‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 122 sur 144 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

à faire de l'Europe un seul corps religieux, comme la, langue française, répandue aujourd'hui dans toutes les cours, et usitée dans tous les traités, tend à en faire un seul corps politique.

L'histoire du peuple qui a parlé la langue latine offre de beaux traits de courage, de désintéressement, de magnanimité, d'amour de la patrie; et ces exemples, quoique puisés dans l'histoire d'une société où le principe populaire du gouvernement a produit de si terribles effets, tourneront au profit des connaissances politiques qu'il faut donner aux jeunes gens destinés au ministère public, lorsqu'on aura soin de leur faire remarquer que tout ce qu'il y a eu de grand , de noble , de digne d'admiration chez les Romains, précéda l'irruption du peuple dans les fonctions publiques, et qu'à compter de cette époque, on ne voit plus que corruption dans les mœurs, insta bilité dans les lois, dissolution dans la famille, et désordre dans l'État.

D'aiileurs, les enfants au collège sont entre eux dans un état en quelque sorte populaire, puisqu'ils ne reconnaissent d'autres distinctions que celles de l'esprit ou du corps, et c'est précisément ce qui développe l'un et l'autre.

Quant aux langues vivantes, il n'y en a aucune, du moins hors la nôtre, dont l'utilité soit assez générale et la supériorité assez reconnue, pour en faire la base de l'enseignement public. Apprendre toutes les langues serait le plus sûr moyen d'oublier la sienne. Il n'y a pas de langue vivante qu'un jeune homnu dont l'esprit est exercé ne puisse apprendre facilement en deux ans, lorsque cette étude fera partie des connaissances particulières de sa profession. Mais la langue qu'il importe le plus de cultiver est la nôtre, la plus parfaite de toutes les langues modernes, et peut-être de toutes les langues; je veux, dire celle qui suit de plus près l'ordre naturel des êtres et de leurs rapports, objet de nos pensées, et qui est l'expression la plus fidèle des idées les plus vraies. Il y a dans l'étude de la

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langue française, considérée sous cet aspect, beaucoup d autres choses à apprendre que des règles de grammaire. C'est une vérité que Buffon semble avoir entrevue, lorsqu'il dit dans son discours de réception à l'Académie française : « Un » beau style n'est tel que par le nombre infini de vérités qu'il » présente; toutes les beautés intellectuelles qui s'y trouvent, » tous les rapports dont il est composé, sont autant de vérités » aussi utiles, et peut-être plus précieuses pour l'esprit bu- » main, que celles qui font le fond du sujet. »

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