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LA PUBLICATION DU BREVIAIRE DE SON DIOCÈSE

Étienne-Jean-François BORDERIES , parlamiscricorde Divine et parla grâce du Saint-Siège Apostolique, Evéque de Yersailles , au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse, salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

La nécessité d*un Bréviaire pour le Diocèse de Versailles, étoit reconnue de tous ; aussi les Pasteurs, obligés de suivre les usages des différents Diocèses dont le démembrement compose aujourd'hui le nôtre, s'affligeoient d'être privés de la consolation (i) d'honorer Dieu dans un même langage, et désiroient vivement que des prières com-

(I) Uno ore honorificetis Deum. (Rom. 15.-6.)

muues rendissent en quelque sorte plus étroits les liens de la charité qui doit les unir. Bien plus , dans leur zèle pour la gloire de Dieu , ils éprouvoient quelque confusion de voir que l'Eglise de Versailles , sortie naguère, par l'autorité du successeur de Pierre, du milieu des secousses et des ruines de l'Eglise gallicane, portât encore sur le front les traces de sa récente origine , paroissant ne vivre que d'une vie empruntée, ni se soutenir que sur des appuis étrangers. Comment, d'ailleurs, différer l'exécution prompte de ce dessein , quand on voyoit la plupart des Ecclésiastiques n'avoir entre les mains que des Bréviaires que l'amitié leur avoit transmis, ou que leur avoit offerts le hasard, et dont les empreintes atlestoient la vieillesse et le trop long usage 5 mais, surtout, nous étoit-il permis à nous-mêmes de souffrir plus long-temps que, par une contradiction révoltante , on rencontrât dans notre Diocèse sept Diocèses à la fois 5 que, suivant les diverses Paroisses, on adoptât des rites et des usages divers, et qu'enfin l'Eglise de Versailles ne pût se glorifier (1)

(1) Fiet unum ovile, et unus pastor. ( Joan 10.-16.)

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d'avoir un seul bercail comme elle avoit un seul Pasteur.

Après de miires réflexions, nous nous sommes donc livré à celle importante entreprise j les Bréviaires les plus récenis nous cm servi de modèle ; des Ecclésiastiques, profondément versés dans la science liturgique, nous ont éclairé de leurs lumières, et appuyé de leur concours j après des efforts pénibles, mais soutenus, nous avons enfin ménagé à l'Eglise de Versailles la consolalion d'avoir aussi son Bréviaire. Mais surtout , le plan que nous avons snivi nous prépare une consolation plus solide. Les différents psaumes assignés à chaque jour de la semaine , se rapportent à un sujet unique et tendent au même but. Les passages de l'Ecriture et des SS. Docicurs ont été recueillis avec soin et choisis avec discernement. Enfin, peu conlenls d'honorer les Saints dont le nom est célèbre dans tout l'univers chrétien , nous présentons au culte de notre Diocèse ceux qui lui tiennent de plus près et qui l'ont illustré par leur naissance, leurs exemples ou leur mort. Voilà nos litres pour espérer que le Prêtre fidèle trouvera dans ce livre , qu'il reçoit aujourd'hui de nous , l'adoucissement à ses amer-

turaes 5 la force contre ses épreuves , et le courage dans ses périls . Ce livre précieux sera donc sans cesse en Ire vosmains,N.T. CF., surtout dans ces temps d'affliction et de scandale, où (i) l'orgueil de ceux qui haïssent Dieu s' élève et monte chaque jour, où rimpiéié (2,) désolant comme un sanglier farouche , VJicritage de Jésus-Christ, fait retentir dans notre France, ou plutôt jusqu'aux extrémités du monde , le bruit dd ses blasphèmes et de ses fureurs. Quelle sera, dit S. Chrysostôme, quelle sera la ferçeur du Prêtre quand il se présente , au pied du trône de la divine miséricorde , médiateur de ses jr ères et chargé d'exposer les besoins , non de sa patrie seulement , mais du monde chrétien tout entier (3) !

A toute heure vous l'aurez sous la main ce livre de la prière, compagnon inséparable d'un bon Prêtre , son ami fidèle , son con-

(1) Superbia eorum, qui oderunt te ascendit semper, [Psal 73.-23.)

(2) Exterminavit eam aper de silvâ. {Ps. 79-14.)

