LIVRE II
laissées les devoirs d'un père, en acquiert sur elles le pouvoir, et peut les faire servir à ses besoins, suivant leur force et leur capacité (b),
L'État permettra, facilitera même dans tous les sujets le développement de l'industrie honnête, propre à chaque sexe, et l'emploi de tous les moyens naturels et acquis par lesquels tout homme puisse s'occuper, et toute famille acquérir quelque propriété. L'État, à cet effet, fondera des établissements publics d'éducation, de police, d'arts, de communication par terre et par eau ; il veillera à la sûreté des personnes, à la salubrité des lieux, à l'abondance des subsistances, et pour renfermer ses devoirs en peu de mots, il fera peu pour les plaisirs des hommes, assez pour leurs besoins, tout pour leurs vertus (c).
Dans une société constituée, toutes les familles, en travail-r lant à accroître leur fortune par des voies légitimes, doivent se proposer, pour terme à leur industrie, de sortir de l'état purement privé, pour se consacrer au service de l'État dans l'exercice des fonctions publiques, et l'État doit y admettre toutes les familles qu'une fortune suffisante et une conduite irréprochable rendent dignes de cette honorable promotion. C'étaient l'esprit et le motif de ce qu'on appelait autrefois en France Y ennoblissement.
Le pouvoir public conserve l'État comme il conserve les familles; il y empêche les dissensions intestines en suspendant l'action des forces privées, et il le défend contre l'invasion étrangère en rendant une et régulière l'action de la force publique.
Ainsi, l'État se réserve les voies de fait, et laisse les voies
de droit à la famille; et par cette disposition, les familles peuvent vider leurs débats sans que l'État en soit agité, et les nations se combattre sans que les familles en soient troublées (d).
Le pouvoir public emploie à la défense de l'État une partie seulement des hommes et des propriétés de la famille.
Quelquefois il y dévoue des familles entières, dont il forme un ordre particulier soumis à des lois spéciales; mais partout il a recours à un service extraordinaire d'hommes et de choses, dont la levée gratuite ou exigée s'appelle conscription ou engagement pour les hommes, don gratuit, contribution, subvention, impôt pour les choses.
La levée et le service des hommes, la perception et l'emploi de l'impôt, sont l'objet de règlements ou d'ordonnances militaires et fiscales, etc.