‹ Œuvres de M. de Bonald (volume 3)Chapitre 50 sur 144 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

du bons sens. Un peuple de citadins remplaça en France une nation agricole. Les arts y gagnèrent; mais la famille, l'Etat, la religion, la société enûn y perdit.

En même temps que de nouvelles lois remplaçaient les lois antiques de la monarchie française, de nouvelles mœurs remplaçaient les mœurs anciennes de la famille. Chose remarquable! Charles VII et François Ier, du règne desquels date communément la révolution politique dont nous avons parlé, firent aussi une révolution domestique, et ils furent les premiers rois de la troisième race qui entretinrent publiquement une maîtresse du vivant de la légitime épouse : exemple funeste, trop fidèlement imité depuis, et qui a eu une si grande influence sur nos malheurs. Le désordre, depuis cette époque, a toujours été croissant ; les mœurs se sont dépravées en même temps et à mesure que les lois se sont altérées : et sans doute l'explosion s'est faite, et la révolution générale a éclaté, lorsque la dépravation des mœurs a été aussi loin que l'altération des lois; moment terrible où la nature donne le signal des révolutions, et que l'homme ne connaît que lorsqu'il ne peut plus le prévenir.

La cour avait été galante sous Anne de Bretagne; elle fut dissolue sous la Médicis. Cette reine, de famille marchande, et d'un pays démocratique, porta en France le goût de l'argent, des plaisirs et de l'intrigue, inconnus jusqu'alors à la loyauté et à la simplicité françaises. Elle fit révolution dans l'esprit religieux de la France, parce qu'uniquement occupée à maintenir son autorité faible et précaire, elle était au fond assez indifférente à ce qu'on priât Dieu en français, et qu'elle s'appuyait, au besoin, même des chefs du parti réformé. Elle fit révolution dans les habitudes des nobles, en tirant leurs femmes de la famille, où elles avaient vécu jusqu'alors livrées aux soins domestiques, pour les attirer à la cour, leur inspirer le goût des plaisirs et des affaires, et en faire des instruments de politique et des moyens de séduction. « On fixe ordinaire- » ment, » dit le savant P. Griffet, « l'époque (de cette irrnp-

» tion des femmes dans l'Etat) au règne de François Ier; » mais on peut dire que la reine Catherine de Médicis, par » politique, ou par goût pour la représentation ou pour les » plaisirs, et peut-être par tous ces motifs ensemble, rendit le » nombre des dames de la cour beaucoup plus grand qu'il ne » l'avait été jusqu'alors. » C'est précisément du règne de Catherine de Médicis, et de l'existence politique que les femmes prirent à la cour, que date l'influence que les mœurs de la cour prirent sur celles de la nation, et de petites intrigues ' sur les affaires publiques. La domination des jeunes gens, sur qui les femmes se reposent volontiers du soin de l'empire, commença en France à la même époque. Alors les femmes distribuèrent des brevets au lieu d'inspirer des vertus; les jeunes gens aspirèrent à leur plaire plutôt qu'à mériter de l'État, et trop souvent les caprices d'une maîtresse décidèrent de leur fidélité politique. Alors le gouvernement, qui doit récompenser et punir, instrument de petites passions, ne sut plus que prodiguer des faveurs ou exercer des vengeances. 3Iais l'effet le plus funeste de cette domination féminine fut de donner aux ennemis de l'Etat de grandes facultés pour influer sur ses conseils : déplorable ascendant de l'étranger, qui depuis longtemps n'a cessé de tourmenter, d'avilir, de déchirer la France*.

Le pouvoir public doit surtout s'abstenir de mettre l'autorité publique en contradiction avec l'autorité domestique de l'àgo

•Le cardinal Mazarin redoutait le pouvoir des femmes en France; il disait à don Louis de Haro, ministre d'Espagne : « Vous ne connaissez guère nos » femmes. Les vôtres s'occupent d'amour; mais en France elles osent et » peuvent tout. »

- Les femmes en général entendent mieux que les hommes la conduite des affaires domestiques; ce qui prouve mieux que de longs raisonnements, que la nature ne les appelle pas à diriger les affaires publiques. Il y a de quoi s'étonner de l'usage de nos voisins, qui en tout, au rebours de la nature, renvoient leurs femmes au dessert, et les placent sur le trône. En France, les femmes d'un certain rang voulaient nommer des généraux, des ministres, des éTéques, et dédaignaient d'être épouses et mères.

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