(3) Qualem enim eum quipro civitate totâ, quid dico, civitate! imô verô pro universo mundo legatus intercedit^ depreca torque est apud Deum, quaem, quseso, esse opportet ! (S. Chrts. De Sacerd. )

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seiller et son guide. C'est là qu'empruntant à David ses immortels cantiques, tantôt vous souderez avec lui les mystères les plus profonds, tantôt vous laisserez couler les larmes du repentir, tantôt vous vous livrerez aux transports d'une sainte allégresse (i) : le psaume, dit Saint Ephrem , met les démons en fuite, dissipe les jantômes de la nuit. La piété y trompe son délassement , la Jeunesse sa défense , la vieillesse sa consolation. C'est là, pour parler le langage du pieux auteur de l'Imitation, c'est là que les Saintes Ecritures ouçriront devant cous ces riantes prairies , où le» brebis, sous la conduite des pasteurs, viendront chercher de salutaires pâturages; c'est là que les incorruptibles dépositaires de la tradition, ces illustres docteurs, nos pères et nos maîtres, vous offriront un éclatant flambeau pour vous diriger à travers les ténèbres qui nous gagnent et nous enveloppent de toutes parts.

(I) Psalmus daemones propellit ; psalmus telum in tremoribus nocturnis. Psalmus divinorum requies laborum ; psalmus infantibus tutela, psalmus senibus consolatio. (S. Ephrem, Tract. . Ludrictt-

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Enfin, c'csl là que le Prêtre, à la vue dès exemples des Sainis , comprendra que c'est peu de célébrer chaque jour leurs louanges, si l'on ne s'efforce avant tout d'en suivre les traces et d'en imiter les vertus.

L'importance de cedessein n'a paséchappé aux vénérables chanoines de notre Eglise cathédrale, et quand ils nous ont entendu développer le projet que nous avions conçu, et le plan sur lequel nous devions en suivre l'exécution , consultant moins encore l'affection qu'ils nous portent, que l'intérêt de notre Diocèse et celui de leur propre ferveur, ils ont fortifié notre résolution par des suffrages unanimes, et répondu à ce que nous avions droit de nous promettre de leur piélé, de leur science, de l'aménité de leurs mCiSurs et de cette union fraternelle dont ils nous offrent chaque jour l'attendrissant speclacle.

Cependant, tandis que nous entrons dans la carrière de l'Episcopat sous ces heureux auspices, recevez de nos mains, N. T. CF., ce livre sacré que la bonté de Dieu uous charge de vous offrir. Mais ce seroit peu de le feuilleter sans relâche, la piété la plus vive, l'attention la plus soutenue doivent accompagner les prières qu'il va vou5

ET LETTBES PASTORALES. 4i^

fournir, (i) En ejff^t, dit Saint Cvprien, quelle iiidignile\ quand on adresse à Dieu ses supplications y de se laisser entraîner et séduire par de çaines et profanes pensées I Ai>ez-vous alors autre chose à songer, sinon que vous vous entretenez avec votre Dieu , et comment voulez-vous qu'il vous entende quand vous ne vous entendez pas vousmême P

(2) Chantez donc des cantiques au Seigneur, vous qui lui êtes consacrés ; mais pour remplir cette Jonction céleste, il faut l'intelligence et la pureté du cœur. C'est à ce prix que vous verrez non plus seulement les Anges , mais le Maître des Anges lui-

(1) Quae enim segnitia est alienari et capi ineptis ac profanis cogitationibus cum Deum deprecaris? Quasi sit aliud qnod niagis debeas cogitare quani quod cum Deo loquavis. Quomodô te audiri à Deo postulas, cum te ipse non audias? (Cypr. De oral. Dominicâ.)

(2) Psallite Domino, sancti ejus, duo autem necessaria sunt in psalmodia, intellectus et immaculati cordis devotio. Tune, non Angeli solum, sed Dominus Angelorum venit, ac se libentissime interponit; et evenit quod dicitur per propbetam, psallam et intelligam in via immaculatâ. ( Petbus Blesensis, De F'itâ Clericorum. )

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même, descendre et prêter V oreille à vos chants, et cous aurez aussi le droit de dire cwec David: c'est en marchant dans une voie pure et sans tache, que j'applique mon esprit à connoître le Seigneur et ma bouche à chanter ses louanges.

