhition qui survit encore au milieu de tant de ruines et de débris. Pratiquez la Loi céleste que T.-C. est venu apporter à la terre, et dont l'accomplissement est le caractère propre de ses Disciples et de ses amis; ouvrez votre àme aux saintes impressions de la charité fraternelle, et que cette aimable et douce vertu vienne rafraîchir votre cœur, calmer ses agitations, et mettre un baume sur ses douleurs. Enfin , venez plus souvent dans la maison de Dieu^ gémir de vos égarements, implorer sa clémence, et par votre fidélité consoler J.-C. des blessures que font à son cœur l'ingratitude qui l'oublie, la lâcheté qui le trahit, l'apostasie enfin qui blasphème son nom et qui le persécute.
3i mars i832.