‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 128 sur 144 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Depuis longtemps, on apprend aux jeunes gens beaucoup de botanique, de chimie, d'histoire naturelle, etc., assez inutiles pour remplir des fonctions publiques, et l'on enseigne aux jeunes personnes des langues étrangères, des sciences, même certains arts, connaissances dont elles ne peuvent acquérir tout au plus que ce qu'il en faut à la vanité pour se montrer, et qui, si elles les cultivent avec succès, prennent beaucoup sur leurs devoirs domestiques, quelquefois sur leur santé, et presque toujours sur leurs agréments naturels.

Voyez la nature, et admirez comment elle distingue le sexe qu'elle appelle à exercer les fonctions publiques de celui qu'elle destine aux soins de la famille : elle donne à l'un, dès l'âge le plus tendre, le goût de Yaction politique et même religieuse, le goût des chevaux, des armes, des cérémonies religieuses; elle donne à l'autre le goût des travaux sédentaires et domestiques, des soins du ménage, des poupées : voilà les principes, et le meilleur système d'éducation ne doit en être que le développement. Ainsi la nature inspire à l'enfant un goût qui deviendra un devoir dans un âge plus avancé, comme elle introduit, chez un peuple naissant, une coutume qui deviendra une loi de la société politique.

Si le but de l'éducation n'est pas le même pour les enfants des deux sexes, les moyens doivent être un peu différents, et il faut une extrême sagesse dans les institutions, pour que l'éducation commune, qui convient aux hommes faits pour vivre ensemble dans les tribunaux, dans les camps, sur les vaisseaux, convienne aux femmes destinées à vivre isolées dans les familles. Le ressort puissant de l'émulation, si efficace dans I éducation des hommes, parce qu'il éveille en eux les passions

président, ce vertueux magistrat lui répondit : « M. de Nesmond en est plus » digne que moi, sa place me suffirait, je resterais dans mon particulier, et je » n'aime que ma famille et mes livres. » Ce fut alors que le cardinal Mazarin lui dit : «L'amour que vous faites paraître pour la vie privée est un amour- » propre dont un homme de bien doit se défaire, quand il s'agit de l'État. >

274 DE l'éducation des femmes.

les plus généreuses, doit être employé avec un extrême ménagement dans l'éducation des femmes, chez lesquelles il peut éveiller la vanité, source de leurs malheurs, de leurs fautes, de leurs ridicules, et qui, chez les femmes comme chez les hommes, naît de la force de l'amour-propre et de la faiblesse des moyens.

Les jeunes gens au collège se battent entre eux, et s'aiment; les jeunes personnes se caressent et se jalousent, et c'est surtout dans l'éducation des femmes qu'il est utile d'établir la plus rigoureuse uniformité de vêtements, car il est remarquable qu'elles observent, même dans les pensions, beaucoup plus que les jeunes gens, les différences dans l'état et la fortune de leurs parents.

On doit, dans l'éducation des jeunes personnes, parler à leur cœur autant ou plus qu'à leur raison, les conduire par une religion aussi affectueuse, mais plus éclairée, peut-être, et plus grande qu'elle ne l'était dans la plupart des couvents; en un mot, leur inspirer beaucoup plus que leur apprendre, parce que les femmes ont reçu en sentiment leur portion de raison : c'est ce qui fait qu'elles savent, sans les avoir apprises, tant de choses que nous apprenons sans les savoir , et ce qui leur donne un sens naturellement plus droit, quoique moins raisonné, un goût plus sûr, quoique plus prompt, un esprit et des manières moins étudiées, et par cela même plus aimables l.

1 On négligeait trop dans les couvents la partie physique de l'éducation: l'exercice et les aliments n'y étaient pas en général assez soignés, et de crainte de leur parler trop de mariage, on ne les entretenait pas assez de leurs devoirs.

IS'ota. Les discours politiques qui suivent, jusqu'à celui sur la Turquie, ont été publiés dans le Mercure de France des années ix et x, et bien avant le^ derniers traités. On a cru devoir n'y rien changer au fond.

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