27 Février 1829.

POUR LA PUBUCATIOX

DU CATÉCHISÎVrE DE SON DIOCÈSE.

Etienne-Jean-François BORDERIES, par la Providence Divine et la grâce du Saint-Siège Apostolique, Evéque de Versailles; au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse , Salut et Bénédiction en N. S. J.-C.

C'est aux objets les plus chers de votre affection, N. T. C. F. , à cette aimable et douce portion de notre troupeau , pour laquelle nous formons, avec vous, des vœux si ardents et si tendres; c'est à vos enfants que nous consacrons aujourd'hui le fruit de nos longues méditations, et de nos plus chères sollicitudes. C'est entre leurs jeunes mains que nous remettons ces éléments de la Doctrine chrétienne, où la vérité, ce

pain céleste qui nourril les forts, se convertit en lait, pour sustenter le premier âge. Nous ne craignons pas qu'ils opposent aux enseignements de la foi les résistances ou les dédains. Les passions n'ont pas encore troublé le sommeil de leur innocence , le monde ne les a pas encore séduits par ses illusions et ses prestiges ; et la Religion se présentant à ces cœurs simples qui n'ont point d'intérêts secrets à défendre contre elle, sa voix maternelle les louche, et sa divine Inmière réjouit doucement leurs premiers regards.

Mais quel fruit leur reviendroit-il de ces heureuses inclinations et de ce goût naturel pour les vérités saintes, si de coupables parents laissoient s'effacer ces touchantes dispositions par leur criminelle insouciance? Et de quoi serviroit l'instinct secret qui les fait soupirer après le pain de la sainte parole, si personne, au sein de leur famillej ne se meitoit en peine de satisfaire leur avidité? Et toutefois ils ne sont que trop communs ces parents insensibles aux vrais besoins de leurs enfants , qui les laissent croupir dans une ignorance impie, et qui s'accoutumant à regarder la Religion comme une affaire politique, pensent qu'elle doit

èii subir les vicissiludes, et relèguent son étude parmi celles que les éve'uements publics ont contlamuéesà l'oubli et au mépris. Entraînés par un affreux système d'impiété ou d'indilVérence, ils se bornent, comme ils s'expriment , à faire de leurs enfants d'honnêtes gens, et se contentent de leur donner quelques principes vagues de justice et de droiture , sans songer à leur offrir, dans le&dograes et la morale de notre sainte Religion^ le seul fondement siu' lequel une vertu solide puisse jamais s'élablir. C'est ainsi que ces parents aveugles sacrifient tout à la fois le plus sacré de leurs devoirs, le bonheur de leurs eufanls et leurs propres mléréls, aux stériles, ou plutôt aux cruelles 'spéculations d'une désolante philosophie.

En effet, le liire de père impose sans doute à celui qui le porte de grandes et importantes obligations j mais la plus sainte, la plus indispensable de toutes, c'est d'instruire ses enfants de leur Religion , et de leur inspirer un respect profond pour ses enseignements et pour ses ordonnances.

Faites connoître , disoit le Seigneur aux Israélites, faites connoître mes préceptes à vos enfants. Assis dans votre maison , ou

dans le cours de vos voyages, le matin à voLre réveil, et le soir avant votre repos, rappelez-leur sans cesse le souvenir de ma loi. ( Docete filios çestros ut illa Tnediteniur. Quando sederis in domo tua, et ambulaçeris in çiâ, et accubueris, atque surrexeris. Deut. 11-19.) Ainsi le comprenoient ces illustres Patriarches qui s'appliquoient avec tant de soin à graver les préceptes du Seigneur dans le cœur de leurs enfants^ se plaisoient à leur raconter les merveilles que sa droite avoit opérées en faveur de son peuple ; et ne se lassoient point de leur redire quels droits lui donnoient ses bienfaits à leur reconnoissance. Ainsi le comprenoit Tobie , quand, au milieu des revers qui purifioient sa vertu, il soulenoit la confiance d'une famille consternée, en lui racontant les anciennes miséricordes du Seigneur^ et pensoit que,^ malgré sa pauvreté, son fils seroit, après lui, riche de la véritable richesse, si son père lui transmettoit la crainte de Dieu et la connoissance de sa loi pour héritage. ( Noli timere, jïli mi; pauperem quidem vitam gerirnus , sed multa hona habebimus, si timuerimus Deum, et recesserimus ab omni peccato , et fecerimus benè.

