‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 11 sur 144 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

montagnard, qui fait tout lui-même dans sa maison, et celle d'un artisan de ville qui tourne toute la vie une manivelle, ou fait courir une navette. Smith lui-même en convient. Son ouvrage est la bible de cette doctrine matérielle et matérialiste.

(b) Les gouvernements modernes veulent beaucoup de commerce, de fabriques, de luxe, de plaisirs, de population surtout, et ils cherchent à bannir la mendicité. Ils veulent la cause, et rejettent l'effet. Le pays de l'Europe où il y a le plus de fortunes colossales est celui où il y a le plus de pauvres. Qu'on prenne garde qu'au milieu de notre richesse, de notre luxe de table surtout, de notre mollesse, de l'abondance de nos denrées, et la perfection de notre agriculture, l'Europe a dressé des autels à l'homme qui a enseigné au peuple à se contenter d'une soupe maigre à un sou, et qu'on propose de lui faire manger des os bouillis. On ne ferait pas mieux après un siège de trois ans. On n'y pense pas : la société en Europe est dans un état violent.

(c) Jadis en France, chez cette nation si frivole, on pensait que les plaisirs publics ne conviennent qu'aux hommes privés, et que les hommes publics doivent se contenter de plaisirs domestiques. Les magistrats et les gens d'Église n'allaient pas au spectacle.

(d) Au contraire, chez tous les peuples non civilisés ou peu civilisés, les guerres d'État à État entraînent la désolation de la famille, et il suffit de la querelle de deux familles puissantes pour troubler l'État. On peut remarquer que les voies de fait sont aux deux extrêmes de la société, dans l'état purement de famille et l'état de nation, celles qui n'ont lune et l'autre que Dieu pour juge d'appel.

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