‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 113 sur 144 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dans les établissements d'éducation que les hommes qui ne seront propres à aucune autre profession, de mauvais sujets: et l'on peut se convaincre aisément que les instruments les plus actifs de nos désordres ont été, à Paris, cette classe d'instituteurs laïques attachés aux collèges, qui, dans leurs idées classiques, ont vu le forum de Rome à l'assemblée de leurs: sections, et se sont crus des orateurs chargés des destinées de la république, lorsqu'ils n'étaient que des brouillons bouffis d'orgueil, et impatients de sortir de leur état. Il faut donc un corps qui ne puisse se dissoudre, un corps où des hommes fassent, à une règle commune, le sacrifice de leurs opinions personnelles; à une richesse commune, le sacrifice de leurs cupidités personnelles; à la famille commune de l'État, le sacrifice de leurs familles personnelles : mais quelle autre force que celle de la religion, quels autres engagements que ceux qu'elle consacre, peuvent lier des hommes à des devoirs aussi austères, et leur commander des sacrifices aussi pénibles?

Les philosophes pourraient-ils trouver extraordinaire que 1 État confiât l'éducation publique à des corps de célibataires, lorsque tout homme sensé, pour faire donner à ses enfants l'éducation privée, préfère un instituteur libre de soins domestiques?

Il faut donc un corps religieux, un corps réuni par des vœux, car il ne peut pas plus exister des corps sans vœux, que des sociétés sans religion.

Rien n'est plus conforme à la nature de l'homme public, que les vœux par lesquels, renonçant à lui-même, il se consacre tout entier au service des autres : son esprit par le vœu d'obéissance, son cœur par le vœu de pauvreté, ses sens par le vœu de célibat; ce qui ne veut dire autre chose que renoncer à la société domestique pour servir la société publique, et à soi, pour l'utilité des autres.

Et comment, après tout, l'homme ne pourrait-il pas se dévouer librement au service de ses semblables, en obligeant

son esprit à se soumettre, et son corps à s'abstenir, lorsque la loi l'emploie malgré lui dans la profession militaire, et qu'elle le soumet à l'obéissance la plus passive, aux privations les plus dures, à la perte de ses membres, et même à la mort? Si des formes différentes en imposent à l'imagination, le principe ou l'engagement n'est-il pas le même, et le soldat ne faitil pas un vœu d'obéissance plus ponctuelle, et même de pauvreté plus entière que le religieux, puisqu'il a au fond moins à dépenser par jour qu'un cénobite de l'ordre le plus austère, et qu'il ne lui est pas plus possible qu'à un reclus d'exercer de profession lucrative? Ne fait-il pas le vœu de célibat, puique la plupart des gouvernements lui interdisent la liberté indéfinie du mariage, et que son état même ne le lui permet pas? Que manque-t-il à ces vœux pour les rendre en tout semblables à ceux des religieux même dans leur perpétuité, et ne sontils pas aussi pour la vie, puisqu'ils conduisent le plus grand nombre à la mort, et à une mort violente et prématurée? La liberté serait-elle pius blessée d'un dévouement volontaire que d'un engagement forcé, et serait-il moins noble et moins utile d'élever le citoyen que de défendre le territoire? Dira-t-on que la profession de soldat n'est pas naturelle? A qui? à l'homme ? C'est dans le métier des armes que se développent les plus grandes qualités de l'esprit et du cœur. A la société? il n'y a pas assurément de profession plus naturelle à la société que celle qui la défend. C'est pour comprimer dans tous la passion de se battre sans raison, que l'État a fait à quelques-uns un devoir de combattre sans passion, et il y aurait bien plus de guerres, s'il n'y avait pas de guerriers. « La politique et la » guerre, dit quelque part Voltaire, sont malheureusement » les professions les plus naturelles aux hommes. » La vraie nature de l'homme est la société, et le célibat, utile ou nécessaire à la société, est par cela seul dans la nature de l'homme. Les célibataires religieux, en élevant la jeunesse dans des principes de respect pour les mœurs et pour les lois, perpé-

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