Tob. 4-23. )

Ces senlimenis seront les vôtres^ parenis cliréliens , si le même esprit vous anime , et si c'est la foi qui vous révèle l'imporlance et la sainteté de vos devoirs. En effet, Dieu vous a revêtus d'une grande et admirable autorité. Il vous établit près de vos enfants pour en être les anges tutélaircs. Vous êtes les instruments de sa Providence, les représentants de son autorité j enfin, vous êtes comme des dieux au sein de votre fa^ mille. {^Ego dicci , dû esiîs, ps. 81. ) Mais cette haute élévation vous impose de grands devoirs. Si Dieu veut que vos enfanis vous respectent, si les plus terribles châtiments doivent être un jour le prix de leur indocilité , il veut que vous leur appreniez à le respecter à son tour. S'ils doivent trouver en vous des anges chargés de veiller à leur garde ^ ce n'est pas seulement pour apprendre de vous à recueillir, pour prix de leurs fatigues, des richesses périssables; mais aussi à combattre, comme le jeune Tobie, les monstres qui les attendent sur le chemin de la vie , et qui menacent à chaque pas leur inexpérience. Enfin , si vous êtes auprès de vos enfants les ambassadeurs et les instruments de la Providence, ce n'est pas seulement pour imiter sa bonté

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qui leur déparlil chaque jour les biens nécessaires au soutien et à l'agrément de la vie, mais encore sa sollicitude qui les appelle à la connoissance de sa loi et leur aplanit la roule du devoir et de la vertu.

Mais quand le seigneur exigeroit de vous, N. T. C. F., avec moins de rigueur, ce soin de donner à voire famille une éducation chrétienne, l'intérêt même de vos enfants vous en feroit une loi.

Vous nous parlez sans cesse de votre amour pour vos enfants; vous ne songez qu'à leur assurer des jours sereins et paisibles. Quand il s'agit de vos enfants , le 'moindre péril vous alarme, la plus légère maladie vous consterne; si le chagrin répand quelques nuages sur leur front, volie tendresse n'omet rien pour les dissiper. Vous ne travaillez, en un mol^ vous ne vivez, vous ne respirez que pour vos enfants; et celui qui voudroit élever sur votre amour pour eux le plus léger soupçon, feroit à votre cœur le plus sensible outrage. Cependant, il nous est permis de vous le demander, est-ce un amour éclairé que celui que vous ressentez pour vos enfants, vous qui ne prenez aucun soin de leur donner une éducation chrétienne ? Quoi ! vous êtes

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sans cesse occupés de leur corps, et vous ne dcftinez aucun soin à leur ame. Vous ne négligez rien pour soutenir cette maison de boue, que, malgré vos efforts, la mort forcera bien un jour de s'écrouler; et la plus noble portion d'eux-mêmes , leur àme, qui doit éternellement survivre à cette destruction , vous la jugez indigne de votre sollicitude. Vous leur inspirez le goût des satisfactions terrestres, et vous leur laissez ignorer les doux plaisirs de la piété. Vous les instruisez avec soin dans les sciences profanes; et vous leur faites acheter par de longs dégoûts le vain espoir de nourrir un jour leur orgueil d'une misérable* fumée de réputation et de gloire; et vous ne leur racontez point l'histoire des miséricordes du Seigneur ; vous ne leur parlez point des prodiges sans nombre sur lesquels s'appuie sa Religion sainte; vous ne les entretenez point des hautes espérances auxquelles il appelle ceux qui suivent sa loi. Mais surtout, est-ce consulter le soin de leur bonheur , que de laisser écîore dans leur cœur le germe de tous les vices, sans leur présenter les remèdes propres à l'étouffer ?

