CHAPITRE VII
tuent les familles et font fleurir l'État; les célibataires militaires, en défendant l'État, empêchent les désordres intérieurs, et même les invasions étrangères qui ruinent et dévastent les familles. Ce célibat social donne des enfants à l'État, puisqu'il conserve les familles; mais le célibat véritablement stérile et nuisible à la population, est le célibat de débauche, d'égoïsme, d'indépendance, le célibat philosophique, et sans aucun motif social, qui corrompt l'homme, empêche la famille et dissout l'État.
Il faut donc un corps, un corps religieux, chargé, dans toute l'étendue de l'État, de l'éducation commune des enfants qui se destinent aux fonctions publiques.
Il faut un corps, parce qu'il faut dans l'éducation publique, perpétuité, généralité, uniformité; même vêtement, même nourriture, même instruction, même distribution dans les heures de l'étude et du repos, mêmes maîtres, mêmes livres, mêmes exercices, uniformité en tout et pour tout, dans tous les temps et dans tous les lieux. Une fois l'organisation faite par les hommes, éprouvée par le temps, corrigée par l'expérience, le ministre de l'éducation publique n'aura pas d'ordonnance à faire ; ses fonctions se borneront à empêcher que personne n'en fasse, à prévenir toutes les innovations, même les plus indifférentes en apparence, qui pourraient se glisser dans des établissements nombreux, et éloignés les uns des autres.
Le conseiller d'État qui fit, en l'an ix, le rapport au conseil, du projet d'éducation publique \ convint des avantages d'une corporation ; il les développa et les considéra même sous d'autres aspects, mais il fit à ces institutions des reproches, qui sont les mêmes que ceux dont on se sert généralement pour les combattre, et que, pour cette raison, il est nécessaire de discuter ici avec quelque étendue.
1 Rapport sur l'instruction publique, fait au conseil d'État par M, Chaplai.
« Si les corporations, dit le rapporteur, possédaient l'art de » transmettre les connaissances acquises, rarement elles s'élea vaient au mérite de l'invention. » Mais outre qu'on pourrait citer d'heureuses découvertes en géométrie, d'ingénieuses inventions en mécanique, des développements en morale, marqués au coin du génie, et sortis du recueillement des cloîtres, témoins les découvertes physiques et morales de Schwartz, de Kircher, de Sébastien, de Castel, de Bourdaloue, de Maiebranche, et de tant d'autres, des maîtres qui n'inventent pas, forment des élèves qui inventent, parce que c'est la méthode d'enseignement, bien plus que le génie du maître, qui développe dans l'élève l'esprit d'invention. Certainement les maîtres de nos plus grands inventeurs, des Pascal, des Descartes, des Malherbe, des Corneille, des Molière, des La Fontaine, des La Bruyère, des Bossuet, étaient forts inférieurs à leurs élèves. A-t-on plus et mieux inventé en France, depuis que l'éducation n'est plus confiée à des corps? D'ailleurs il n'est pas question, dans l'éducation publique, de former des artistes, et les corporations religieuses ne s'en occupaient pas, mais de former des hommes publics, des hommes qui connaissent des lois, et qui pratiquent des devoirs; et malheur au peuple chez lequel on invente sur les lois et sur les devoirs!
« Les corporations conservent, mais elles ne perfectionnent, )> ni n'inventent. » L'auteur du rapport fait en deux mots le plus bel éloge qu'on puisse faire de l'utilité des corporations : elles conservent, parce qu'elles sont faites pour conserver; mais elles n'inventent pas, parce qu'on ne peut pas supposer un corps d'inventeurs, et qu'on n'invente pas en corps. Nous avons vu en France, depuis dix ans, des corps qui ont inventé, et nous gémirons longtemps de leurs inventions. Tous perfectionnent ce qu'un seul invente, si toutefois l'on peut dire que l'homme invente, puisqu'il ne fait jamais que développer des conséquences des vérités déjà connues, à mesure que les progrès de la société, qui toujours devance l'homme, exigent