Car vous ne prétendez point, sans doute ,

que vos avis suffiront pour redresser en eux ce penchanl funesie qui porte les hotnnies au mal avec tant de violence. Vos avis pourront bien obtenir d'eux certaines vertus extérieures, dont la pratique facile flatte l'amour-propre , sans exiger du cœur de véritables sacrifices j mais la Religion seule peut former des vertus solides et corriger de perverses inclinations. Quelle est donc votre cruauté d'exposer ainsi vos enfants aux assauts de toutes les passions, et de leur refuser les seules armes qu'ils pourront opposer à leur violence ! GDmment se défendront-ils, en effet, des tourments de l'ambition et de l'amour des honneurs, s'ils ne connoissent pas les ineffables abaissements du Fils de Dieu , ni ses cruels opprobres, ni ses humbles leçons? Comment éteindront-ils la soif des richesses , s'ils ignorent que c'est aux pauvres que Jésus pauvre a promis d'incorruptibles trésors? Comment étoufferont-ils la rage de la vengeance, si l'Evangile ne leur a pas fait connoître la loi céleste de la charité , et la douceur de pardonner une offense ? Mais surtout, comment se garderont-ils du poison de la volupté, si vous ne leur avez pas enseigné que leurs corps étoient le temple

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de rEsprit-Saint , et qu'ils ne pouvoient sans crime prostituer à l'infamie des membres devenus les membres de Jésus- Christ lui-même ? Encore si les passions , avec leurs tourments et leurs amertumes, étoient les seules suites de votre négligence à donner à vos enfants une éducation chréliennej à la mort, du moins, ces maux auroientun terme; mais les supplices qui doivent les en punir dans une autre vie, accuseront éternellement votre barbare insouciance.

Non , dit saint Chrysostôme , qu'on ne m'inppute pas de suivre imprudemment l'ardeur inconsidérée de mon zèle; mais je ne crains pas de les regarder, ces parents qui négligent d'instruire leur famille de la loi de Dieu , comme plus cruels et plus coupables mille fois que s'ils trempoient leurs mains dans le sang de leurs enfants. ( Hos ergo patres , quod nemo tamen me commotiùs dicere quàm çeriiis existimet, parricidis ipsis irnmaniorcs sceleratioresque dixerim. S. Chrys. De T^itâ monasticâ. Jib.' 3. ) Eu effet , continue ce saint Docteur, le père indigne de ce nom qui donne la mort à son enfant, sépare son àme de son corps } le père qui néglige l'instruction chrétienne de sou fils, lui prépa-

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rera daùs l'enfer, pour l'âme ei pour lej corps,, la plus horrible desliuée. L'enfant, dont un père barbare tranche les jours avant le temps , devoii du moins un jour payer à la nature cet inévitable tribut j l'autre, au contraire , ne doit qu'à la négHgence de ses parents la mort irrémédiable qui devient son partage. Bien plus , la gloire de la résurrection dédommagera le premier de sa fia prématurée j mais pour le second plus d'espérance, et ses douleurs ne connoUront d'autre terme que celui de l'élernilé.

Au reste , laissez-les croître et avau^r ett âge, ces enfants que vous n'avez pas voulu instruire de leur Religion, et ils se chargeront eux-mêmes de vous punir de votre négligence. Déjà, quoique jeunes encore, ils vous effrayent par les inclinations déréglées qu'ils vous laissent entrevoir : leur indocilité, leurs murmures, leur amour pour l'indépendance, et peut-être même la dépravation précoce de leurs penchants vous font concevoir des pressentiments sinistres. Et quoique, pour vous étourdir sur les dangers qui vous menacent , vous aimiez à vous en prendre à l'inexpérience et à la légèreté; en secret cependant, vous ne pouvez vous défendre d'en prévoir , avec effroi,

les suites déplorables : révéuement va bienlôt jusilfier vos craintes.

Vous aviez compté Dieu pour rien dans l'éducation de vos enfants , vous n'aviez pas voulu \exxv parler de sa Loi, vous ne leur aviez jamais fait entendre ses promesses et ses menaces 5 vous auriez rougi de les entretenir d'un Paradis ou d'un Enfer; et séduits par les sophismes de l'incrédulité, vous avez pensé que pour les porter à l'accomplissement de leurs devoirs, il suffisoit de l'intérêt personnel, et de je ne sais quel sentiment d'honneur que les plus habiles savent à peine définir ; il est juste que Dieu vous laisse recueillir enfin le fruit de vos leçons. D'abord la foiblesse de vos enfants étoit le seul lien qui les attachoità leur devoir , et la crainte le seul frein qui les rendit dociles a vos commandements; l'âge vient les en affranchir, et désormais, pour se diriger, ils n*ont plus que les préceptes dont vous avez nourri leurs premières années; vous allez enfin en reconnoître, mais trop tard, l'impuissance.

Votre fils va devenir ardent pour le plaisir, ami de la dépense, ennemi de toute contrainte ; foulant aux pieds toutes les bienséances , brisan»; avec violence les liens

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les plus sacres. Ne prétendez pas le ramener au devoir par yos représentations. Il pouvoit en paroître ému dans le premier âge : sa dépendance, son orgueil blessé, peutêtre un fond de bon naturel excitoient en lui cette sensibilité passagère. Mais, parce que vous n'avez pas voulu fonder son éducation sur les véiités graves et menaçantes de la foi j parce que loin de lui présenter les titres sacrés que Dieu vous donnoit à son respect, vous avez pris soin d'écarter ces idées vénérables , et provoqué entre vous et lui une scandaleuse familiarité, il ne traite plus avec yous que comme son égal , et ne souffre qu'avec une impatience dédaigneuse des avis que vous ne lui présentez cependant qu'entourés de honteux et indignes ménagements. Et quels motifs pouvez-vous en effet lui offrir qui puissent l'arrêter dans le cours de ses désordres? Quoi, son intérêt ? Et quel intérêt plus puissant pour lui que de satisfaire des penchants dont vous ne lui fîtes jamais un crime? Sa santé? Il vous dira que ces vaines alarmes sont l'apanage de la vieillesse, et qu'il préfère après tout quelques jours coulés dans les plaisirs, à une longue vie passée dans une fastidieuse modération. Son honneur? Mais si les hom-r

mages secrels sont pour la vertu , n'est-ce pas le vice que le monde accueille avec empressement, etqu'ilinvite à ses amusements et à ses fétçs? Essayerez-vous de le toucher par la vue de votre douleur? Vos larmes lui sont importunes sans l'attendrir. Lui parlerez-vous enfin des droits que la uature vous donne à sa reconnoissance ? Il a appris à l'école de la philosophie, qu'il ne doit vous tenir aucun compte de la naissance qu'il a r€çue de vous.

Il ne vous reste donc plus qu'à dévorer vos larmes, €t à gémir 5ur un aveuglement qui vous fit négliger , dans l'éducation de vos enfants , le seul moyen capable d'en assurer le succès. Vous n'avez point voulu leur parler d'une atitre vie ; ils bornent à celle-ci toutes leurs espérances. Vous ne leur avez point appris à respecter les commandements de Dieu , et par un juste retour, Dieu permet qu'ils méprisent les vôtres. Vous avez négligé de leur faire connoîtreles saintes maximes de l'Evangile , et les maximes corruptrices du monde sont les seules qu'ils veulent suivre désormais. Ainsi ne vous étonnez pas si pou r fruit de l'éducation au'ils ont reçue de vous, ils rejettent tous vos conseils, bravent toute pudeur, se plongent

dans les plus honteux excès. Bornez votre prudence à cacher leurs désordres dans l'ombre du secret, heureux encore si leurs déportements 5 devenus la fable et le scandale de votre patrie, n'impriment pas à votre nom un opprobre éternel.

Ah! plutôt, N. T. C. F., inspirez à vos enfants la crainte du Seigneur et l'amour de i.a Religion , par vos leçons et par vos exemples. Formez-les de bonne heure à nos pieux usages, et que les saintes pratiques du Christianisme leur deviennent familières au sortir du berceau j que leurs premiers pas se dirigent vers nos Temples j que leurs mains, foibles encore, sachent déjà tracer sur leur front le signe de notre salut, et que leurs langues n'essayent de se délier que pour bégayer aux pieds du Seigneur les témoignages de leur amour et de leur reconnoissance. Aimez à parler sans cesse à vos enfants du Dieu dont ils portent l'auguste ressemblance 5 du Sauveur qui paya leur rançon par des tourments cruels 5 de l'Fglisç dont ils doivent suivre les lois et chérir l'autorité maternelle^ de l'enfer où le vice les entraîneroit sans retour j du Paradis où la vertu peut seule les conduire. Mais surtout au jour du Seigneur^ à ce jour que

Dieu réclame tout entier, au lieu d'en consumer les resies dans une indigne oisiveté ou de coupables délassements, que votre demeure devienne un second Temple; que vos enfants s'y serrent autour de vous, tantôt pour entendre de votre bouche, avec une aimable avidité, le récit des miséricordes du Seigneur, et des prodiges de sa puissance; et tantôt pour répéter avec vous ces cantiques, doux héritage de nos aïeux, et naïve expression de leur foi comme de leur innocente allégresse. Mais, puisque Dieu attache des grâces plus abondantes aux leçons des Pt-étres de la loi nouvelle , et qu'il leur a spécialement commis le soin de nourrir les petits et les simples du pain de la parole, envoyez vos enfants à l'Ecole sacrée que l'Eglise tient ouverte pour eux.

O nombreux Enfants répandus dans ce Diocèse ! O cher et tendre objet de notre paternelle sollicitude ! que ne nous est-il donné de vous réunir tous daùs une même eticeinte, de vous voir tous vous pressant avitour de votre Evéque , de vous faire connoître les ordonnances du Seigneur, ses titres à votre obéissance, ses droits surtout à votre amour j de lire dans vos regards les f>ieux mouvements de vos âmes, d'eu de-

viner les saintes ardeugs, et de contempler le spectacle le plus attendrissant que la terre puisse Jamais offrir i celui de la jeunesse unie à l'innocence. He'las! cette consolationfut long-tempsla nôtre ; instruire renfauce des vérités chrétiennes fut ^ durant de longues années, notre obscur, mais bien doux emploi. On vous le dira peut-être f mais nul ne pourra vous dire quel prix notre cœur attachoit à tous ces biens, ni quelle fut l'amertume de nos regrets quand il fallut consentir à les perdre, ni quel attendrissement nous éprouvons encore à ces chers souvenirs ! Du moins , dans les instructions que nous vous adressons aujourd'hui,^ vous recueillerez les fruits de notre longue expérience j votre zèle à les mettre à profit servira de modèle à ceux qui doivent les entendre après vous à leur taur; vous les conserverez vous-mêmes dans vos familles comme un cher et doux héritage 5 et nos leçons se transmettant ainsi de bouche en bouche, nous aurons l'incomparable privilège d'être long-temps, pour ce Diocèse, le Précepteur et l'Apoire de l'enfance.

( Ego pascam vos et parvulos vestros.

Gènes. 60-2.1 . )

O chers enfants qu'attendent dans le che-

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min de la vie tant de pièges et tant de douleurs , venez près des Ministres de J.-C. ; venez chercher d'avance des consolations pour l'infortune, des forces pour les jouirs du combat. Ne tremblez pas à la vue de ces maîtres' que la Religion a formés pour vous, ne craignez pas qu'ils vous présentent un front sévère, nique leur dureté fasse couler vos larmes. Instruits eux-mêmes par le« exemples du Sauveur, ils savent avec quelle douccLir ce divin Maître daignoit admettre Fenfance à ses leçons; ils s'efforceront de l'imiter, et vous ne connoitrez avec eux d'autie crainte que la crainte de Dieu, d'autre sujet de pleurs que le malheur de lui être infidèles. Riches, ils vous apprendront à mépiiser les richesses; pauvi'es, ils vous apprendront à chérir votre pauvreté. Au lieu des funestes maximes qui nourriroient votre orgueil ou corromproient votre cœur, ils vous apprendront à chérir le nom de Chrétien plus que les titres les plus fastueux, et l'innocence plus que tous les trésors. Au lieu de la mollesse de ces chants qui énerveroient vos âmes et leur prépareroient la honte et les remords, ils vous enseigneront à faire retentir les voûtes de votre sainte école des hymnes consacrés à célébrer les

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charmes de la venu , et les douceurs qu'on goûte à pratiquer ses lois. Il est vrai qu'ils vous diront qu'il ne faut craindre que Dieu ; mais ils vous apprendront aussi à respecter vos parents , à chérir vos amis, à vous montier secourables pour l'indigence, compatissants pour le malheur 5 et vous sortirez de leurs mains pour remplir avec ardeur vos obligations diverses, et consacrer à la Patrie votre industrie, vos talents, et s'il le faut, votre valeur.

O ! génération nouvelle , dernier et frêle espoir de l'Eglise affligée , accourez aux invitations de cette mère tendre, et que votre empressement à venir entendre ses leçons la console de la désertion de tant d'ingrats qui la délaissent, et mêle quelque joie à ses ineffables douleurs !

10 novembre i83i.

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A l'occasion

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